PONIATOWSKI Â PARIS
premièrement qu'il fît en sorte de suspendre la démolition des fortifications (le Wisraar : hâter ensuite le retour du baron de Gœrtz en Suède ; enfin que, s'ilétoit possible de trouver quelque expédient au sujet deRevel, la paix seroit bientôt conclue entre la Suède, la Russie et la Prusse. Il s'en falloit bien qu'il y eût une égale disposition à la paix entre les rois d'Angleterre et de Suède. Malgré les instances de la France , les Suédois assuroient que jamais le roi de Suède ne consentiroit à la cession de Brème et de Verden. Ce prince, dont les sujets étoient épuisés, sollicitoit vivement en France le payement de ses subsides, cherchoit dans Paris, sous de bonnes conditions, deux millions d'espèces réelles, et autorisa sou envoyé en France de donner des commissions à des armateurs qui voudroient faire la course sous le pavillon de Suède.
Plus il y avoit d'agitation dans le nord, plus le roi d'Angleterre se croyoit intéressé à pacifier l'empereur et l'Espagne, en procurant des avantages à l'empereur. Il comptait s'en faire un puissant protecteur pour conserver les États usurpés sur la Suède, et que néanmoins le roi d'Espagne lui auroit obligation de l'avoir délivré du seul ennemi qu'il eût, et de lui assurer ainsi la possession tranquille de ses États. Lui et ses ministres redoubloient donc d'empressement, et l'Espagne alors ne paroissoit pas s'en éloigner. Monteléon eut ordre d'assurer Stanhope que son cousin seroit bien reçu à Madrid. Monteléon se persuadoit que l'extrême répugnance que la nation angloise avoit à se brouiller avec l'Espagne à cause de 'son commerce retiendroit Georges et ses ministres sur la partialité , et les borneroit aux offices pour ménager la paix.
Il paroissoit que cet ambassadeur avoit regagné la confiance du roi d'Angleterre et de ses principaux ministres , et qu'il avoit eu en même [temps] l'adresse de se conserver celle des principaux personnages opposés à la cour. Stanhope l'eraployoit comme son ami en des affaires particulières , et il mena . en même temps , dans son carrosse à Hampton- Court le duc de Buckingham, qui n'avoit pas vu le roi d'Angleterre depuis qu'il lui avoit ôté la place de président du conseil. Monteléon avoit toujours été attaché à la France , et fidèle dans ses principes et dans sa conduite à l'union intime entre la France et l'Espagne, qu'il croyoit avec raison absolument nécessaire aux deux couronnes. Cette maxime, qui n'étoit pas dans les vues ni dans les intérêts de la cour d'Angleterre , y avoit déplu. Elle en étoit moins choquée depuis qu'elle ne pouvoit plus douter des plaies que cette union recevoit, ni de celle que le régent vouloit avoir avec elle, pour ne pas dire même dépendance entière fondée sur les vues , l'intérêt et l'étrange crédit de l'abbé Dubois.
Cette confiance néanmoins de la cour d'Angleterre en un ministre étranger étoit d'autant plus marquée que le roi d'Angleterre étoit défiant et parloit peu. Ce silence étoit moins attribué à la politique qu'à la crainte de parler mal à propos ou de parler contre le sentiment de ses ministres, desquels le public prétendoit que la principale application étoit de se conserver dans leurs places, et d'être si appliqués à leur intérêt particulier qu'ils n'écoutoient qu'avec répugnance et dégoût ce qui pouvoit regarder les intérêts étrangers.
C'étoit à ces dispositions que l'envoyé du roi de Sicile attribuoit le