CARACTÈRE DE BROGLIO
vrit ainsi quelquefois le cabinet où on lui vbyoit porter un portefeuille. De ce travail, qui dura quel([ue temps deux et trois fois la semaine, sortit une augmentation de paye de six deniers par soldat, avec un profit dessus pour chaque capitaine d'infanterie , qui coûtèrent au roi pour toujours sept cent mille livres par an. Il capta pour cela quelques gens du conseil de guerre qui n'osèrent s'y opposer . dans la certitude que Broglio n'eût rien oublié pour s'en faire urt mérite dans les troupes à leurs dépens , mais dont presque tout ce conseil et le public entier cria beaucoup , dans un temps de paix et de désordre des finances qui ne pouvoient suffire aux plus pressants besoins.
Broglio comptoit bien se continuer du travail, et devenir par là un personnage , et il avoit persuadé le régent que les troupes l'alloient porter sur les pavois. Tous deux se trompèrent lourdement : M. le duc d'Orléans , par une augmentation fort pesante aux finances . qui ne se pouvoit plus rétracter, qui ne tint lieu de rien, et dont le [gros] des troupes ne s'aperçut seulement pas ; Broglio en ce qu'il ne mit plus le pied dans le cabinet pour aucun travail , et qu'il demeura dans l'opprobre qu'il méritoit à tant de titres. Il fut eiifin noyé tout à fait sous le ministère du cardinal Fleury, contre qui, en faisant sa tournée, il s'échappa en propos les plus licencieux. Le cardinal, qui en fut informé aussitôt, lui envoya ordre de revenir sur-le-champ, et, en punition de son insolence , lui ôta sa direction sans récompense , car il étoit devenu directeur de l'infanterie dont les appointements sont dé vingt mille livres. Il demeura donc chez lui fort obscur à Paris, et fort délaissé. Quelque temps après il maria son fils à la fille de Bezwald ' , colonel du régiment des gardes suisses, et longtemps employé avec capacité en Pologne et dans le Nord, et voulut la clause expresse que son fils ne serviroit point , et que lui ni sa femme ne verroient jamais le roi , la reine ni la cour. Je pense que voilà le premier exemple d'une si audacieuse folie. Elle a été pleinement accomplie, et son fils a toujours vécu inconnu, et dans la dernière obscurité.
Le duc de Valentinois fut enfin reçu le 14 décèinbre au parlement. Les princes du sang ni bâtards ne s'y trouvèrent point; M. le duc d'Orléans le leur avoit fait promettre pour éviter tout inconvénient entre eux. Il donna à d'Antin la survivance de sa charge des bâtiments pour son second fils, que depuis son mariage on appëloit le marquis de Bellegarde.
M. d'Estaing maria son fils à la fille unique de Mme de Fontaine- Martel, qui étoit une riche et noble héritière, ce qui fut un mariage très-assorti. M. le duc d'Orléans, qui, pour les raisons si honnêtes qu'on a vues ailleurs , aimoit Mme de Fontaine-Martel et tout ce qui portoit le nom de M. d'Arcy, son beau-frère, et qui affeclionnoit particulièrement M. d'Estaing, qui avoit fort servi sous lui, et qui étoit
I . On écrivait ordinairement ce nom Bezenval ou Besemal et on prononçait Besval. Le baron de Besenval , fils de celui dont il est ici question, a laissé de curieux Mémoires. Voy. la nolice de M. Sainie-BeUve sur ce personnage.