‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 29 sur 319 · ALBÉRONI CONTINUE SES MANEGES · texte numérisé non relu

ALBÉRONI CONTINUE SES MANEGES

— Gesvres, archevêqne de Bourges, trompé par le pape, qui est moqué et de plus en plus menacé et pressé par Albéroni, qui fait écrire vivement par la reine d'Espagne jusqu'à se prusliluer. — Triste silualion de l'Espagne. — AbaUenienl el poliiique du P. Daubenlon, qui sacrifie à Albéroni une lettre du régent au roi d'Espagne. — AuJacieux et pernicieux usage qu'en fait Albéroni. — Il fait au régent une insolence énorme. — Réflexion. — Albéroni, dans l'incertitude el l'embarras des alliances du régent, consulte Cellamare. — EfTorls des Impériaux contre le traité désiré par le régent. — Conduite des Hollandois avec l'Espagne. — Conférence imporlanle avec Berelti. — Caractère de cet ambassadeur d'Espagne. — Sentiment de Cadogan , ambassadeur d'Angleterre à la Haye, sur l'empereur. — Étrange réponse d'un roi d'Espagne au régent dictée par Albéroni, qui Irioroplie par des mensonges. — Albéroni profile de la peur des Turcs et de l'embarras du pape sur sa constitution Unigenittis , pour ])resser sa promoiion par menaces el par promesses. — Otîres du ])ape sur le clergé des Indes et d'Espagne. — Monstrueux abus de la franchise des ecclésiastiques en Espagne. — Réflexion. — Le pape ébranlé sur la promotion d' Albéroni par les cris des Espagnols, raffermi par Aubenlon. — Confiance du pape en ce jésuite. — Basse politique de Cellamare et de ses frères à Rome. — Cardinal de La Trémoille dupé sur la promotion d'Albéroni, pour laquelle la reine d'Espagne écrit de nouveau. — Sentiment d'Albéroni sur les alliances traitées par le régent. — Il consulte Cellamare. — Réponse de cet ambassadeur.

— Mnnéges des Impériaux contre les alliances que trailoit le régent. — Altercations entre eux et les Hollandois sur leur traité de la Barrière, qui ouvrent les yeux à ces derniers et avancent la conclusion des alliances. — Berelli abusé. — L'Espagne veut trailer avec les Hollandois, — Froideur du Pensionnaire, qui élude.

Albéroni n'avoit proprement qu'une unique affaire , c'étoit celle de son chapeau, à laquelle toutes celles d'Espagne, dont il étoit entièrement le maître , étoient subordonnées , et ne se traitoient que suivant la convenance de l'unique. Ainsi, répondant aux avis qu'on a vu qu'Aldovrandi lui avoit donnés en lui mandant l'engagement que le pape avoit enfin pris de lui donner un chapeau , il lui manda que , sans l'accomplissement de cette condition , la reine d'Espagne ne consentiroit jamais à aucune de toutes les choses que le pape pourroit désirer, comme aussi, en recevant la grâce désirée , il promettoit en récompense que le pape ne seroit ni pressé ni inquiété de la part de l'Espagne sur la promotion des couronnes, la sienne à lui étant faite. Il alla plus loin, et ce plus loin fait frémir dans la réflexion de ce que peut un ecclésiastique premier ministre , et jusqu'à quel excès monstrueux la passion d'un chapeau le transporte : il offrit à ce prix une renonciation perpétuelle du roi d'Espagne au droit de nomination de couronne. En même temps il affectoit d'aimer et de louer Aubenton ; parce qu'il le savoit bien avant dans l'estime et dans l'afl'ection du pape. Ces sentiments toutefois dépendoient du besoin qu'il pouvoit avoir du confesseur, et de sa soumission entière pour lui , nonobstant le crédit et la confiance que sa place lui donnoit auprès du roi d'Espagne. Le jésuite en fit bientôt l'expérience. Il reçut une lettre du cardinal Paulucci , qui le pressoit de faire en sorte qu'en attendant l'accommodement des deux cours, le roi d'Es-

Page 1