‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 34 sur 319 · LE PAPE RAFFERMI PAR AUBENTON · texte numérisé non relu

LE PAPE RAFFERMI PAR AUBENTON

autorité , dont aucun autre attachement , ni sa place même , ne pouvoit affoiblir la plénitude, et c'étoit de ces témoignages dont Aldovrandi faisoit bouclier pour raffermir le pape sur cette promotion , et sur l'accommodement des différends avec l'Espagne. Ce prélat craignit de là part des neveux de Giudice qui étoient à Rome, et voulut agir auprès d'eux, mais il n'y trouva nul obstacle à vaincre. Cellamare leur aîné, sage et habile, mais bas courtisan, craignant pour sa fortune, leur avoit écrit de façon qu'il n'y eût rien à appréhender de leur part. Aldovrandi étoit en peine aussi que la France ne mît des obstacles , mais il fut rassuré par le cardinal de La Trémoille, qui lui promit de contribuer plutôt que de traverser , parce que le pape ne pouvoit refuser de donner un chapeau à la France , lorsqu'il en accorderoit un au premier ministre d'Espagne , ce que l'événement ne vérifia pas. Ainsi , tout s'aplanissant devant lui, le pape dans le besoin qu'il croyoit en avoir, lui faisoit faire souvent des compliments et des assurances d'une estime et d'une confiance qu'il n'a voit pas, et d'une reconnoissance de son zèle et de ses services aussi fictive. Aldovrandi demanda une nouvelle lettre de la main de la reine pour presser de nouveau cette promotion , et voulut qu'elle contînt des menaces contre quiconque la voudroit traverser. Albéroni soutenoit ces menées par ses promesses en maître absolu qu'il étoit, et par ses préparatifs. Il disposoit de l'argent venu par les galions, il abandonnoit le projet des travaux des ports de Cadix et du Ferrol. et il assuroit qu'il paraîtroit une flotte au mois de mars dans les mers d'Italie, telle qu'il ne s'en étoit point vu depuis Philippe II, si le pape prenoit le parti d'exécuter de sa part ce qu'il falloit pour cela, c'est-à-dire de lui envoyer la barrette.

Il ne s'expliquoit point sur la ligue qui se négocioit entre la France. l'Angleterre et la Hollande ; il ne jugeoit pas que le roi d'Espagne fût encore en état de prendre aucun parti, et qu'il ne falloit laisser pénétrer rien de ce qu'il pouvoit penser. Il se contentoit de raisonner sur tout ce qui se passoit pour arriver à cette triple alliance , de conclure que l'Europe ne pouvoit subsister dans l'état où elle étoit, et de vouloir persuader que la situation du roi d'Espagne étoit meilleure que celle de toutes les autres puissances. Néanmoins il consulta Cellamare sur la conduite qu'il estimoit que le roi d'Espagne dût tenir dans la situation présente. Cet ambassadeur lui répondit que son sentiment étoit que le roi d'Espagne devoit vendre cher ce qu'il ne voudroit pas garder, supposé qu'il prît la résolution de l'abandonner (c'est-à-dire ses droits sur la couronne de France), ou de surmonter, à quelque prix que ce fût^ les difficultés capables d'éloigner l'acquisition d'un bien qu'il désiroit. Il ajoutoit que , suivant le cours ordinaire du monde , beaucoup de gens désapprouvoient la ligue avec l'Angleterre dans le pays où il étoit , peU' dant que d'autres l'approuvoient. Le roi d'Angleterre eut beau assurer l'empereur qu'il n'y avoit aucun article dans ce traité qui fût préjudiciable aux intérêts de la maison d'Autriche, il ne put calmer ses soupçons. Ses ministres redoublèrent d'activité pour le traverser à mesure qu'ils le croyoient s'avancer, et le suspendirent quelque temps parles difficultés qu'ils eurent le crédit de faire former par quelques villes de

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