‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 47 sur 319 · LA REINE D'ESPAGNE ALTIÈRE · texte numérisé non relu

LA REINE D'ESPAGNE ALTIÈRE

tion qui ne lui seroit donnée qu'à ce prix ; que la reine , irritée de tant de délais , étoit capable de se porter à toutes sortes d'extrémités ; que le ressentiment de se croire amusée et méprisée alloit en elle jusqu'à la fureur, sans qu'Albéroni, qui la voudroit calmer au prix de son sang, osât plus lui ouvrir la bouche , surtout depuis qu'ayant osé lui faire un jour quelque représentation . elle Tavoit fait taire et lui avoit dit qu'elle voyoit bien que six mois et un an de retardement ne lui faisoit rien , mais qu'un moment de retardement faisoit beaucoup à sa dignité et blessoit son honneur. C'étoit par de tels artifices qu'Albéroni comptoit persuader le pape de sa tranquillité sur le moment de sa promotion; qu'il ne la désiroit prompte que pour l'intérêt du pape , et que tout sujet qu'il enverroit à Madrid seroit sûr d'y réussir , s'il y trouvoit contente du pape la reine qui pouvoit tout.

Il est vrai qu'elle étoit altière et qu'elle s'offensoit fort aisément. Elle le fit vivement sentir à la duchesse de Parme sa mère , qui de son côté ne l'étoit pas moins. Il ne s'agissoit néanmoins que de bagatelles, mais la parfaite intelligence ne revint plus. Le duc de Parme, son oncle et son beau-père , en sentit un autre trait pour ne l'avoir pas avertie à temps du sujet de l'envoi du secrétaire Ré de Londres à Hanovre. Il se trouva plus flexible que la duchesse sa femme; il s'excusa et dissipa cette aigreur.

Albéroni , qui avoit un commerce direct de lettres avec Stanhope , vouloit traiter avec l'Angleterre et la Hollande, laisser à Beretti le soin de débrouiller le plus difficile avec les États généraux , et se réserver la gloire d'achever à Madrid le traité avec Riperda. Beretti sentoit le poids de ce qu'on exigeoit de lui, et en représentoit toutes difficultés. Il savoit par le Pensionnaire même qu'il croyoit de l'intérêt de ses maîtres de traiter avec l'empereur avant de traiter avec l'Espagne , et Beretti le soupçonnoit de ne vouloir remettre la négociation à Madrid , que pour la retarder, et parce qu'il seroit plus maître de donner ses ordres à Riperda , que d'une négociation qui se traiteroit à la Haye ; mais l'empereur ne répondoit point à l'empressement de ce même Heinsius , et ne faisoit aucune réponse aux propositions que les États généraux lui avoient faites. La première étoit de modérer le nombre de troupes qu'ils dévoient fournir pour la défense des Pays-Bas catholiques s'ils étoient attaqués; ils étoient engagés par le traité de [la] Barrière à fournir en ce cas huit mille hommes de pied et quatre mille chevaux. Ils vouloient plus de proportion entre ces assistances et leurs forces , et des secours conformes aux conjonctures sans spécification. En second lieu ils demandoient qu'il plût à l'empereur de spécifier les princes qu'il prétendoit comprendre dans l'alliance ; et en troisième lieu l'observation exacte de la neutralité d'Italie. Enfin ils refusoient de s'engager dans ce qui pourroit arriver au delà des Alpes et dans la guerre contre les Turcs. Nonobstant le silence de l'empereur sur ces propositions, ses ministres étoient fort inquiets de l'alliance prête à conclure entre la France . l'Angleterre et la Hollande, et ils n'oublioient rien à la Haye ni même à Paris pour la traverser. Hohendorff continuoit à voir Bentivoglio , et quoique encore sans ordre de Vienne , il pressoit ce nonce d'insinuer au

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Prétendant de ne point sortir d'Avignon , dans l'opinion que cela déran- ■roit ce qui avoit été concerté et causeroit une rupture. Le nonce l'esroit de même, et goûtoit avec plaisir tous les avis qu'on lui donnoit s difficultés qui s'upposoient à la signature du traité, et sa rupture -rame un moyen infaillible de ranger le régent au bon plaisir du pape ir l'affaire de la constitution.

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