‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 73 sur 319 · CARACTÈRE DE LANDI · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE LANDI

plus doux , étoit souvent embarrassé entre l'une et l'autre , pour des bagatelles domestiques, dont Albéroni l'aidoit à se tirer. Tous deux avoient intérêt à vivre ensemble dans une étroite amitié, et Albéroni avoit soin de lui rendre compte des affaires dont il étoit occupé, et souvent encore des projets qu'il formoit.

Un de ceux qu'il avoit le plus à cœur étoit d'empêcher les Hollandois de faire avec l'empereur une alliance défensive , et de les amener à en conclure une avec le roi d'Espagne, que, pour sa vanité, il vouloit traiter lui-même à Madrid. Il se réjouissoit d'espérer que la triple alliance brouilleroit l'Europe, principalement si elle étoit suivie d'une ligue avec l'empereur. Il ordonnoit à Beretti de déclarer nettement que l'Espagne prendroit ses mesures , si les Provinces-Unies traitoient effectivement avec l'empereur. Quelque médiocre cas qu'il fît de Riperda, il le ménageoit par l'intérêt commun d'attirer la négociation à Madrid , lequel de son côté exagéroit les plaintes de l'Espagne , comme si elle eût cru le traité avec l'empereur entamé , et il se répandit avec ses maîtres en reproches , en avis et en meneces sur leur conduite avec l'Espagne , qui , comptant sur leur amitié . n'avoit pris des mesures avec aucune puissance , et avoit envoyé quatre vaisseaux à la mer du Sud pour en chasser les François. Beretti eut ordre en même temps de protester contre l'alliance que les États généraux feroient avec l'empereur , et de prendre d'eux son audience de congé dans le moment que la négociation seroit commencée. Albéroni y mêloit ses plaintes particulières: il disoit que le roi d'Espagne auroit raison de lui reprocher la partialité qu'il avoit toujours témoignée pour la Hollande , et les conseils qu'il lui avoit toujours donnés de préférer son alliance à toute autre. Il ajoutoit que leur conduite alloit confirmer des bruits fâcheux répandus contre les principaux du gouvernement, accusés de s'être laissé gagner par trois millions distribués entre eux par la France , pour traiter avec elle , comme elle avoit fait pour acheter la paix d'Utrecht. Il demandoit pourquoi des ministres infidèles n'étoient pas punis, et c'étoit pour éviter un tel inconvénient que le roi d'Espagne vouloit traiter à Madrid, comme quelques particuliers de Hollande , dans la vue de se procurer les mêmes avantages , vouloient traiter à la Haye ; que toute idée de négociation s'évanouiroit si la république traitoit avec l'empereur.

Beretti eut ordre de s'expliquer dans les termes les plus forts, et de bien faire entendre que le silence que le roi d'Espagne avoit gardé sur la triple alliance , c'étoit qu'il n'avoit aucun sujet de s'opposer à des traités entre des puissances amies ; mais que de leur en voir faire un avec le seul ennemi qu'il eût , ce traité ne pouvoit avoir d'objet que le préjudice et le dommage de la couronne d'Espagne. Il étoit pourtant vrai que cette prétendue tranquillité d'Albéroni sur la triple alliance n'étoit que feinte. Il disoit que les vues et les agitations du régent étoient trop publiques pour être ignorées; qu'en son particulier, il n'avoit qu'à se louer des nouvelles assurances de l'amitié et de la confiance la plus intime , que le régent lui avoit données par le marquis d'Effiat et par le P. du Trévoux , avec les plus fortes protestations de la parfaite opinion de sa probité; mais qu'elles ne le rassuroient pas contre les brouillons

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