‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 83 sur 319 · ANGOISSES DU ROI DE SICILE · texte numérisé non relu

ANGOISSES DU ROI DE SICILE

en état de se faire respecter, sans causer de préjudice ni de tort à personne, mais de procurer du bien à ses amis et à ses alliés. Les ministres d'Espagne au dehors assuroient aussi que la triple alliance n'avoit pas fait la moindre peine au roi d'Espagne ; qu'il n'avoit aucune vue sur le trône de France , quelque malheur qui pût y arriver , et qu'étant naturellement tranquille, il se contenteroit de régner en Espagne.

Le roi de Sicile ne se lassoit point de presser ce monarque de veiller à la sûreté des traités d'Utrecht. Il craignoit tout de l'empereur pour l'Italie et pour la Sicile , dès qu'il auroit fait la paix avec la Porte. Il ne comptoit point sur l'Angleterre, dont le roi, par ses ménagements pour l'empereur, n'osoit envoyer un ministre à Turin, et parce que le gouvernement s'y étoit hautement déclaré contre le traité d'Utrecht ; qu'il n'avoit consenti à la triple alliance que pour en réparer les défauts ; que , content d'y avoir remédié de la sorte , il s'embarrasseroit peu de ses derniers engagements , à ce que les whigs publioient hautement, et que jamais ils n'entreprendroient une guerre nouvelle pour la garantie de ce qu'il venoit de promettre. Monteléon, qui en étoit bien persuadé, avoit conseillé à ce prince de s'adresser au roi d'Espagne ; mais il trouva dans Albéroni un ministre qui le connoissoit bien , ainsi que toute l'Europe, et qui disoit qu'il vouloit tirer les marrons du feu avec la patte du chat , et à qui il ne falloit donner que de belles paroles.

La correspondance avec Venise , interrompue par la nécessité où cette république s'étoit trouvée de reconnoître l'empereur comme roi d'Espagne , étoit prête à se rétablir par les excuses que le noble Mocenigo , envoyé exprès à Madrid , en devoit faire au roi d'Espagne dans une audience publique. Les Vénitiens avoient enfin pris ce parti, par leur frayeur commune avec le pape de voir les Turcs sur les côtes de l'Italie et l'impatience d'y voir arriver au plus tôt les secours maritimes promis au pape par l'Espagne.

Page 1