CHAPITRE XI
Mlle de Cliarlres prend l'habit à Chelles. — Mort d'Arraenlières. — Mort du duc de Béthuue. — Mort de Mme d'Estrades. — Son beau-fils va en Hongrie avec le prince de Bombes. — Indécence du carrosse du roi expliquée.
— Maupeou président à mortier, depuis premier président. — Nicolaï obtient pour son fds la survivance de sa charge de premier président de la chambre des comptes. — Basselte et pharaon défendus. — Mort et famille de la duchesse douairière de Duras. — Mort de la duchesse de Melun. — Mort de la comtesse d'Egmont. — Mort de Mme de Chamarande. — Éclaircissement sur sa naissance. — Mort de l'abbé de Vauban. — Mariage d'une fille de la maréchale de Bouffiers avec le fils unique du duc de Popoli. — Le duc de Noailles manque le prince de Turenne pour sa fille aînée, et la marie au prince Charles de Lorraine , avec un million de brevet de retenue sur sa charge de grand écuyer, et un triste succès de ce mariage. — M. le comte de Charolois part furtivement pour la Hongrie par Munich. — Personne ne tàte de cette comédie. — H ne voit point l'empereur ni l'impératrice, quoique le prince de Bombes les eût vus, dont M. le Bue se montre fort piqué. — L'abbé de La Rochefoucauld va en Hongrie et meurt à Bude. — Conduite de M. et Mme du Maine dans leur affreux projet. — Causes et degrés de confusion et de division dont ils savent profiter pour se former un parti. — Formation d'un parti aveugle composé de tontes pièces sans aveu de personne, qui ose de soi-même usurper le nom de noblesse.
— But ei adresse des conducteurs. — Folie et stupidité des conduits. — Menées du grand prieur et de l'ambassadeur de Malle pour en exiler tous les chevaliers, qui reçoivent défense du régent de s'assembler que pour les affaires uniquement de leur ordre. — Huit seigneurs veulent présenter au nom de la prétendue noblesse un mémoire contre les ducs. — Le régent ne reçoit point le mémoire et les traite fort sèchement. — Courte dissertalion de ces huit personnages. — Embarras de celte noblesse dans l'impossibilité de répondre sur l'absurdité de son projet.
Mlle de Chartres ayant persévéré longuement à vouloir être religieuse contre le goût et les efforts de M. le duc d'Orléans , il consentit entin qu'elle prît l'habit à Chelles , dont une sœur du maréchal de Villars étoit abbesse. M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans y allèrent et n'y voulurent personne. L'action fut ferme et édiliante , et tout s'y passa avec le moins de monde et le plus de simplicité qu'il fut possible.
Armenlières mourut chez lui en Picardie, assez jeune, d'une fort longue maladie. Il étoit premier gentilhomme de la chambre de M. le duc d'Orléans, qui donna cette place à son frère Conflans, qui étoit aussi son beau-frère, comme on l'a vu ailleurs. Il étoit surprenant de trouver en ce M. d'Armentières un homme aussi parfaitement bouché , avec deux frères qui avoient tant de savoir et d'esprit ; d'ailleurs bon et honnête homme.
Le duc de Bélhune mourut à soi.Kanle-seize ans. C'étoitun bon et ver-
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tueux homme. J'ai parlé plus d'une fois de la fortune de son père et de lui , qu'il vit refleurir en lui et son fils et son petit-fils après une légère éclipse , et qui après lui augmenta encore beaucoup.
Mme d'Estrades mourut aussi. Elle étoit sœur de Bloin, premier valet de chambre du roi, et avoit été fort belle. Le fils aîné du maréchal d'Estrades l'avoit épousée en secondes noces par amour. Elle étoit mère de Mme d'Herbigny. La considération que M. le duc d'Orléans conserva , toujours pour la famille du maréchal d'Estrades , qui avoit été son gouverneur , et un homme illustre dans les armes et dans les négociations , dont Mme d'Herbigny étoit petite-fille , fit uniquement son mari 'conseiller d'État. Le comte d'Estrades lieutenant général , de la belle-mère de qui on vient de dire la mort, se laissa engager par M. du Maine à aller en Hongrie avec le prince de Bombes. G'étoit un honnête homme et de distinction à la guerre. Le régent le lui permit, mais le roi ni lui n'y entrèrent pour rien.
Le roi s'alla promener au cours. Il étoit au fond de son carrosse , serré entre le duc du Maine et le maréchal de Yilleroy avec la dernière indécence. Tant que le feu roi admit des hommes dans son carrosse , jamais aucun prince du sang n'y a été à côté de lui. G'étoit un honneur réservé aux seuls fils de France. M. le Prince le dernier donnant au roi une fête à Chantilly , où étoit toute la cour , il se trouva pendant le voyage une fête d'Église solennelle, pour laquelle le roi alla à la paroisse du lieu, seul, dans sa calèche qui n'étoit qu'à deux places sur le derrière, le devant étant accommodé pour les chiens couchants. Jamais personne n'y montoit avec lui , sinon Monseigneur ou Monsieur , encore si rarement qu'il ne se pouvoit davantage. On regarda comme une distinction fort grande due à la magnificence de la fête de Chantilly , et à la nouveauté du mariage de Mme la duchesse , que le roi sortant de l'église , et monté dans sa calèche , voyant M. le Prince à la portière , lui ordonna d'y monter et de se mettre auprès de lui, parce qu'il n'y avoit point d'autre place. C'est l'unique fois que cela soit arrivé. Le maréchal de Yilleroy avoit bien dans le carrosse du roi, comme son gouverneur, une place de préférence , mais non pas de préséance sur le grand écuyer , ni sur le grand chambellan , ni même sur le premier gentilhomme de la chambre en année. Mais tout étoit en pillage et en indécence, qui s'augmenta sans cesse en tout de plus en plus.
Maupeou, maître des requêtes, fit un marché extraordinaire avec Menars, président à mortier, pour s'assurer sa charge et lui en laisser la jouissance sa vie durant à certaines conditions. Le prix fut sept cent cinquante mille livres et vingt mille livres de pot-de-vin. Je ne marque cette bagatelle que parce que le même Maupeou est devenu premier président ' , et a fait passer à sou fils sa charge de président à mortier ,
4. René-Charles de Maupeou fut re(-u président à mortier lo '23 mars iHS, devint premier président en 1743, et, longtemps après la mort de Saint-Simon, garde des sceaux et vice-cliancelier de France en 4 763, enfin chancelier en I7G8 (15 septembre). Il céda presque immédiatement cette charge à son fils, René-Nicolas-Charles- Augustin de Maupeou, qui s'est rendu célèbre par sa lutte contre les parlements.
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tous deux avec réputation. Peu de jours après, Nicolaï, premier président de la chambre des comptes , obtint la survivance de cette charge pour son fils. Ce fut comme bien d'autres une grâce perdue pour M, le duc d'Orléans, qui ne trouva pas ce magistat par la suite moins singulièrement audacieux à son égard. Ce prince fit plus utilement par la défense sévère qui fut publiée de la bassette et du pharaon sans distinction de personne. Ce débordement de ces sortes de jeux quoique défendus étoit devenu à un point . que les maréchaux de France avoient établi à leur tribunal qu'on ne seroit point obligé à payer les dettes qu'on feroit à ces sortes de jeux.
La duchesse de Duras mourut à Paris à cinquante-huit ans d'une longue maladie; elle étoit veuve dès 1697 du duc de Duras, fils et frère aîné des deux maréchaux de Duras. Il n'avoit que vingt-sept ans, et ne lui avoit laissé que deux filles , dont elle avoit marié l'aînée , comme on l'a vu en son temps, au prince de Lambesc, petit-fils de M. le Grand, et avoit, comme on le verra, arrêté le mariage de l'autre lorsqu'elle mourut. Son nom étoit Eschallard; elle étoit fille de La Boulaye, qui fit un moment tant de bruit à Paris dans le parti de M. le Prince , et qui est si connu dans les histoires et les mémoires de la minorité de Louis XIV. La Boulaye avoit épousé une fille unique du baron de Saveuse , et il fut tué maréchal de camp au malheureux combat du maréchal de Créqui à Consarbruck , en 1675. Son père avoit épousé en 1633 une fille d"Henri-Robert de La Mark, comte de Braine, capitaine des Cent-Suisses de la garde du roi, mort en 1652, fils de Charles-Robert, comte de Maulevrier et chevalier du Saint-Esprit, aussi capitaine des Cent-Suisses, frère puîné du père de l'héritière de Bouillon, Sedan, etc., qu'épousa le vicomte de Turenne, dit depuis le maréchal de BouilLon, contre lequel après la mort sans enfants de l'héritière , il en prétendit la succession , se fit appeler duc de Bouillon , disputa toute sa vie et précéda partout le maréchal de Bouillon. On a assez parlé ailleurs de toute cette grande afl'aire et de toute cette descendance. Le marquis de Mauny, frère cadet du beau-père de La Boulaye, qui étoit chevalier du Saint-Esprit , capitaine des gardes , puis premier écuyer de la reinemère et la marquise de Choisy-L'Hospital si connue dans le grand monde , sœur de Mme de La Boulaye , n'ayant point eu d'enfants , ni cette dernière de frère , La Boulaye son mari prit hardiment le nom et les armes de La Marck , que sa postérité a conservés , quoiqu'il restât une branche de la maison de La Marck , comtes de Lumain en "VVéteravie , dont est demeuré seul de ce grand nom le comte de La Marck. chevalier du Saint-Esprit et de la Toison, grand d'Espagne, connu par ses ambassades , dont le fils unique a épousé une fille du duc de Noailles.
La duchesse de Melun, fille du duc d'Albret, mourut dans la première jeunesse , étouffée dans son sang en couches , pour n'avoir point voulu être saignée dans sa grossesse qui étoit la première. La fille dont elle accoucha ne vécut pas.
La comtesse d'Egmont mourut aussi à Paris. Elle étoit nièce de l'archevêque d'Aix , si connu par les aventures de sa vie et commandeur de l'ordre , et parente proche des Cbalais. Mme des Ursins , qui aimoit
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fort tout ce qui appartenoit à son premier mari, étant à Paris avant la mort de son second mari, l'avoit fait venir de sa province chez elle, où elle demeura jusqu'à son mariage avec le dernier de la maison d'Egmont , dont elle n'eut point d'enfants , et dont elle étoit veuve.
Chamarande perdit sa femme, qui avoit du mérite, et qui étoit fille du comte de Bourlemont , lieutenant général et gouverneur de Stenay , frère de l'archevêque de Bordeaux. J'observerai , pour la curiosité, qu'on disoit que ces Bourlemont portoient le nom et les armes d'Anglure, dont ils n'étoient point; que leur nom est Savigny , qui sûrement ne vaut pas l'autre. Chrestien de Savigny, seigneur de Rosne, s'attacha au duc d'Alençon , dont il fut chambellan , et par sa valeur et ses talents s^éleva dans les emplois et se fit un nom. A la mort de son maître, il s'attacha aux Guise , alors tout-puissants , et devint , par son esprit , un de leurs principaux confidents et un des chefs de la Ligue sous eux. Lorsque , après le meurtre d'Henri III , le duc de Mayenne attenta à tout, jusqu'aux fonctions de la royauté, de Rosne fut un des maréchaux de France qu'il fit, avec MM. de La Châtre et de Brissac , et d'autres qui le demeurèrent par leurs traités avec Henri IV, mais de Rosne n'en eut pas le temps. Il étoit lieutenant général de Champagne et commandoit à Reims pour la Ligue ; il étoit devenu fort audacieux , et son attachement pour le duc de Mayenne , dont il tenoit son prétendu bâton de maréchal de France , ne lui avoit [point] donné d'aftection pour le jeune duc de Guise qui, par s'être échappé de la prison où il avoit été mis lorsque son père et le cardinal son oncle furent tués à Blois , avoit ôté toute espérance au duc de Mayenne de faire couronner son fils avec l'infante d'Espagne par les prétendus états généraux assemblés à Paris. Le duc de Guise, allant en Champagne, y donna ses ordres que Rosne ne se crut pas obligé de suivre. Étant l'un et l'autre à Reims , les disputes s'échauffèrent tellement , qu'en pleine place publique le duc de Guise , poussé à bout de son insolence , lui passa son épée à travers du corps et le tua roide. C'est ce même de Rosne qui avoit épousé la fille unique et héritière de Jacques d'Anglure , seigneur d'Estoges . en qui cette branche d'Estoges finit, et qui étoit frère aîné [de] René d'Anglure , seigneur de Givry en Argonne , qui a fait la branche de Givry, Pour revenir au prétendu maréchal de Rosne, il eut un fils que son grand-père maternel substitua aux nom et armes d'Anglure; mais ces faux Anglure n'ont point prospéré et sont demeurés obscurs. Le comte de Bourlemont , ami de mon père , frère des archevêques de Toulouse et de Bordeaux , et père de la femme de Chamarande , étoit fils puîné de Nicolas d'Anglure , quatrième descendant d'autre Nicolas d'Anglure , chef de la branche de Bourlemont et d'Is. du Ghâtelet , lequel étoit puîné de Simon d'Anglure, vicomte d'Estoges, mort en 1499. En voilà assez pour revendiquer cette vérité.
En même temps mourut l'abbé de Vauban , uniquement connu pour avoir été frère du célèbre maréchal de Vauban.
La maréchale de Boufflers , qui n'avoit pas grand'chose à donner à sa seconde fille, conclut son mariage avec le fils unique du duc de Popoli, duquel il a été parlé plus d'une fois. Excepté d'aller en Espagne, le