‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 118 sur 374 · BATAILLE DU TER · texte numérisé non relu

BATAILLE DU TER

reliréB au delà du Rhin. — Procédé entre les maréchaux de Lorges el de Joyeuse raccommodé par les marquis d'Huxelles el de Vaubecourl. — Maréchal d'Humicres, sa fortune el sa famille. — Sa mort. — Maréchal de BouQlers, gouverneur de Flandre el Lille. — Maréchal de Lorges , gouverneur de Lorraine. — M. du Maine , grand maître de rarlillerie. — Duc do Tendôme, général des galères.

M. de Noailles fit passer le Ter à son armée , le 28 mai , devant le marquis de Villena, ou duc d'Escalone, car c'est le même, vice-roi de Catalogne, et le défit; quinze cents prisonniers, tout le canon et le bagage , et les ennemis en fuite et poursuivis. Ils y ont perdu cinq cents hommes, M, de Noailles trois cents. Le vieux Chazeron, chevalier de l'ordre et premier lieutenant général de cette armée, eut tout l'honneur du passage et du combat. M. de Noailles ne passa le Ter que pendant la déroute des ennemis; au moins c'est ce qui se débita et qui a été cru. Nous y avons eu peu d'officiers principaux blessés, et gagné force drapeaux. Le commandant de la cavalerie espagnole , un sergent-major et quelques colonels ont été pris. Le marquis de Noailles, frère du maréchal , qui a apporté cette nouvelle, en fut brigadier avec huit mille livres de gratification , outre sa course. Palamos fut emporté, le 7 juin, l'épée à la main : on leur y a tué trois cents hommes , et pris six cents. La citadelle se rendit peu après, c'est-à-dire le 10, la garnison de quinze cents hommes prisonnière de guerre. La place est considérable par son port et par elle-même. Cela fit chanter des Te Deum et valut une lettre , de la main du roi , à la vieille duchesse de Noailles. C'étoit une sainte fort aimable , qui avoit été longtemps dame d'atours de la reine mère, et bien avec elle et avec le roi; toujours vertueuse à la cour et depuis longtemps retjrée à Châlons-sur-Marne , dans une grande solitude, et se confessant tous les soirs à l'évêque son fils.

M. de Noailles suivit sa pointe , et prit Girone en six jours de tranchée ouverte. La place capitula, le 29 juin , et la garnison de trois raille hommes ne servira point jusqu'au 1" novembre. Une si riante campagne valut au duc de Noailles des patentes de vice-roi de Catalogne, dont il prit possession dans la cathédrale de Girone , et n'y oublia rien de toutes les cérémonies et les distinctions qui pouvoient le flatter.

Il prit encore, par la témérité d'un seul homme , le château de Castel- FoUit, sur un pain de sucre de roche, fort haut, qui commande toute la plaine. Il prit envie à un soldat déterminé d'aller voir si le premier retranchement étoit gardé par beaucoup de monde ; il le trouva abandonné et y entra l'épée à la main, faisant de grands cris pour être suivi. Il le fut de cinq ou six autres qui entrèrent avec lui dans le second. Il étoit, Tondit, plein de monde, mais qui s'épouvanta tellement de se voir attaqué dans un poste cru inaccessible , qu'ils crurent , aux cris, avoir un assaut à soutenir; et, s'enfuyant, donnèrent une si chaude alarme au château et furent si vivement poursuivis par ce petit nombre, qui cependant s' étoit fort accru, qu'ils entrèrent tous pêlemêle et que la place fut emportée avec beaucoup de carnage. Ostalric tomba aussi entre les maios de M. de Noailles et termina cette heureuse campagne.

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