‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 135 sur 374 · MADAME DE NEMOURS. [1694J · texte numérisé non relu

MADAME DE NEMOURS. [1694J

je viens de rapporter. Il en prévoyoit les terribles conséquences, et que cet impôt étoit de nature à ne jamais cesser. A la fia, à force de cris et de besoins, les brigues lui forcèrent la main.

Le 27 novembre, M. le comte de Toulouse qui avoit acheté le duchépairie de Damville, et en avoit obtenu une érection nouvelle en sa faveur, fut reçu en cette qualité au parlement, comme l'avoit été M. du Maine et après lui M. de Vendôme. La planche faite par M. du Maine comme il a été dit, le roi avoit cessé de faire inviter les pairs par M. de Reims, pour M. de Vendôme qui les visita, ce qui n' avoit pas été hasardé la première fois. M. le comte de Toulouse les visita, comme avoit fait M. de Vendôme, et MM. du parlement. Peu de pairs osèrent ne s'y pas trouver. Il fut peu de jours après installé , comme amiral de France , à la table de marbre ' par le premier président. M. de Vendôme, grandpère de celui-ci , y avoit été installé en la même qualité par un conseiller.

M. de Luxembourg fit en arrivant un étrange mariage pour sa fille. On a vu ci-dessus la mort du dernier de tous les Longueville , et son testament en faveur de M. le prince de Conti, son cousin germain. Mme de Nemours étoit sa sœur du premier lit, fille de la sœur de la princesse de Carignan et du dernier prince du sang de la branche de Soissons, tué en 1641 à la bataille de Sedan, sans avoir été marié. Mme de Nemours étoit veuve sans enfants du dernier des ducs de Nemours de la maison de Savoie. C'étoit une femme fort haute, extraordi naire , de beaucoup d'esprit , qui se tenoit fort chez elle à l'hôtel de Soissons, où elle ne voyoit pas trop bonne compagnie. Riche infiniment et vivant très-magnifiquement , avec une figure tout à fait singulière et son habit de même, quoique sentant fort sa grande dame. Elle avoit hérité de la haine de la branche de sa mère contre celle de Condé; elle s'étoit fort accrue par l'administration des grands biens de M. de Longueville, qu'après la mort de sa mère , sœur de M. le Prince , le même M. le Prince avoit emportée sur elle , et M. le Prince son fils après lui. Le testament fait en faveur de M. le prince de Conti ne la diminua pas. Il s'en trouva un postérieur fait en faveur de Mme de Nemours ; elle prétendit le faire valoir et anéantir le premier. M. le prince de Conti soutint le sien et disputa l'autre comme fait depuis la démence : cela forma un grand procès.

Dans la colère où il mit Mme de Nemours et dans le mépris où elle avoit toujours vécu pour ses héritiers, elle déterra un vieux bâtard obscur du dernier comte de Soissons , frère de sa mère qui avoit l'abbaye de la Couture du Mans, dont il vivoit dans les cavernes. Il n'avoit pas le sens commun, n'avoit jamais servi, ni fréquenté en toute sa vie un homme qu'on pût nommer. Elle le fit venir , loger chez elle , et lui donna tout ce qu'elle pouvoit donner et en la meilleure forme , et ce qu'elle pouvoit donner étoit immense. Dès lors elle le fit appeler le prince de Neuchâtel, et chercha à l'appuyer d'un grand mariage.

i . Voy. sur la table de marhre, les notes i la fin du volume.

Page 1