‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 15 sur 374 · SINGULIÈREMENT CELLE DE SON TEMPS · texte numérisé non relu

SINGULIÈREMENT CELLE DE SON TEMPS

Juillet 4 743.

L'histoire a été dans tous les siècles une étude si recommandée , qu'on croiroit perdre son temps d'en recueillir les suffrages , aussi importants

Far le poids de leurs auteurs que par leur nombre. Dans l'un et dans autre on ne prétend compter que les catholiques, et on sera encore assez fort; il ne s'en trouvera même aucun de quelque autorité dans l'Église qui ait laissé par écrit aucun doute sur ce point. Outre les personnages que leur savoir et leur piété ont rendus célèbres, on compte plusieurs saints qui ont écrit des chroniques et des histoires non-seulement saintes mais entièrement profanes , et dont les ouvrages sont révérés de la postérité, à qui ils ont été fort utiles. On omet par respect les livres nistoriques de l'Écriture. Mais si on n'ose mêler en ce genre le Créateur avec ses créatures, on ne peut aussi se dispenser de reconnoltro

3ue, dès que le Saint-Esprit n'a pas dédaigné d'être auteur d'histoires ont tout le tissu appartient en gros à ce monde , et seroit appelé profane comme toutes les autres histoires du monde si elles n'avoieni pas le Saint-Esprit pour auteur, c'est un préjugé bien décisif qu'il est permis aux chrétiens d'en écrire et d'en lire. Si on objecte que les histoires de ce genre qui ont le Saint-Esprit pour auteur se reportent toutes à. des objets plus relevés , et bien que réelles et véritables en effet , ne laissent pas d'être des figures de ce qui devoit arriver et cachent de grandes merveilles sous ce» voiles, il ne laissera pas de demeurer véritable qu'il y en a de grands endroits qui ne sont simplement que des histoires, ce qui autorise toutes les autres que les hommes ont faites depuis, et continueront de faire; mais encore, que dès qu'il a plu à l'Esprit saint de voiler et de figurer les plus grandes choses sous des événements en apparence naturels, historiques, et en effet arrivés, ce même Esprit n'a pas réprouvé l'histoire, puisqu'il lui a plu de s'en servir pour 1 instruction de ses créatures et de son Église. Ces propositions, qui ne se peuvent impugner avec de la bonne foi , sont d'une transcendance en faveur de l'histoire à ne souffrir aucune réplique. Mais sans se départir d'un si divin appui , cherchons d'ailleurs ce aue la vérité , la raison , la nécessité et l'usa^e approuvé dans tous les siècles, pourront fournir sur ce prétendu problème.

Que sait-on qu'on n'ait point appris? Car il ne s'agit pas ici des prophètes et des dons surnaturels, mais de la voie commune que la Providence a marquée à tous les hommes. Le travail est une suite et la peine du péché de notre premier père; on n'entretient le corps que par le travail du corps, la sueur et les œuvres des mains; on n'eclaire l^sprit que par un autre genre de travail oui est l'étude; et comme il faut des maîtres , pour le moins des exemples sous les yeux , pour apprendre à faire les œuvres des mains dans chaque art ou métier , a plus lorte raison en faut-il pour les sciences et les disciplines si diverses , propres à l'es-

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