‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 169 sur 374 · CHAPITRE XVIir · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIir

ICOe. — Banc an lieu de ployant aux cardinaux aux cérémonies de l'ordre, à la réceptiop do MM. de Noyon et do Guiscard. — Duc Lnnli nommé à l'ordre; son extraction. — Prince de Conli gagne sou procès contre la duchesse de Nemours. — Mariages de Barbczieux avec Mlle d'Alègre; do U. de Luxembourg avec Mlle de Clérembauit; de Mme de Seignclay avec M. de Marsan; du duc de Lesdigiiières avec Mlle de Duras; du duc d'Uzès avec Mlle de Monaco. — Rang nouveau de prince étranger de M. de Monaco. — Mariapes du duc d'Albret cl de Mlle de La Trémoiile ; de Villacerf avec Mlle de Brinon; de Lassay et d'une bâtarde de M. le Prince; de Feuquières avec la Mignard ; de Bouzols avec Mlle de Croissy. — Comlo de Lace, Tait duc vérifié de Châtill.'n-sur-Loing, épouse Mlle de Royan. — Le prince d'Iscnghien obtient un tabouret de grâce pour toujours. — Sourde lutte de l'archevêque de Cambrai et de l'évèque de Chartres. — Mme Guyon chassée de Saint-Cyr, puis à la Bastille.

L'année 1696 commença par un petit dégoût à des gens qui n'y étoient pas accoutumss. Le roi donna l'ordre à M. de Noyon et à Guiscard, et à la cérémonie , les cardinaux d'Estrées et de Furstemberg n'eurent qu'un banc comme tous les autres chevaliers. Peu à peu cette dignité , habile en usurpation, et heureuse à les tourner en droit, avoit trouvé moyen d'avoir chacun un siège ployant à leur place auprès de la crédence de l'autel, comme Monseigneur et Monsieur et la maison royale en ont auprès du roi, qui à la fin le trouva mauvais et le leurôta. Ils l'avalèrent sans oser dire mot.

Au chapitre qui précéda cette cérémonie le roi nomma à l'ordre le duc Lanti , dont la sœur étoit femme de la duchesse de Bracciano , qui l'y servit fort par elle et par ses amis; il étoit à Rome et l'y reçut au grand contentement du cardinal d'Estrées, ami intime do la duchesse de Bracciano , et qui y avoit le plus travaillé. Ces Lanli ne sont rien du tout , ils ont pris le nom délia Rovere , parce qu'ils en ont eu une mère , et ces Rovere eux-mêmes étoient de la lie du peuple avant leur pontificat. François délia Rovere, qui fut pape en 1481 ' et qui le fut quatorze ans sous le nom de Sixte IV , étoit fils d'un pécheur des environs de Savone , et ce furieux Jules II , pape en 1503 et qui le fut dix ans , étoit fils de son frère. Ils n'oublièrent rien pour élever leur famille par argent, par alliances , par troubles et par toutes sortes de voies. Le duché d'Urbin et d'autres grands fiefs y entrèrent , qui pour la plupart sont retournés aux papes. Ces la Rovere ont eu trois ducs d'Urbin.

M. le prince <ie Conti gagna tout d'une voix son procès contre Mme de Nemours à l'audience de la grand'chambre , c'est-à-dire la permission de prouver que M. de Longueville étoit en état de tester lorsqu'il fit son testament en sa faveur, à quoi lui servit beaucoup son ordination postérieure à l'ordre de prêtrise par les mains du pape, et (ïfe jugement préliminaire emportoit le fond , supposé les preuves. J'étois dans la lanterne avec M. le prince de Conti, M. le Duc et M. de La Rocheguyon,

' i. Sixte JV fut pape de U7l à U84,

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