‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 171 sur 374 · MARIAGE DE M. DE LESDIGUIÈRES · texte numérisé non relu

MARIAGE DE M. DE LESDIGUIÈRES

grande avarice et fort dans le néant. Ils voulurent garder leur fille , et M. de Luxembourg se mit chez eux.

Mme de Seignelay, outrée de ce qui venoit de lui arriver, trouva un mari qui lui donnoit un rang et de meilleure maison que M. de Luxembourg. Aussi, ne le manqua-t-ellc pas; et les Matignon ses oncles se cotisèrent pour brusquer cette affaire. Ce fut avec M. de Marsan, frère de M. le Grand. Cavoye, si intime de feu M. de Seignelay et de feu M. de Luxembourg, piqué du procédé avec Mme de Seignelay, en fit la noce chez lui à Paris où il y eut fort peu de monde.

M. de Duras fit un grand mariage pour sa seconde fille. L'aînée avoit épousé , il y avoit quelques années , le duc de La Meilleraye , fils unique du duc de Mazarin, mais qui n'avoit que des richesses avec sa dignité. n trouva pour l'autre , avec les grands biens , tout ce qu'il pouvoit désirer d'ailleurs : ce fut le jeune duc de Lesdiguiëres, ardemment désiré des plus grands partis, parce qu'il étoit lui-même le plus grand parti de France. Sa mère, héritière des Gondi, étoit une fée solitaire qui ne laissoit entrer presque personne dans son palais enchanté , et que la maréchale de Duras sut pourtant pénétrer. Tout convenu dans un grand secret avec elle, qui étoit aussi la tutrice, il fut question des parents; le maréchal de Villeroy et M. le Grand , qui étoient les plus proches du côté paternel, et la maréchale de Villeroy du maternel , firent grand bruit. Le maréchal et le père du jeune duc étoient enfants du frère et de la sœur , et la duchesse de Lesdiguiëres et la maréchale étoient filles aussi du frère et de la sœur. Mme d'Armagnac étoit sœur du maréchal; lui et M. le Grand étoient intimes. II ménageoit depuis longtemps Mme de Lesdiguiëres qui se servoit de son crédit à son gré. Plusieurs partis avoient manqué à Mlle d'Armagnac ; ils vouloient celui-ci , bien que plus jeune qu'elle , et c'est ce qui les mit en si grand émoi. Pendant ce vacarme, tout fut signé, et par M. de La Trémoille, tuteur paternel, gendre du feu duc de Créqui , ami des maréchaux de Duras et de Lorges, et fils de leur cousin germain. Cela fit taire tout à coup les autres, et le mariage se fit à petit bruit à l'hôtel de Duras , parce que Mme de Lesdiguiëres ne voulut point de monde , encore moins les parents de mauvaise humeur. Il n'en coûta que cent mille écus de dot à M. de Duras, encore en retint-il onze mille livres de rente pour loger et nourrir sa fille et son gendre. Il avoit marié l'aînée à aussi bon marché. La mariée étoit grande, bien faite, belle, avec le plus grand air du monde, et d'ailleurs très-aimable , et l'âge convenoit entièrement.

Il s'en fit un autre d'âges bien disproportionnés, du duc d'Uzès, qui avoit dix-huit ans, et de la fille unique du prince de Monaco, sœur du duc de Valentinois , gendre de M. le Grand : elle avoit trente-quatre ou trente-cinq ans, et les paroissoit. Elle étoit riche. Sa mère étoit sœur du duc de Graramont. Il étoit lors dans les horreurs de la taille. M. de Valentinois n'avoit ni feu ni lieu que chez son beau-père , et il n'avoit pas lieu d'être bien avec sa femme ni avec les siens; M. de Monaco étoit à Monaco. La noce se fit donc chez la duchesse du Lude , veuve en premières noces de ce galant comte de Guiche , frère aîné du duc de Grammont, et elle étoit toujours demeurée fort unie avec eux tous. Mlle de

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Monaco avoit le tabouret , parce qu'au mariage de M. de Valentinois , en 1688, M. le Grand avoit obtenu le rang de prince étranger pour M. de Monaco et pour ses enfants, à quoi ils n'avoient jamais osé songer jusque-là. La mère de M. de Monaco vint à Paris pour le faire tenir sur les fonts de baptême par le roi et par la reine sa mère. Son mari étoit mort sans que son père, qui vivoit encore, se fût démis. Elle s'appeloit la princesse de M^ourgues. G'étoit M. d'Angouléme qui, étant dans son gouvernement de Provence, avoit fait avec ce même beau-père le traité de se donner à la France. Ce fut donc à la duchesse d'Angouléme, sa veuve, qu'elle s'adressa pour la présenter et la mener à la cour. Elle y fut debout , sans prétention ni équivoque ; et , après un court séjour , elle s'en retourna avec son (ils , comblée des bontés du roi et de la reine. Mme d'Angouléme , chez qui ma mère a logé longtemps fille , et y a été mariée , le lui a conté cent fois ; et c'est le père de ce prince de Monaco du traité , qui le premier s'est fait appeler et intituler prince de Monaco ; le père de celui-là et tous ses devanciers ne se sont jamais dits ni fait appeler que seigneurs de Monaco. C'est , au demeurant , la souveraineté (l'une roche, du milieu de laquelle on peut pour ainsi dire cracher hors de ses étroites limites.

Le duc dAlbret, fils aîné de M. de Bouillon, épousa la fille du duo (Je La Trémoille ; il y eut d'autres mariages plus tard dont il vaut autant finir la matière tout de suite. Mme la maréchale de Lorges maria une cousine germaine, qu'elle avoit auprès d'elle, au marquis de Saint-Herem , du nom de Montmorin , qui étoit fort de mes amis. Il avoit la survivance du gouvernement de Fontainebleau de son père , que le roi prit en 1688 pour un homme de peu, quoique de très-bonne et ancienne maL son et très-bien alliée , dont les pères avoient eu le gouvernement d'Auvergne , et qui ne le fit point chevalier de l'ordre. M. de La Rochefou* cauld , ami du bonhomme Saint- Hcrem , le détrompa ; mais il n'étoit plus temps.

Villacerf épousa Mlle de Brinon , sans bien : elle étoit Saint-Nectaire et lui Colbert : les noms ne se ressembloient pas. Son père et Saint- Pouange son frère , étoient fils d'une sœur du chancelier Le Tellier. Saint- Pouange faisoit tout sous M. de Louvois, et après sous Barbezieuz. Ils avoient répudié les Colbert pour les Tellier , dont ils avoient pris les livrées et suivi la fortune ; tous deux étoient bien avec le roi , surtout Villacerf, avec confiance de longue main. C'étoit aussi un très-boa homme et fort homme d'honneur. Il eut les bâtiments à la mort de Louvois, et fut aussi un temps premier maître d'hôtel de la reine. Son fils aîné avoit été tué à la tète d'un régiment qu'on avoit fait royal pour lui; celui-ci avoit servi à la mer quelque temps.

Lassay épousa à l'hôtel de Condé la bâtarde de M. le Prince et de Mlle de Montalais qu'il avoit fait légitimer '. Elle étoit fort jolie et avoit

4. Julie de Bourbon, fille naturelle d'Henri- Jules de Bourbon, prince de Condé, et de Françoise de Montalais, épousa, le 5 mars 4 696, François de Lcsparrc de Madaillan , marqilia de Las&ay. Saint-Simon appelle d'abord le père de Lassay Monialaire , et à la ligne suivante Madaillan. Nous avons reproduit exactement le manuscrit ; mais le nom de Madaillan est le seul exact.

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