‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 233 sur 374 · ABBÉ DE COISLIN FAIT ÉVÊQUE DE METZ · texte numérisé non relu

ABBÉ DE COISLIN FAIT ÉVÊQUE DE METZ

avoit réglé , c'étoit son affaire à lui , et non plus celle de H. de La Rochefoucauld; que le premier aumônier n'avoit point de place au sermon ni nulle part derrière lui; qu'il se souvenoit très-bien d'avoir toujours vu M. de Meaux , oncle et prédécesseur de M. d'Orléans, qui avoit eu sa charge ou debout auprès de lui , ou assis sur le banc des aumôniers; et finit par ces dures paroles qui lui étoient si rares, «que, si la chose étoit à décider entre M. d'Orléans et un laquais, il donneroit la place au laquais plutôt qu'à lui. » M. de La Rocheroucauld n'eut plus qu'à se taire. M. d'Orléans entra dans le cabinet à qui le roi parla tout aussi durement; je l'en vis sortir l'air outré de douleur. Ni lui ni ses parents ne la continrent pas, et il s'en retourna sur-le-champ à Orléans, où il auroit mieux fait de demeurer que de venir presque à coup sdr essuyer une mortification si amère pour une place qui ne lui avoit jamais appartenu , et devant connoitre le roi assez pour ne pas douter qu'après l'engagement qu'il avoit pris de donner la place, c'éloit s'exposer trèsinutilement que se hasarder à entreprendre de le faire changer.

Mais , pour ne plus revenir à cette tracasserie , je dirai tout de suite comment elle finit. Le roi au fond estimoit et aimoit M. d'Orléans , et le montra bien par la façon si obligeante dont il lui donna sa nominatioa au cardinalat, et par la considération qu'il lui avoit toujours constamment témoignée jusqu'à cette prétention de place au sermon. Il étoit donc peiné du cuisant déplaisir qu'il lui avoit fait, et il i'étoit encore de l'irréconciliable division que cela avoit mis entre deux hommes si principaux, si anciennement amis, et si continuellement autour de lui par leurs charges. La vacance du riche et magnifique siège de Metz parut au roi un moyen d'apaiser M. d'Orléans , et de finir la discorde. Il y nomma l'abbé de Coislin, sans que ni lui ni aucun de sa famille eût osé y songer. La surprise fut extrême ; ils se croyoient tous bien éloignés des grâces, et l'abbé de Coislin encore plus éloigné d'aucua évôché.

C'étoit un petit homme court et gros, singulier au dernier point, d'une figure comique et de propos à l'avenant et souvent fort indiscrets, mêlé pourtant avec la meilleure compagnie de la cour, qu'il divertissoit en se divertissant le premier; avec cela dangereux et malin , et un fort médiocre prêtre. Il se I'étoit fait par raison malgré son père qui étoit pauvre et qui, voyant son aîné sans enfants, vouloit marier celui-ci. L'aîné étoit impuissant, celui-ci en étoit fort soupçonné, et n'avoit point de barbe; son aîné étoit gueux, il ne voulut pas mourir de faim toute sa vie et se tourna du côté des bénéfices. Dès qu il fut prêtre, M. d'Orléans, sans en dire mot à son frère, pour lui éviter le chagrin d'un refus s'il en recevoit un , demanda au roi sa survivance de premier aumônier, et l'obtint sur-le-champ. Avec cet établissement, le jeune homme ne douta plus de rien, et se livra au grand monde et à son humeur. Le roi ne le goûta jamais et ne le soufTroit qu'à cause de son oncle. Il eut beau le suivre à Orléans pour y travailler sous lui, cela ne lui produisit qu'une légère abbaye, et il n'avoit que celle-là seule et point d'autre bien, lorsqu'il eut Metz. En même temps, pour finir toute dispute, le roi donna à la charge de premier aumônier une place derrière lui à la

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