‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 251 sur 374 · ATTENTIONS DU ROI POUR JACQUES H · texte numérisé non relu

ATTENTIONS DU ROI POUR JACQUES H

matin du samedi quand la paix fut signée. Enfin , le jeudi , 26 septembre, Celi, fils d'Harlay , arriva à cinq heures du matin à Fontainebleau, après s'être amusé en chemin avec une fille qu'il trouva à son gré et du vin qui lui parut bon. Il avoit fait toutes les sottises et toutes les impertinences dont un jeune fou et fort débauché et parfaitement gâté par son père s'étoit pu aviser, dont plusieurs même avoient été fort loin et importantes, qu'il couronna par C6 beau délai : ainsi il n'apprit rien do nouveau.

Le roi et Ja reine d'Angleterre étoient à Fontainebleau , à qui la reconnoissance du prince d'Orange fut bien amère; mais ils en connoissoient la nécessité pour avoir la paix, et savoient bien aussi que cet article ne l'étoit guère moins au roi qu'à eux-mêmes, dont j'expliquerai tout présentement la raison. Ils se consolèrent comme iis purent, et parurent même fort obligés au roi , qui tint également ferme à ne vouloir pas soufl'rir qu'ils sortissent de France, ni qu'ils quittassent le séjour de Saint-Germain. Ces deux points avoient été vivement demandés; le dernier surtout dans l'impossibilité d'obtenir l'autre, tant à Ryswick que dans les conférences par Portland. Le roi eut l'attention de dire & Torcy, sur le point de la signature, que si le courrier qui en apporteroit la nouvelle arrivoit, un ou plusieurs, l'un après l'autre , il ne le lui vînt point dire, s'il étoit alors avec le roi et la reine d'Angleterre; et il défendit aux musiciens de chanter rien qui eût rapporta la paix , jusqu'au départ de la cour d'Angleterre.

On sut en même temps que le prince Eugène avoit gagné une bataille considérable en Hongrie, qui y rétablit fort les afl'aires et la réputation de l'empereur, mais dont, faute d'argent, il ne put profiter, comme il eût été aisé de faire grandement. Pour achever de suite cette matière de la paix, les ratifications étant échangées, elle fut publiée le 22 octobre, à Paris, avec l'Angleterre et la Hoilaiule. et huit jours après avec l'Espagne. Celi , qui étoit retourné , arriva à Versailles le 2 novembre portant la nouvelle de la signature de la paix avec l'empereur et presque tout l'empire-, quelques protestants faisoient encore difficulté de la signer, sur ce que le roi insistoit que la religion catholique fût conservée dans les pays à eux rendus, et à la fin ilsy passèrent. Celi, malgré sa conduite, eut douze mille livres de gratification. On peut juger que les Te Deum et les harangues de tous les corps furent la suite de cette paix, dans lesquelles il fut bien répété que le roi avoit bien voulu la donner à l'Europe. Retournons maintenant à beaucoup de choses laissées en arrière, pour n'avoir pas voulu interrompre le voyage de M. le prince de Conti , et la conclusion de la paix. Ajoutons-y, auparavant de finir la guerre, que pendant la campagne , vers le fort des conférences du maréchal de Boufflers, M. le comte de Toulouse fut fait seul lieutenant général.

Je m'aperçois que j'oublie de tenir parole sur les raisons particulières qui rendoient au roi la reconnoissance du prince d'Orange pour le roi d'Angleterre si amère: les voici : le roi étoit bien éloigné quand il eut des bâtards, des pensées qui, par degrés, crûrent toujours en lui pour leur élévation. La princesse de Conti, dont la naissance étoit la moins odieuse , étoit aussi la première ; le roi la crut magnifiquement mariée

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