SAINT-ALBANS ENVOYÉ D' ANGLETERRE
propre sœur à la tète. Il l'avoit toujours fort aimée et bien traitée , mais il ne l'avoit point mariée. La nation en gros étoit outrée de ce qu'il lui avoit fait couper sa barbe, rogné ses habits longs, ôté force coutumes barbares, et de ce qu'il mettoit des étrangers dans les premières places et dans sa confiance; et pour cela il s'étoit formé une grande conspiration qui étoit sur le point d'éclater par une révolution. 11 pardonna à sa sœur qu'il mit en prison , et fit pendre aux grilles de ses fe* nôtres les principaux coupables, tant qu'il en put tenir par jour. Tal écrit de suite ce qui le regarde pour cette année , pour ne pas sautiller sans cesse d'une matière à l'autre : c'est ce que je vais faire par même raison sur celle qui va suivre.
Le roi d'Angleterre étoit au comble de satisfaction de se voir enfla reconnu par le roi , et paisible sur ce trône ; mais un usurpateur n'est jamais tranquille et content. Il étoit blessé du séjour du roi légitime et de sa famille à Saint-Germain. C'étoit trop à portée du roi , et trop près d'Angleterre pour le laisser sans inquiétude. Il avoit fait tous ses efforts, tant à Ryswick que dans les conférences de Portland et du maréchal de Bouffîers, pour obtenir leur sortie du royaume, tout au moins leur éloignement de la cour. Il avoit trouvé le roi inflexible; il voulut essayer tout , et voir si , n'en faisant plus une condition , puisqu'il avoit passé carrière , et comblant le roi de prévenances et de respects , il ne pourroit pas obtenir ce fruit de ses souplesses. Dans cette vue il envoya le duc de Saint-Albans , chevalier de la Jarretière, complimenter le roi sur le mariage de Mgr le duc de Bourgogne. Il ne pouvoit choisir un homme plus marqué pour une simple commission : on fut surpris même qu'il l'eût acceptée. II étoit bâtard de Charles II , frère aine du roi Jacques II, et c'étoit bien encore là une raison pour Saint-Albans de s'en excuser. Il voulut même prétendre quelques distinctions , mais on tint poliment ferme à ne le traiter que comme un simple envoyé d'Angleterre. Les ducs de ce pays-là n'ont aucun rang ici , non plus que ceux d'ici en Angleterre. Le roi avoit fait la duchesse de Portsmouth et le duc de Richement , son fils , duc et duchesse à brevet , et accordé un tabouret de grâce en passant à la duchesse de Cleveland , maltresse de Charles II , son ami. La duchesse de La Force, retirée en Angleterre pour la religion et avant elle, la duchesse Mazarin, fugitive de son mari et fixée en Angleterre , y avoient obtenu le rang des duchesses ; mais ce sont des grâces particulières qui ne tirent point à conséquence pour le général.
Ce duc de Saint-Albans fut le précurseur du comte de Portland, i l'arrivée duquel il prit congé. J'ai déjà assez parlé de ce favori pour n'avoir pas besoin d'y rien ajouter. Les mêmes raisons qui l'avoient fait choisir pour conférer avec le maréchal de Bouffîers le firent préférer à tout autre pour cette ambassade. On n'en pouvoit nommer un plus distingué. Sa suite fut nombreuse et superbe , et sa dépense extrêmement magnifique en table , en chevaux, en livrées, en équipages, en meubles, en habits, en vaisselle et en tout, et avec une recherche et une délicatesse exquise. Tout arriva presque au même temps , parce que le comte vint de CaJais dans son carrosse à journées , et reçut partout tou-