‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 340 sur 374 · DOT DE MADEMOISELLE · texte numérisé non relu

DOT DE MADEMOISELLE

comtesse d'Auvergne. — Mort de l'abbé d'Effiat. — Mort de la duchesse Lanti. — Mort de la chancelière Le Tellier. — Mort de l'abbé Amauld. — Le roi refuse de porter le deuil d'un fils du prince royal de Danemark. — Baron de Bretcuil est Tait mtroducleur des ambassadeurs; sa rare ignorance et du marquis de Gesvres. — Abbé Fleury ; ses commenceroenU; ses premiers progrès ; comment fait évèque de Fréjus. — Prince de Conti gagno déflniiivement son procès contre Mme de Nemours. — Mme de Blansae rappelée. — Éclat et séparation de Barbezieux et de sa Temme.

Aussitôt après la paix et la restitution convenue de M. de Lorraine dans ses États , son mariage fut résolu avec Mademoiselle. Sa dot fut réglée à neuf cent mille livres du roi comptant en six mois; et quatre cent mille livres, moitié de Monsieur, moitié de Madame, payables après leur mort ; et trois cent mille livres de pierreries , moyennant quoi pleine renonciation à tout, de quelque côté que ce fût, en faveur de M. le duc de Chartres et de ses enfants mâles. Couronges vint tout régler pour M. de Lorraine , puis fit la demande au roi , ensuite à Monsieur et à Madame, et dans la suite présenta à Mademoiselle, de la part de son maître , pour quatre cent mille livres de pierreries. Je ne sais si elle avoit su qu'elle auroit épousé le fils aîné de l'empereur sans l'impératrice quiavoit un grand crédit sur son esprit, qui haïssoit extrêmement la France, et qui déclara qu'elle ne soufTriroit point que son fils, déjà couronné et de plus destiné à l'empire, devînt beau-frère d'une double bâtarde. Elle ne fut pas si difficile sur le second degré; car ce même prince , en épousant la princesse d'Hanovre , devint cousin germain de Mme la Duchesse. Quoi qu'il en soit. Mademoiselle, accoutumée aux Lorrains par Monsieur et même par Madame, car il faut du singulier partout, fut fort aise de ce mariage, et très-peu sensible à sa disproportion de ses sœurs du premier lit. Ce n'est pas que, mettant l'Espagne à part, je prétende que M. de Savoie soit de meilleure maison que M. de Lorraine; mais un État à part, indépendant, sans sujétion, séparé par les Alpes , et toujours en état d'être puissamment soutenu par des voisins contigus, avec le traitement par toute l'Europe de tête couronnée, est bien différent d'un pays isolé , enclavé , et toutes les fois que la France le veut envahi sans autre peine que d'y porter des troupes, un pays ouvert , sans places , sans liberté d'en avoir , sujet à tous les passages des troupes françoises , un pays croisé par des grands chemins marqués , dont la souveraineté est cédée , un pays enfin qui ne peut subsister que sous le bon plaisir de la France , et même des officiers de guerre ou de plume qu'elle commet dans ses provinces qui l'environnent. Mademoiselle n'alla point jusque-là : elle fut ravie de se voir délivrée de la dure férule de Madame , mariée à un prince dont toute sa vie elle avoit ouï vanter la maison , et établie à soixante-dix lieues de Paris, au milieu de la domination françoise. Les derniers jours avant son départ, elle pleura de la séparation de tout ce qu'elle connoissoit; mais on sut après qu'elle s'étoit parfaitement consolée dès la première couchée , et que du reste du voyage il ne fut plus question de triste.sse.

La cour partit pour Fontainebleau , et six jours après le roi et la reine

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