DÉPART DE LA DUCHESSE DE LORRAINE
faire venir en bas. La fin répondit mal au commencement que j'ai raconté , et le roi toujours embarrassé , avec Monsieur et Madame , sur sa fille, n'osa user de son autorité. Mais ce qui fut évité en public ne le fut pas en particulier. J'appelle ainsi un lieu public, mais où la cour n'étoit pas. Mme de Lorraine dîna chez Monsieur avec Madame , et M. et Mme la duchesse de Chartres , qui tous deux prirent toujours partout le pas et la place à table sur elle; et Monsieur apparemment embarrassé du grand murmure qui s'étoit fait de Mme de Chartres à la tribune , et qui avoit duré toute la cérémonie, s'expliqua tout haut à son dîner, qu'il ne savoit pas ce qu'on avoit voulu imaginer, que M. de Lorraine n'avoit jamais prétendu disputer rien à M. de Chartres, et que lui-même ne l'auroit pas souffert. Après dîner , Monsieur monta dans un carrosse du roi avec sa fille, Mme de Lislebonne et les siennes et Mme de Mare gouvernante de Mademoiselle , Madame dans son carrosse avec ses dames , et M. le duc de Chartres dans le sien avec des dames de la cour de Monsieur, et s'en allèrent à Paris. Mme la duchesse de Chartres, sous prétexte d'incommodité, demeura à Fontainebleau.
Cette cérémonie fit un schisme parmi les Lorraines. Mme de Lislebonne prétendit les précéder toutes , comme fille du duc Charles IV de Lorraine; Mme d'Elbœuf, la douairière, et cela soit dit une fois pour toutes , parce que la femme du duc d'Elbœuf ne paroissoit jamais , Mme d'Elbœuf, dis-je, se moqua d'elle; et comme veuve de l'aîné de la maison en France, et du frère aîné de M. de Lislebonne, se rit de sa bellesœur, et l'emporta, malgré les pousseries et les colères dont Mme de Lislebonne, quoique fort inutilement, ne se contraignit pas. Il y avoit eu sur cela force pourparlers où la duchesse du Lude s'étoit assez mal à propos mêlée , qui n'aboutirent qu'à aigrir et renouveler les propos de la bâtardise de Mme de Lislebonne , qui se vouloit toujours porter pour légitime et qui en fut mortellement offensée. Je ne sais ce qui arriva à Mme d'Armagnac sur tout cela, mais elle demeura à la tribune avec ses filles et sa belle-fille.
La ville, mais sans le gouverneur, alla saluer Mme de Lorraine au Palais-Royal. Elle en partit le jeudi 16 octobre , dans un carrosse du roi , dans lequel montèrent avec elle Mme de Lislebonne , chargée de la conduire , ses deux filles , Mmes de Mare , de Couronges et de Rotzenhausen , une Allemande favorite de Madame , et mère d'une de ses filles d'honneur. Desgranges , maître des cérémonies , l'accompagna jusqu'à la frontière, et elle fut servie par les officiers du roi. A Vitry , où elle coucha, M. de Lorraine vint, inconnu, voir souper Mme la duchesse de Lorraine ; puis alla chez Mme de Lislebonne qui le présenta à Mme son épouse- Ils furent quelque temps tous trois ensemble, puis il s'en retourna.
En arrivant à Bar ils furent remariés par des abbés déguisés en évoques, au refus du diocésain qui voulut un fauteuil chez M. de Lorraine. M. le Grand, le prince Camille, un de ses fils, le chevalier de Lorraine et M. de Marsan y étoient déjà. L'évêque d'Osnabriick , frère de M. de Lorraine , s'y trouva aussi , et mangea seul avec eux. Ce fut une autre difficulté : comme souverain par son évêché , M. de Lorraine vouloit bien lui donner un fauteuil , mais comme à son cadet, il ne lui donnoit