MORT DE LA DUCHESSE DE CHAULNES
brutal et tout furieux qu'il étoit , et toute piquée qu'étoit sa famille , aucun d'eux ne s'y commit; je fus même surpris que, l'ayant tôt après rencontré, il me salua le premier, mais de cette époque nous sûmes de part et d'autre à quoi nous en tenir. Sept ou huit jours après , la comtesse de Jersey eut sa première audience de Mme la duchesse de Bourgogne. Les duchesses y eurent la droite, et les Lorraines la gauche, et mêlées entre elles. Elles s'étoient avisées depuis quelque temps de se déplacer par aînesse , comme font les princesses du sang ; le roi le leur avoit défendu , elles y étoient encore revenues , et le roi l'avoit trouvé très-mauvais. Il vint à celte audience pour saluer l'ambassadrice, comme cela se fait toujours à pareilles audiences. Après l'avoir saluée, il demeura au milieu du cercle , auprès d'elle , regarda et considéra le cercle de tous les côtés , puis dit tout haut que ce cercle étoit fort bien arrangé comme cela. Ce fut une nouvelle mortification aux Lorrains.
En ce même cercle , Mme la Princesse étoit à la tête des duchesses , en retour comme elles, et coude à coude de la première. Mme la Duchesse étoit de même , à gauche , à la tête des Lorraines. Les princesses du sang avoient essayé de se mettre en face du cercle à lieux arrangés , à distance de Mme la duchesse de Bourgogne , mais sur la même ligne qu'elle ; le roi l'avoit trouvé fort mauvais et défendu. Il n'y a que les fils et filles de France qui se placent de la sorte, même le roi et la reine y étant, et les petits-fils et les petites-filles de France, dans les deux coins, à demi tournés, ni en face de tout, ni entièrement de côté, et le roi voulut que cela fût de même pour Mme la duchesse de Bourgogne , et cela avoit toujours été ainsi avec Mme la Dauphine-Bavière.