‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 57 sur 374 · MON PÈRE PRIVÉ DE LA CHARGE · texte numérisé non relu

MON PÈRE PRIVÉ DE LA CHARGE

tout haut devant tout le monde, comme les dispositions concernant l'Etat l'avoient été , mais non devant le même nombre ni avec les mêmes cérémonies. Tout ce que le roi en put défendre pour ses obsèques le fut étroitement, et comme il s'occupoit souvent de la vue de Saint-Denis, que ses fenêtres lui découvroient de son lit, il régla jusqu'au chemin de son convoi pour éviter le plus qu'il put à un nombre de curés de venir à sa rencontre, et il ordonna jusqu'à l'attelage qui devoit mener son chariot avec une paix et un détachement incomparables, un désir d'aller à Dieu, et un soin de s'occuper toujours de sa mort, qui le fit descendre dans tous ces détails.

Mon père, éperdu de douleur, ne put répondre au roi qui lui apprit qu'il l'avoit fait grand écuyer, que par se jeter sur ses mains et les inonder de ses larmes, ni autrement que par elles, aux compliments qu'il en reçut. Sa douleur lui déroba sans doute une infinité de grandes choses qui , dans le détail , se passèrent dans les derniers temps de la vie de son maître , et c'est sans doute ce qui m'a empêché de savoir par lui ce que j'ai appris de Priolo.

C'étoit un noble Vénitien, né en France d'un père exilé de sa patrie, et qui s'attacha au duc de Longueville, qui à la mort de Louis XII 1 venoil d'épouser en secondes noces la fille de M. le Prince qui a fait tant de bruit dans le monde , parmi les troubles et les guerres civiles de la jeunesse de Louis XIV. Priolo a fait une histoire latine de cette minorité, dont l'extrême élégance est la moindre partie. On y voit un homme extrêmement instruit et souvent acteur, traitant lui-même avec la reine et avec le cardinal Mazarin, pour ceux à qui il étoit attaché, et avec tous les ^personnages dont il fait des portraits parfaitement ressemblants. On voit dans cet ouvrage qu'il avoit toute la confiance de son parti , qu'il y influoit par ses conseils, qu'il avoit une pénétration profonde , une grande probité , et l'amour de la vérité ; et l'exactitude à la transmettre à la postérité s'y fait sentir partout, jusque dans les choses les moins avantageuses, et qu'il auroit pu cacher des fautes et des foiblesses des personnes à qui il étoit attaché. Dès les premières pages de son histoire qu'il commence à la mort de Louis XIII , et qu'il décrit courtement, mais avec des traits admirables pour ce prince, il rapporte un fait merveilleux, et qu'il étoit en situation d'avoir appris sur-lechamp de M. le Prince même et de M. de Longueville. Parlant du roi qui mourut le lendemain' : Condxum intuitus, dit-il livre I", page 17, Filius tuus, inquit, insignern victoriam reportavit (comme les prophètes, ce qui va arriver comme déjà passé).... Id ante efflatam ani-

•1. Benj. Prioii Ab excessu Lud. XIII de rehus Gallicis hist. libri XII. Ad Ser. Pr. et Attg. Sert. Reip. Fenet., 1 vol. in-4, Carolopoii, lyp. God. Ponceleli Ser. D. Munt. lyp. [Note de Saint-Simon.) — Le lexle de Priolo est un peu altéré dans celle citation. Voici la reproduction exacte du passage : « Condeiim M intniliis, Filiug tuus, inquit, insignem victoriam reportavit.... Id ante efflaa lam animam Ludov. magis praDsagium, quam mentis alienatœ signnm dédit. « Gast. Aurel. fralrem unicum serio monuit, etc.... Quae loties concionalo- « ribus intonata hic reticeo. Nullus morlalium nec antiquorum nec racenlio- « rum fatum ullimum lam intrépide excepit. »

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