AUTRE TÊTE-À-TÊTE DU DAUPHIN AYIG MOI
tion avec l'usage constant jusqu'alors s et avec ce que l'histoire bous fournit de rois qui se sont eontentés d'égalité avec des fils de France. Je lui fis faire les reflexions naturelles sur le tort extrême que la tolérance de ces abus faisoit aux rois et à leur couronne , qui portoit après sur les ohoses les plus solides par l'affoiblissement de l'idée de leur grandeur; Je lui montrai fort clairement que les degrés de ces chutes étoient les nôtres ï qui , avilis au dedans et abandonnés au dehors, donnions lieu par nos flétrissures à celles du trône môme, par 1 avilissement de ce qui en émane dt plus grand , et le peu de eas qu'on accoutume ainsi les étrangers à en faire. Je lui exposai la nouveauté des usurpations faites sur nous par les électeurs ses oncles, par quelle méprise cela etoit arrivé et demeuré, d'où bientôt après l'électeur de Bavière s'étoit porté jusqu'à prétendre la main de Monseigneur, et à s'y soutenir par des mexto-Urmine , tout incognito qu'il étoit, parce qu'il s'étoit aperçu qu'il n'y avoit qu'à prétendre et entreprendre. Je vins a 3 -À la oom P araison des & raû ds d'Espagne avec les ducs pairs et vérifies | qui me donna un beau champ, et en même temps à la politique de Charles-Quint, soigneusement imitée par les rois d'Espagne ses successeurs, qui non content d'avoir si fort élevé leur dignité dans ses Etats, s'étoit servi de leur étendue et de leur dispersion dans les différentes parties de l'Europe, et de l'autorité que sa puissance lui avoit acquise à Rome et dans d'autres cours, pour leur y procurer lé rang le plus grandement distingué, duquel ils y jouissent encore, et qui sert infiniment à faire respecter la couronne d'Espagne au dehors de ses Etats. Je passai de cet exemple à celui du vaste usage que les papes ont su tirer, pour leur grandeur temporelle, de celle où ils ont porté les cardinaux, dont la dignité se peut appeler littéralement une chimère, puisqu'elle n'a rien de nécessairement ecclésiastique, qu'elle n'en a ni ordres ni juridiction, ainsi laïque avec les ecclésiastiques ecclésiastique avec les laïques, sans autre solidité que le droit d'élection des papes, et l'usage d'être ses principaux ministres d'État. Me promenant ensuite en Angleterre , chex les rois du Nord et par toute TEurope, je démontrai sans peine que la France seule, entre tous les Etats qui la composent, souffre en la personne de ses grands ce que pas un des autres n'a jamais toléré, non pas même la cour impériale, quoique si fourmillante de tant de véritables princes, et que la France seule aussi en a pensé périr, et la maison régnante, dont la Ligue, sur tous exemples , me fournit toutes les preuves.
Le Dauphin, activement attentif, goûtoit toutes mes raisons les achevoit souvent en ma place, recevoit avidement l'impression de toutes ces vérités. Elles furent discutées d'une manière agréable et instructive. Outre la Ligue , les dangers que l'fitat et les rois ont si souvent courus , jusqu'à Louis XIV inclusivement , par les félonies et les attentats de princes faux et véritables, et les établissemens qu'ils leur ont valus au lieu de châtiment, ne furent pas oubliés. Le Dauphin, extrêmement instruit de tous ces faits historiques, prit feu en les déduisant et gémit de l'ignorance et du peu de réflexion du roi. De toutes ces diverses matières , je ne faisois presque que les entamer en les présentant successi-