PRINCES LÉGITIMÉS
Capet , abolissant en môme temps toute préséance entre les princes du sang par autre titre que celui de leur aînesse.
Avec ces connoissances exactes et vraies , le Dauphin ne pouvoit souffrir l'avilissement de notre dignité, par ceux-là mêmes qui s'en étoient si Lien servis pour leur élévation quoique si juste. Il se déclara donc fort contre les usurpations que les princes du sang lui avoient faites ; sur toutes il ne put souffrir l'attribution aux princes du sang, par l'édit, de la représentation des anciens pairs au sacre , à l'exclusion des pairs. Il sentoit parfaitement toute la force d'expression des diverses figures de cette auguste cérémonie, et il me laissa bien clairement apercevoir qu'il vouloit être couronné comme l'avoient été ses ancêtres. Moins informé des temps et des occasions des usurpations des princes du sang sur les pairs, que des usurpations mêmes, je l'en entretins avec un grand plaisir de sa part, plus soigneux de le suivre et de satisfaire à ses questions pour entretenir son feu et sa curiosité, que de lui faire des récits et une suite de discours. En garde contre l'écoulement du temps , lorsque je le crus pour cette fois suffisamment instruit sur les princes du sang, je m'aidai de la grandeur des bâtards, qui avoit si fort servi à augmenter celle des princes du sang , pour amener le Dauphin aux légitimés. G'étoit une corde que je voulois lui faire toucher le premier , pour sentir au son qu'il lui donneroit le ton que je devois prendre à cet égard. Ma sensibilité sur tout ce qu'ils nous ont enlevé, et le respect du Dauphin pour le roi son grand-père, m'étoient également suspects, de manière qu'attentif à le suivre sur les princes du sang, et à ne faire que lui montrer les autres , je fus longtemps à le faire venir à mon point. Il y tomba enfin de lui-même. Prenant alors un ton plus bas , des paroles plus mesurées, mais en échange un visage plus significatif, car mes yeux travailloient avec autant d'application que mes oreilles , il se mit sur les excuses du roi , sur ses louanges , sur le malheur de son éducation , et celui de l'état où il s'étoit mis de ne pouvoir entendre personne. Je ne contredisois que de l'air et de la contenance, pour lui faire sentir modestement combien ce malheur portoit à plein sur nous. Il entendit bien ce langage muet , et il m'encouragea à parler. Je préludai donc comme lui par les louanges du roi , par les plaintes que luimême en avoit faites , et je tombai enfin sur les inconvénients qui en résultoient.
Je me servis, non sans cause, de la piété, de l'exemple, de la tentation nouvelle , ajoutée à celle de la chose même , qui précipitent toutes les femmes entre les bras des rois, le scandale de l'égalité entière entre le fils du sacrement et le fils du double adultère , c'est-à-dire après deux générations , de l'égalité parfaite , de l'égalité de la postérité des rois légitime et illégitime, comme on le voyoit déjà entre M. le duc de Chartres et les enfants de M. du Maine; et ces remarques ne furent point languissantes.
Le Dauphin , satisfait de son exorde , et peut-être content du mien , excité après par mes paroles , m'interrompit et s'échauffa. Cette application présente le frappa vivement II se mit sur la différence d'une extraction qui tire toute celle qui la distingue si grandement de son
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habileté innée à la couronne, d'avec une autre qui n'est due qu'à un crime séducteur et scandaleux qui hè porté àVêé soi qù^infamie. Il parcourut les divers et nombfèux degrés par lesquels les bâtards { car ce mot fut souvent employé) ét oient montés au ni veau dés princes du sang , et qui , pour leur avantage , avoiént élevé et niveau de tant d'autres degrés à nos dépens. 11 traita dé nouveau le point du sacre énoncé dans pétât, èt. s'il lui avoit paru intolérable dans les princes du sang, il lui sembla Odieux, et presque sacrilège dans les légitimés. Dans tout cela, néanmoins , de fréquents retours de respects , d'àtténdrissement même et de compassion pour lé roi , qui mè firent admirer souvent la juste alliance du bon fils et du bon prince dans ce Dauphin si éclairé. Sur la fin se concentrant en lui-même : « C'est un grand malheur , me dit-il , d'avoir de tes Sortes d'enfants. Jusqu'ici Dieu me fait la grâce d'être éloigné de cette route ; il ne faut pas s'en élever, lé ùè sais ce qui m'arrivera dans la suite. Je puis tomber dans toutes sôrtés dé désordres, je prie Dieu de m'en préserver ! mais Jé crois (JUé Si j'avois dés bâtards , je me garderais bien de lés élever dé là sorte , êt même de les reconnoîtré. Mais c'est un sentiment que j'ai à présent par lâ grâce que Dieu iné tait; comme on n'est pas sût de la mériter et de PMtf toujours , il faut au moins se brider là-dessus de tëlle Sotte qu'on hë puisse plus tômbér dans ces inconvénients. «
Un sentiment si humble ét en même temps si sage me charma ; je le louai de toutes mes forces. Cela attiré d'autres témoignages de sa piété et de son humilité; après quoi, lâ conversation fëvenué a son àujét, je lui dis qu'on nMghôroit pas là peine qu'il avoit eue des dernières grandeurs que H. du Maine avott obtenues pour ses enfants. Jamais fien ne peut être plus expressif que le fut sa réponse muette : toute sa personne prit un renouvellement de vivacité que je vis au'il eut peine à contenir. L'air de son visage , quelques gestes échappés à la retenue que l'improbati on précise dU roi lui imposoit , témoignèrent avec éloquence combien impatiemment il supportoit ces grandeurs monstrueuses, et combien peu elles dureraient de son règne. J'en vis assez pour en espérer tout, pour oser même le lui faire entendre: et je connus très- bien que je lui plaisais Enfin, la Conversation ayant duré plus de deux heures, il me remit en gros Sûr léS pertes dô notre dignité, sur l'importance de les réparer, et me témoigna qu'il serait bien aise d'ën être instruit à fond. Dans lè commencement de la conversation , je lui avois dit au'il serait surpris dû nombre ét de l'excès de nos nettes , s'il lés Voyoit toutes d'un coup d'oeil. Je lui proposai ici d'en faire leé réchêrfchës et de les lui présenté?; non-seulement il le voulut bien , mais il Me pria avec ardeur de le faire. Je lui demandai un peu de temps poUf ne lui rien donner que de bleh exact , et j» lui laissai le choix de l'Ordre que j'y donnerais , par nature dë choses et de matières, Où par dates de pertes. Il préféra le dernièf , quoique moins net pour lui , et plus pénible pour mol ; Je le lui représentai , même sur-le-champ , mais il persista dans ce choix , et il m'etoit trop important de le servir là- dessus à son çré pour y rien ménager de ma peine. J'omets ici les remercîments (lue je lui fis de l'honneur dé sa
confiance, et tout ce qu'il eut la bonté de mô dire de flatteur. Il ffif