IMPORTANCE SOLIDE
la confiance du roi , et l'autorité où il commençoit à l'élever , d'ailleurs sûre de la Dauphine comme d'elle-même , pour l'amour de laquelle elle avoit ramené le roi jusqu'à ce point. Par conséquent le roi, qui ne trouvoit plus d'aigreur ni de manèges en Mme de Maintenon, contre M. de Beauvilliers , suivoit son penchant d'habitude , d'estime et de confiance , et n'étoit point blessé de ce qui étoit pesant aux ministres , et de ce qui mettoit le duc dans une situation si principale au dedans et si considérable au dehors. Bien qu'on ignorât à la cour jusqu'où alloit mon intérieur avec lui , et entièrement mes particuliers avec le Dauphin , je ne laissois pas d'être regardé, examiné, compté tout autrement que je ne l'avois été jusqu'alors. On me craignit, on me courtisa. Mon application fut de paroître toujours le même , surtout désoccupé , et d'être en garde contre tout air important, et contre tout ce qui pouvoit découvrir rien de ce que tant d'envieux et de curieux cherchoient à pénétrer; jusqu'à mes plus intimes amis, jusqu'au chancelier même, je ne laissai voir que Técorce que je ne pouvois cacher.
Le duc de Beauvilliers étoit presque tous les jours enfermé longtemps avec le Dauphin et le plus souvent mandé par lui. Ils digéroient ensemble les matières principales de la cour ; celles d'£tat , et le travail particulier des ministres. Beaucoup de gens qui n'y pensoient guère y passoient en revue en bien et en mal , qui presque toujours avoient été ballottés entre le duc et moi , avant d'être discutés entre lui et le Dauphin. Il en étoit de même de quantité de matières importantes , et de celles surtout qui regardoient la conduite de ce prince; une entre autres tomba fort en dispute entre le duc et moi, sur laquelle je ne pus céder ni le persuader , et qui regardoit la succession de Monseigneur.
Le roi eut un moment envie d'hériter , mais fit bientôt réflexion que cela seroit trop étrange. Elle fut traitée comme celle du plus simple particulier, et le chancelier et son fils furent chargés seuls, en qualité de commissaires , d'y faire ce que les juges ordinaires font à la mort des particuliers. Meudon et Chaville , qui valoient environ quarante mille livres de rente , et pour un million cinq cent mille livres de meubles ou de pierreries, composoient tout ce qui étoit à partager, sur quoi il y avoit à payer trois cent mille livres de dettes. Le roi d'Espagne se rapporta au roi de ses intérêts, et témoigna qu'il préféroit des meubles pour ce qui lui devoit revenir. Il y avoit encore une infinité de bijoux de toute espèce. Le roi voulut que les pierres de couleur fussent pour le Dauphin , parce que la couronne en avoit peu , et au contraire beaucoup de diamants. On fît donc un inventaire , une prisée de tous les effets mobiliers , et trois lots : les plus beaux meubles et les cristaux furent pour le roi d'Espagne , et les diamants pour M. le duc de Berry avec un meuble. Tous les bijoux et les moindres meubles , qui à cause de Meudon — étoient immenses , se vendirent à l'encan pour payer les dettes. Du Mont et le bailli de Meudon furent chargés de la vente , qui se fit à Meudon de ces moindres meubles, et des joyaux les plus communs.
Les principaux bijoux, et qui étoient en assez grand nombre, se vendirent avec une indécence qui n'a peut-être point eu d'exemple. Ce fut dans Marly , dans l'appartement de Mme la Dauphine, en sa présence,