‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 124 sur 378 · DÉGOÛTS DU ROI DE M. LE DUC D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

DÉGOÛTS DU ROI DE M. LE DUC D'ORLÉANS

de fidélité et de secret à l'avenir. L'amitié, je n'oserais dire la compassion de sa faiblesse, me séduisit. Je me laissai entraîner dans l'espérance que je mis dans la bonté de cette leçon, et, pour le faire court, nous nous raccommodâmes, mais avec résolution intérieure et ferme de le laisser vivre avec Mme sa fille san3 lui en jamais parler et d'être très-sobre avec lui sur tout ce qui la regarderoit d'ailleurs.

Depuis que j'avois reconnu Mme la duchesse de Berry , je la voyois fort rarement; et je m'étois défait de tout particulier avec elle. Mais elle venoit quelquefois me trouver dans ma chambre, sous prétexte d'aller chez Mme de Saint-Simon, et m'y tenoit des heures tête à tête quand elle se trouvoit dans l'embarras. Depuis cette aventure je ne remis de longtemps le pied chez elle, et ailleurs je lui battis si froid que je lui fis perdre l'habitude de me venir chercher. Dans la suite, pour ne rien trop marquer, j'allois à sa toilette publique une fois en deux mois et des moments chaque fois; et tant qu'elle a vécu je ne m'en suis pas rapproché davantage, malgré force agaceries directes et indirectes, qui ont souvent recommencé et auxquelles j'ai constamment résisté. C'est Une fois pour toutes ce qu'il falloit expliquer de cet intérieur de famille royale , et du mien avec eux tous. Revenons maintenant d'où je suis parti.

La luèur dé raison et de religion qui parut en M. le duc d'Orléans, après sa séparation d'avec Mme d'Argenton , n'avoit pas été de longue durée , quoique de bonne foi pendant quelque temps , et peut-être allongée de politique jusqu'au mariage de Mme la duchesse de Berry, qui suivit cette rupture de cinq ou six mois. L'ennui , l'habitude , la mauvaise compagnie qu'il voyoit dans ses voyages de Paris, l'entraînèrentil se rembarqua dans la débauche et dans l'impiété, quoique sans nouvelle maîtresse en titre, ni de brouilleries avec Mme la duchesse d'Orléans que par celles de Mme la duchesse de Berry. C'étoit entre le père et la fille à qui emporterait le plus ridiculement la pièce sur les mœurs et sur la religion , et souvent devant M. le duc de Berry , qui en avoit beaucoup et qui trouvoit ces propos fort étranges, et aussi mauvais qu'il l'osoit les attaques qu'ils lui donnoient là-dessus et qui ne réussirent jamais. '

Le roi n'ignoroit rien de la conduite de son neveu. Il avoit été fort choqué de son retour à la débauche et à ses compagnies de Paris. Son assiduité chez Mme sa fille et son attachement pour elle firent retomber sur lui des dégoûts continuels qu'il prenoit d'elle, et les déplaisirs souvent éclatants qu'elle donnoit à sa mère , laquelle il aimoit en père et en protecteur, et pour l'amour de qui il avoit fait ce mariage, malgré toute la répugnance de Monseigneur. Le manège de M. du Maine ne laissoit rien passer ni refroidir. Il se montrait peu à découvert , mais il faisoit le bon personnage en plaignant une sœur avec qui la haine de l'autre sœur l'avoit étroitement réuni. Les valets principaux le servoient bien; et il disposoit d'autant plus sûrement de Mme de Maintenon qu'on a vu, et qu'on verra encore mieux dans la suite, à quel point d aveuglement elle l'aimoit, et combien elle haïssoit M. le duc d'Or léans. M. du Maine avoit ses raisons. Il avoit travaillé au mariacre dans la crainte de celui de Mlle de Bourbon ; mais , le mariage fait , il ne vou-

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