‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 223 sur 378 · M - LE DUC D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

M - LE DUC D'ORLÉANS

d'Orléans s'est rabattu à demander au moins qu'Humhert y fût mis, in* terrogé, et toutes les suites. Le roi a enoore refusé d'assez mauvais* grâce. Enfin, à force d'instances , il a dit qu'il ne le feroit pas arrêter, mais qu'il donneroit ordre à la Bastille de l'y recevoir s'il y alloit se remettre lui-môme» » Je m écriai encore plus sur un si pernicieux conseil , et si brusquement exécuté.

Il faut savoir que le marquis d'Effiat étoit un homme de beaucoup d'esprit et de manège, qui n'avoit ni âme ni principes , qui vivoit dans un désordre de mœurs et d'irréligion public , également riche et avare ; d'une ambition qui toujours cherchoit par où arriver , et à qui tout étoit bon pour cela, insolent au dernier point avec M. le duo d'Orléans même qui, du temps qu'avec le chevalier de Lorraine, dont il étoit l'âme damnée , il gouvernoit Monsieur , sa cour et souvent ses affaires , à baguette , s'étoit accoutumé à le craindre et à admirer son esprit. Avec tant de vices si opposés au goût et au caractère du roi et de Mme de Maintenon , il en étoit bienvoulu et traité avec distinction , parce qu'il avoit eu part , avec le chevalier de Lorraine , à réduire Monsieur au mariage de M. son fils , et ce dernier par l'abbé Dubois ; que , par conséquent, il s'étoit toujours entretenu bien avec Mme la duchesse d'Orléans; qu'il s'étoit sourdement livré et vendu à M. du Maine; et que par son ancienne intimité avec le chevalier de Lorraine , l'ami le plus intime du maréchal de Villeroy de tous les temps , il étoit devenu le sien jusqu'à s'en faire admirer. Le conseil qu'il avoit donné étoit si mauvais , pour un homme surtout d'autant d'esprit et qui connoissoit si bien le monde , qu'il me fut fort suspeot.

Par cette conduite M. le duo d'Orléans se ravaloit à la condition des plus petites gens, d'un valet môme d'une maison volée, au lieu de l'avoir pris sur le haut ton , et en prince de son rang , sur qui aucun Soup* çon ne sauroit trouver prise, qui défie avec dignité d'en pouvoir pro* duire ni articuler le moindre appui , ni l'apparence la plus légère , et qui , en faisant en public le parallèle exact et juste de son intérêt et de celui de M. du Maine , tel qu'on Vient de le voir , l'auroit fait trembler avec toute sa faveur, l'auroit réduit à la défensive, et peut-être, fait comme il étoit sur le courage, l'auroit forcé à jeter l'éteignoir sur lè feu qu'il avoit allumé, et obligé le roi à le ménager, et Mme de Maintenon à ne le pousser plus. C'est ce que tout d'abord il falloit faire, après avoir demandé justice au roi avec hauteur devant tout ce qui étoit après son souper dans le cabinet, et ne l'avoir pas reçue j et, sans s'engager en accusation directe, enoore moins formelle , parler publiquement, assez fortement pour donner toute cette peur à M. du Maine, et le mettre dans l'embarras encore du côté du public, déjà si mal prévenu pour lui , et alors irrité des pas de géant qu'il venoit de faire ; en même temps faire souvenir le roi et ceux qui en étoient instruits, répandre, pour l'apprendre à tout le monde , le fait , qui est raconté en son lieu , de la cassette de Mercy prise lorsque du Bourg le battit en haute Alsace, n'oublier pas les curés , les baillis et les officiers de terres de Mme de Lislebonne en Franche-Comté, les uns juridiquement exécutés, les autres en fuite ; aussitôt après cette affaire , et comme on n'étoit en

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