‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 226 sur 378 · LE! DUC D'ORLÉANS TOTALEMENT DÉSERTÉ · texte numérisé non relu

LE! DUC D'ORLÉANS TOTALEMENT DÉSERTÉ

l'autre bout , tant qu'il lui fût possible d'aborder personne que par surprise , et même aussitôt après , il étoit laissé seul a?eo rindéoenoe la plus marquée. Jusqu'aux dames désertèrent un temps Mme la duchesse d ? ON léans , et il y en eut qui ne la rapprochèrent plus. Après avoir si pitoyablement enfourné, il fallut laisser passer rorage; mais l'orage étoit trop soigneusement entretenu pour passer. Il fut soutenu avec la même frayeur de son approche , la même aliénation Jusqu'au dernier Marly de la vie du roi, où ce monarque menaça ouvertement ruine, et quand les bruits foiblissoient dans Paris et dans les provinces , il s'y trouvoit des émissaires adroits et attentifs à les renouveler, et d'autres à en faire retentir l'écho à la cour, et cela dura toujours, et bien après le roi, avec le même art. En un mot , je fus le seul , je dis exactement l'unique , qui continuai à voir M. le duc d'Orléans à mon ordinaire , et oh« lui et thcï le roi, à l'y aborder, à nous asseoir tous deux en un coin du salon où assurément nous n'avions aucun tiers à craindre, à me promener avec lui dans les jardins, et à la vue des fenêtres du roi et de Mme de Malntenon. A Versailles je vivoîs dans le même commerce de tous les jours. Il lut revint que La Feuillade tenoit à Paris les propos les plus injurieux sur lui*, la furie le transporta, et j'eus toutes les peines dumonde de l'empêcher de le faire insulter , et de sa part , â grands coups de bâton. C'est l'unique fois que je l'aie Vu en furie, et sé porter à une telle extrémité.

Cependant M. de Beauvilliers, le chancelier, tons mes âraîset amies, m'avertissoient sans cesse que J'alîois me perdre par une conduite si opposée à l'universelle , et aux sentiments du roi et de Mme de Mâintenon pour M. le duc d'Orléans; que ne rompre pas avec lui, par une entière cessation de le voir, étoit une chose honnête et qui se pouvoit souffrir; mais que de vivre continuellement avec lui et publiquement, et dans les jardins de Marly sous les yeut du roi et de toute la cour, c'étoit une folie inutile à M. le duc d'Orléans, et qui ne pouvoit que déplaire à un point qu'à la fin elle me perdrôit. Je tins ferme, je trouvai que le cas d'aussi rares malheurs étott celui non-seulement de n'abandonner pas ses amis quand on ne les croyoit pas coupables , maïs celui encore de se rapprocher d'eux dé plus en plus pour son propre honneur , pour la consolation qu'on leur devoît et qu'ils ne recevoient de personne, et pour montrer au monde l'indignation qu'on avojt de la calomnie. On insista très-souvent, on me fit entendre que le roi le trouvoit mauvais , que Mme de Maintenon en étoit piquée ; on n'oublia rien pour me faire peur. Je fus insensible à tout ce qu on put me dire; et je ne cessai pas un jour de voir M. le duc d'Orléans et d'ordinaire deux et trois heures de suite. Cette matière reviendra bientôt ; il est temps de reprendre la suite des événements de cette année, Jl faut seulement ajouter que ce fut encore Maréchal qui empêcha que Bumbert n'entrât à la Bastille.

Le roi, que M. le duc d'Orléans venoit de quitter, quand il lui en fit la proposition pour lui-même , et refusé au moins pour lîumbert » , en-

4. Nous avons reproduit exactement le texte du manuscrit; mais il y a

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