‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 230 sur 378 · DIGRESSION SUR UN PRÉTENDU DROIT · texte numérisé non relu

DIGRESSION SUR UN PRÉTENDU DROIT

et qu'il n'a pas réitérée. Il faisoit «lever à sa cour le prince de Condé, né posthume à Saiut-Jeau d'Àngély, et l'ayoit ôté aux huguenots et 4 Charlotte de La Trémoille, sa mère. Il mit auprès de lui tous domestiques de son choix , lui fit une maison à part ; et parce qu'Henri IV n'avoit point d'enfants, et qu il vivoit séparé de la reine Marguerite sans dessein de la reprendre , il regardoit alors le prince de Condé comme l'héritier de la couronne. Il lui avoit donné pour gouverneur M. de Chevrières , à ce qu'il me semble , quoique le dernier livre des armes, noms et qualités de Tordre du Saint-Esprit dise que c'étoit le comte de Belin, qui avoit été gouverneur de Paris pour la Ligue avant M. de Brissac. Quoi qu'il en soit, l'un étoit Mate , avoit passé par divers emplois, et eut un fils aussi chevalier de Tordre en 1618, lieutenant général de Provence , ambassadeur à Rome et ministre d'État . L'autre étoit FaudGas, tous deux de qualité par eux-mêmes à être chevaliers de Tordre. Ce qui marque que celui des deux qui étoit gouverneur du prince de Condé n'eut point Tordre en cette qualité comme présenté , ou comme ils prétendent encore, nommé par lui, c'est que, de cette promotion qui fut de dix chevaliers, le duc de Ventadour fut le premier, M. de Chevrières le second , M. de Belin le troisième ; or celui de M. le Prince eût été le dernier, comme on Ta vu depuis. Àu contraire, M. de Choisy , chevalier d'honneur de la reine Marguerite , qui étoit L'Hôpital, fut le septième»

Il ne peut donc plus être question ici de la nomination de M. le Prince, et quant à celle de la reine Marguerite, il n'est pas croyable que, n'en ayant point prétendu sous Henri III, elle s'en fût avisée sous Henri IV. Ce prince lui marqua toujours la plus grande considération depuis qu'elle eut donné les mains à la dissolution de leur mariage, et il n'est pas surprenant qu'il ait eu celle de faire chevalier de Tordre son chevalier d'honneur; on ne peut donc faire aucun usage de cette promotion pour autoriser la prétention. Mais on la remonte à celle de 1595, où Claude Grue! . seigneur de La Frette, fut le vingt-cinquième et le dernier» C'étoit véritablement un fort petit gentilhomme et dont les emplois ne le portoient point à cette distinction. On dit qu'il étoit au comte de Boissons, et qu'en recevant le collier, venant à dire suivant la formule: Domine, non sum dignus, Henri IV se mit à sourire, et répondit : « Je le sais bien , je le sais bien , mais mon cousin le comte de Soissons m'en a prié. » 1» René Viau, sieur de Chanlivaut, qui précéda immédiatement La Frette dans cette promotion , n'étoit pas meilleur que lui ni plus brillant en emplois. î 6 II seroit étrange qu'Henri IV, qui s'étoit porté avec tant de partialité pour le prince de Condé dans le procès que le comte de Soissons lui intenta, eût fait un chevalier de Tordre à sa nomination dans une promotion de vingt-cinq chevaliers, et qu'il n'en eût fait aucun à celle du prince de Condé, premier prince du sang, duquel 11 prenoit un soin si particulier qu'il le fit venir à sa cour pour l'élever sous ses yeux, et qu'en novembre de la même année îê parlement le vint saluer en corps à Balnt-Germain comme l'héritier de la couronne, en vertu d'une lettre de cachet qu'Henri IV en avoit expédiée au camp de la Fère.

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