‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 235 sur 378 · ARRAS BOAPAHDS PAR JJ$S ENNEMIS · texte numérisé non relu

ARRAS BOAPAHDS PAR JJ$S ENNEMIS

\ à. Notre-pame pour le Dauphin et la Dauphine. — Le çlera;é. y obtient le premier salut séparément de celui de l'autel, — Violet des cardinaux, ^ Le cardinal de Noailles mange avec Mme la duchesse de Berry. — » Service

' à la Sainte-Chapelle, où le P. La Rue fait l'oraison funèbre. — Je vais passer un mois ou cinq semaines à la Ferlé. — Causes de ce voyage. — Chaluii visnt d'Espagne arrêter un eordelier en Poitou \ es qu'il devient. — Renouvellement d'horreurs sur M. le due d'Orléans. -~ Adresse d'Argenson à son égard. — Mme de Gesvres demande juridiquement la cassation de son mariage pour cause d'impuissance. — Départ des généraux : VUlars en Flandre, Har court et Besons sur le Rhin, Berwick aux Alpes, Fiennes en Catalogne. — Mariage de Bissy avec Mlle Chauvelin. — Mariage de Meuse, avec Mlle de Zurlauben. — Mort, extraction, caractère de l'abbé de Sainte- Croix. — Mort, famille et caractère de Cominges, et sa dépouille. — Mort et caractère de La Fare. — Mort du président Rouillé. — Mort de l'abbé d'Uxèa. — Rohan. évêque de Strasbourg, fait cardinal. — Désordres de la Loire. — Duo de Fronaac iort de la Bastille.

H se passa deux bagatelles en Flandre dans le courant du mois de mars. Les ennemis vinrent bombarder Arras pour brûler des amas de fourrages, et ne causèrent presque aucun dommage. Le maréchal de Montesquiou apprit qu'ils avoient mis huit cents hommes dans le bourg de l'Ecluse. Broglio, aujourd'hui maréchal dt France et duc, eut ordre de les aller attaquer. Il rencontra en ohemin un parti de trois cents chevaux qui, à sa vue, se retira sous le canon du château de l'Écluse. 11 força les ennemis de se retirer dans ce château , qu'il prit après avoir emporté ce bourg et les retranchements; prit ou tua les huit cents hommes et les trois cents chevaux. On étoit si peu accoutumé aux aventures heureuses qu'il fut beaucoup parlé de celle-là.

Une beaucoup meilleure fut l'arrivée de Ducasse à la Corogne avec les galions très-rieheraent chargés qu'il étoit allé chercher en Amérique. On les attendoit depuis longtemps avec autant d'impatience que de crainte des flottes ennemies dans le retour. Ce fut une grande ressource pour l'Espagne qui en avoit un extrême besoin , un grand coup pour le commerce qui languissoit, et où le désordre étoit près de se mettre, et un extrême chagrin pour les Anglois et Hollande 1 qui les guettoient depuis si longtemps avec tant de dépenses et de fatigues. Le duc de La Rochefoucauld d'aujourd'hui, né quatrième cadet, qui portoit lors le nom de Durtal et qui étoit dans la marine , se voit sur les vaisseaux de Ducasse, qui l'envoya porter au roi cette grande nouvelle. Le roi d'Espagne en fut si aise qu'il fit Ducasse chevalier de la Toison d'or, au prodigieux scandale universel. Quelque service qu'il eût rendu, ce n'étoit pas la récompense dont il dût être payé. Ducasse étoit connu pour le fils d'un petit charcutier qui vendoit des jambons i Bayonne. Il étoit brave et bien fait; il se mit sur les bâtiments de Rayonne, passa en Amérique, et s'y fit flibustier. Il y acquit des richesses et une réputation qui le mit a la tête de ces aventuriers. On a vu en son lieu combien il servit utilement â l'expédition de Carthagène, et Us démêlé*, qu'il eut avec Pointis qui la SU Ducasse eutra dans la marine du roi, où Une se distingua pas moins. Il y devînt lieutenant général, si auroit été maréchal de France ai son agi l'eût laissé vivre et wrir, mais frétoit

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parti de sj loin qu'il étoit vieux lorsqu'il arriva. C'étoit u» des meilleurs citoyens et un des meilleurs et des plus généreux hommes que j'aie connus, qui sans bassesse se méconnoissoit le moins, et duquel tout le monde faisoit cas lorsque son état et ses services l'eurent mis à portée de la cour et du monde.

Il mourut en ce môme temps un nomme de meilleure maison , mais d'un mérite qui se seroit borne aux jambons s'il fût né d'un père qui en eût vendu. Ce fut le comte de Brionne , accablé d'une longue suite d'apoplexies. Il étoit chevalier de l'ordre de 1Ç88 , et le premier danseur de son temps, quoique médiocrement grand et assez gros. C'étoit un assez honnête homme, mais si court et si plat que rien n'étoit au-dessous. On ne le voyoit jamais que dans les lieux publics de cour, et chez lui fil] ne voyoit personne ; sa famille n'en faisoit aucun cas ni personne à la grande écurie. Son père , qui lui avoit fait donner autrefois ses survivanoes , l'avoit comme forcé depuis deux ou trois mois à s'en démettre , comme on l'a vu , de la charge pour son frère , de son gouvernement pour eon fils. M. le Grand , qui n'étoit pas tendre , disoit qu'il buvoit tout son bon vin, et trouvoit cela fort mauvais. Il n'eut pas la peine d'avoir a s'en consoler.

Deux grands d'Espagne fort distingués se firent prêtres en ce tempsci î l'un fut le comte de Monterey , l'autre le marquis de Los Balbazès. Monterey étoit second fils de don Louis de Haro y Guzman , qui succéda à l'autorité, à la faveur et à la place de premier ministre du comte-duc d'Olivarès, son oncle maternel) qui étoit grand écuyer de Philippe IV, et qui traita et signa avec le cardinal Mazarin la paix des Pyrénées et le mariage du roi , dans l'île des Faisans sur la rivière de Bidassoa, Le marquisat et grandesie de Monterey passa en plusieurs maisons par mariage d'héritières, La dernière étoit de la maison de Tolède, qu'épousa le marquis de Monterey dont il s'agit ici, et qui en prit le titre et fut par elle grand d'Espagne. Il fut gentilhomme de la chambre, puis successivement vice-roi de Catalogne, gouverneur général des Pays- Bas, du conseil de guerre, conseiller d'Etat (ce que nous appelons ministre en France), président du conseil de Flandre, enfin disgracié e t chassé sous le ministère du duc de Med in a-Cel i , et n'eut point d'enfant*.

î,os Balbazès fut érigé en marquisat en décembre 1621 pour le fameux capitaine Ambroise Spinola de l'une des quatre premières maisons de Gênes; un de ses fils fut cardinal, l'autre épousa une Doria de l'une des quatre premières maisons de Gênes, qui étoit duchesse héritière del Sesto , et eut la Toison. Son fils , gendre du connétable Colonne , fut grand d'Espagne , du conseil de guerre , ambassadeur en France au mariage du roi pour y aocompagner la reine, conseiller d'État, c'est-à-dire ministre, et majordome-major de la reine, seconde femme de Charles II. Son fils, gendre du huitième duo de Medina-Celi, fut vice-roi de Sicile. Il en partit pour venir à Gènes, où il se fit prêtre, Son fils, gendre du duc d'Albuquerque , est grand éouyer de la princesse des Asturies , fille du roi 4e Portugal, et a einq sœurs toutes grandement mariée*. Les privilèges du clergé sont tels en Espagne qu'un particulier qui y entre garantit sa famille de toutes recherches, parce que le dràt de partage

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