‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 241 sur 378 · MÉMOIRE PUBLIÉ DU DAUPHIN · texte numérisé non relu

MÉMOIRE PUBLIÉ DU DAUPHIN

de considération après ce qui lui était arrivé à la mort de la Dauphine. Le roi le nomma donc confesseur de M. le duc de Berry , et déclara qu'il reservoit pour le pelit Dauphin le P. Martineau, qui rétoit de celui dont la perte affligeoit toute l'Europe. En même temps ces pères, accoutumés à tirer parti de tout, firent grand bruit d'un mémoire trouvé dans les papiers du Dauphin sur l'affaire du cardinal de Noailles, qui ne lui étoit rien moins que favorable. Ils l'envoyèrent à Rome et le firent imprimer. Çç mémoire au moins ne fut pas trouvé dans sa cassette, à. ce qu'on a pu voir plus haut; il put l'être d'ailleurs; c'est ce qui ne peut se discuter avec exactitude. Je puis hardiment protester de la mienne sur les sentiments de ce prince que j'ai rapportés et sur ce qui s'est passé de lui à moi et encore si peu de jours avant la mort de Mme la Dauphine, et c'est-à-dire avant la sienne. Ce mémoire, s'il est tel qu'on l'a publié, a pu être des commencements de l'affaire, dans l'esprit de M. de Cambrai et dans les préjugés des ducs de Chevreuse et de Beauvilliers. Il a pu jeter sur le papier le pour en attendant le contre ; on a donné ce pour, et si le contre s'est trouvé il a été bien supprimé. Ce qui me fait en juger ainsi est la différence entière de ce mémoire avec les sentiments dans lesqueh je ne puis douter que ce prince soit mort , et qu'il étoit trèsincapable de me vouloir tromper ni personne en me mentant sans aucune raison ni besoin, et voulant se servir de moi dans cette même affaire, où il auroit été étrangement peu d'accord avec soi-même , ce qui étoit radicalement opposé à sop caractère, La cabale ennemie du cardinal de NoaUles ne Jaissa pas de triompher , armée de ce grand nom , mais ce triomphe , bâti sur un fondement si peu solide par le tissu même de l'écrit tel qu'ils le publièrent, ne fut pas de longue durée. Il tomba bientôt de lui-même, mais c'en fut toujours assez pour éblouir et pour gagner du temps.

On fit à Saint-Denis , le lundi 18 avril , le service et l'enterrement des deux Dauphins et de la Dauphine, épouse et mère. M. le duo d'Orléans et M. le comte de Charolois y furent les princes du deuil. Il fut singulier qu'il n'y en eut pas un troisième. Le roi qui avoit envoyé le comte de Toulouse à l'eau bénite, et le duc du Maine au convoi , comme princes du sang , trouva apparemment trop fort d'y faire figurer un d'eux à Saint-Denis. Il y eut pourtant trois princesses du deuil, parce que la cérémonie étoit double pour prince et pour princesse : Mme la duchesse de Berry, menée par Coettenfao, son chevalier d'honneur, sa queue portée par le comte de Roucy , BironetMontendre; Mme la Duchesse , menée par le comte d'Uzès , sa queue fort inégalement portée par Montpipeaux, qui étoit Roçhechouart , et L'Aigle, fil3 de sa d*me d'honneur. Mlle de Bourbon , menée par Blansaç, sa queue portée par Montboissier et d'Angennes. Les princes ne les menèrent point i cause de l'inégalité du nombre , cela devoit être aipsi ; mais M. le duc de Berry se résolut à y aller et fut ainsi le premier prince du deuil, Néanmoins on ne changea rien et les princes ne menèrent point les princesses. Le duc de Beauvilliers eut le courage d'y porter la queue de M. le duc de Berry, assisté du marquis de Béthuqe , son premier gentilhomme de la ehambre, et de Sain te -Maure, son premier écuyer.

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