‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 260 sur 378 · DE M. DE SOUBISE · texte numérisé non relu

DE M. DE SOUBISE

aussi que M. de Soubise , qui se trouvoit si bien de mériter ce nom, n'eût pas souffert qu'on l'en eût appelé , car il étoit fort brave homme et bon lieutenant général.

Il étoit fils du second duc de Montbazon et de sa seconde femme; lequel étoit frère cadet du premier duc de Montbazon , propre neveu paternel du marquis de Marigny , depuis comte de Rochefort , chevalier du Saint-Esprit en 1619 parmi les gentilshommes, et le cinquante-quatrième de cette promotion qui fut en tout de cinquante-huit , frère de père de la connétable de Luynes , si fameuse depuis sous le nom de duchesse de Chevreuse par Bon second mariage , et de ce prince de Guôméné qui eut tant d'esprit, et qui ne fut duc et pair qu'en 1654 par la mort de leur père; par conséquent, fils de cette belle Mme de Montbazon, et beau-frère de cette princesse de Guéméné qui attrapa le tabouret par l'adresse que j'ai racontée (t. I ,r , p. 366, 367); toutes deui si considérées parmi les frondeurs , et dont la beauté et l'intérêt a tant causé de cabales, les a tant fait figurer dans la minorité de Louis XIY , et tant gouverner les premiers personnages d'alors. Cette belle duchesse de Montbazon , mère de M. de Soubise , étoit Avaugour des bâtards de Bretagne, qui ont été aussi connus sous les noms de Goello et de Vertus , et la mère de cette Avaugour étoit Fouquet de La Varenne, fille de ce fameux La Varenne, qui de fouille-au-put , puis cuisinier, après portemanteau d'Henri IV, et Mercure de ses plaisirs, se mêla d'affaires jusqu'à devenir considérable, à avoir procuré le rétablissement des jésuites en France , et avoir partagé la Flèche avec eux , qui durent ce beau et riche collège à sa protection ; qui devint puissamment riche, qui se retira à la Flèche après la mort d'Henri IV, qui fut follement frappé , volant une pie , de l'entendre dire T crier et répéter : if aquereau, d'un arbre où elle s'étoit relaissée, sans qu'on pût jamais lui persuader que c' étoit quelque pie privée, échappée d'un village où elie avoit appris à parler 1 . Il prit cela pour un miracle pareil à celui de l'âne de Balaam, que c'étoit le reproche de sa vie et des péchés qui lui avoient valu sa fortune. Il quitta la chasse, se mit au lit; la fièvre lui prit, et il en mourut en deux ou trois jours. C'est ce quartier» si honteux et si proche qui fit l'embarras pour Strasbourg , dont Mme de Soubise sortit par l'adresse et l'autorité que j'ai racontées , en faisant passer cette La Varenne, dont le nom est Fouquet, non du surintendant Fouquet, pour être La Varenne d'une très-bonne maison d'Anjou, éteinte lors depuis plus d'un siècle. M. de Soubise étoit frère de père et de mère de la. seconde femme du duc de Luynes , qui épousa la sœur de sa mère , dont il eut le comte d'Albert, Mme de Yerue, et nombre d'autres enfants. Il étoit oncle propre du duc de Montbazon, mort fou et enfermé à Liège en 1699 , et du chevalier de Rohan , décapité à Paris devant la Bastille, 27 novembre 1674; enfin grand-oncle du prince de Guéméné et

l„ Saint-Simon a déjà raconté cette anecdote (t. I ef , p. 314).

2. Ce quartier de La Varenne est celui que Saint-Simon appelle orde (ignoble) dans un passage singulièrement altéré par les anciens éditeurs. Voy. t. H, y. sa.

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