‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 274 sur 378 · STTR LES FORMES DE RENONCIATIONS · texte numérisé non relu

STTR LES FORMES DE RENONCIATIONS

qui ne vouîoient poînt la paix , et du désespoir de la maison d'Autriche et de tout ce qui avoit épousé ses intérêts , qui faisoient l'impossible pour accrocher et rompre ; que , par toutes ces considérations si pressantes dans lesquelles il me conjuroit d'entrer, il me conjuroit en même temps d'y faire entrer les deux princes, et de leur persuader de se rendre à l'absolue nécessité. Je répondis que c'étoit à eux, que la chose regardoit, à prendre leur parti d'eux-mêmes, non à moi à me servir ou plutôt à abuser de leur confiance , dans l'affaire la plus grande et la plus principale qui pût les regarder et toute leur postérité ; que je leur avois démontré quelles étoient les formes de renonciation du roi d'Espagne à la couronne de France, auxquelles seules ils se pussent fier de validité et de stabilité; que je ne pouvois leur tenir un autre langage; que tout ce que je pouvois étoit de regretter qu'ils n'eussent pas en main un autre conseil que le mien sur une affaire si capitale , qui pourroit leur proposer mieux ; mais que mes foibles lumières ne me montrant de sûr que les formes dont il s'agissoit , je ne pouvois leur en dissimuler toute la nécessité.

Le duc de Beauvilliers revint à l'impossibilité à l'égard du roi ; moi , que ce n'étoit pas mon affaire , mais celle des deux princes ; et que s'ils faisoient instruire les Anglois, qu'ils les persuadassent, comme il étoit facile et certain , eux-mêmes princes ne trouveroient de sûreté que dans les formes proposées , et pour la sûreté de l'Europe et de la paix tiendroient ferme, et obligeroient enfin le roi à les contenter, tant par la nécessité pressante de la paix que pour ne laisser pas persuader l'Europe que , par cette feinte de délicatesse d'autorité , il se vouloit moquer de toute l'Europe, et en particulier des Angloi3, à qui il devoitune paix si inespérée et si nécessaire , et les éblouir d'un enregistrement vain qui laissoit la branche d'Anjou dans tous ses droits, et en état, si le cas en arrivoit , de porter à la fois les deux couronnes de France et d'Espagne, après tant de sang répandu pour l'empêcher. Ce propos, vrai et solide , effraya étrangement le duc de Beauvilliers ; il me dit tout ce qu'il put; moi de me taire. Nous nous séparâmes de la sorte.

Comme je m'habillois le lendemain matin , il m'envoya prier d'aller chez lui. Il me dit qu'il n'avoit point pu dormir de la nuit dans le détroit où je l'avois laissé. Il m'exhorta de nouveau, je demeurai ferme, et la conversation ne finit que par l'heure du conseil. En nous quittant , il me pria qu'il pût m'entretenir encore le lendemain chez lui à la même heure. J'étois dans une vraie angoisse de résister ainsi , pour la première fois , à un homme que je regardois comme mon père et mon oracle depuis toute ma vie , et pour lequel mon estime intime , la tendresse de mon cœur, l'admiration de mon esprit, et la reconnoissance de tout ce qu'il avoit fait pour me porter au plus haut point auprès du Dauphin , n'avoient fait qu'accroître la plus entière déférence pour lui. Je le trouvai dans un état encore plus peiné que je ne l'avois laissé la veille. Il reprit ses mêmes raisons. Tandis qu'il parloit je me parfois 4 moi-même, et je résolus enfin de sortir du déchirement où je me trouvois.

Tout à coup je l'interrompis f et le regardant awc feu : a C'est battre

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