BESONS JOUÉ PAR LA DUCHESSE DE BERRY
qu'on a vu Vaudemont donner pour évangéliste à Tessé lorsqu'il alla négocier en Italie , puis à Rome.
Mme la duchesse de Berry étoit grosse depuis plusieurs mois. Il fut question d'une gouvernante. Elle en usa là-dessus comme elle avoit fait pour la charge de premier écuyer de M. le duc de Berry. Besons étoit pauvre et vieux , cette place étoit utile , il désiroit de plus de laisser après lui sa femme en situation de pouvoir protéger sa famille; il nous en parla à moi, et à Mme de Saint-Simon qui le rendit de sa part à Mme la duchesse de Berry. Elle parut ravie de la vanité d'avoir la femme d'un officier de la couronne , et qui devoit son bâton à M. le duc d'Orléans , quoique d'ailleurs il l'eût bien mérité. Elle ne laissa rien à dire à tout ce qui pouyoit prouver la convenance de ce choix , elle combla Besons , et le pressa fort de parler au roi. La vérité est que , tandisqu'elle se montroit si empressée d'avoir la maréchale de Besons, d'Antin et Sainte-Maure l'avoient tonnelée pour leur cousine de Pompadour, qui cherchoit à toutes restes» à s'accrocher quelque part. Rien ne convenoit moins à Mme la duchesse de Berry , à la conduite qu'elle avoit , et à la situation où elle s* étoit mise , qu'une précieuse du premier ordre , affolée de la cour jusqu'à avoir marié sa fi lie unique au fils de Dangeau pour s'y fourrer sans y avoir été de sa vie, toute sous leur coupe, et dans la main de Mme de Maintenon par Mme de Dangeau , par sa sœur à elle la duchesse d'Elbeuf , et par être fille de Mme de Noailles , et petite-fille de Mme de Neuillant, qui avoit pris chez elle Mme de Maintenon arrivant des îles, laquelle se piquoit de quelque souvenir.
Pompadour , de son chef, ne convenoit pas davantage. On pouvoit dire ce contraste de lui que c'étoit un sot de beaucoup d'esprit et aussi entêté de la cour que sa femme, où il ne tenoit plus à rien depuis que la place de menin qu'il avoit eue de Dangeau par le mariage de sa fille , et celle de dame du palais que sa fille avoit eue de Mme de Dangeau, n'existoient plus par la mort des Dauphins et de la Dauphrne. Il étoit frère de la mère de Chalais, et par là lié tant qu'il put à la princesse des Ursins. Cela étoit directement opposé à M. le duc d'Orléans et à Mme sa fille, et c'étoit avec ce qui le leur étoit le plus dans la cour qu'ils cherchoient à s'appuyer. D'Antin , courtisan jusque dans les moelles, ne songea qu'à son fait , dans l'espérance de plaire à Mme de Dangeau , et par ce service à Mme de Maintenon , qu'elle lui feTOit valoir; et Mme la duchesse de Berry en fut la dupe de plus d'une façon. Besons , de plus en plus pressé par elle, alla parler au roi, qui fut bién étonné de se voir demander une chose accordée à une autre. Le maréchal ne le fut pas moins quand il entendit le roi lui répondre que Mme la duchesse de Berry s'étoit moquée de lui , qu'elle et M. le duc de Berry lui avoient demandé la place pour Mme de Pompadour, à qui il avoit trouvé bon qu'ils la donnassent , comme il l'auroit trouvée remplie tout aussi bien par la maréchale de Besons s'ils la lui avoient proposée. Besons fut outré d'être joué de la sorte , et si gratuitement , et ne laissa pas ignoreT à Mme la duchesse de Berry , qui se trouva confondue. Mme de Saint-Simon , pour