‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 317 sur 378 · RENONCIATIONS · texte numérisé non relu

RENONCIATIONS

Tallard , contents de la réalité et d'en avoir la preuve par le contrat de mariage même, où l'ordre des signatures démentoit la fausse vanterie, , et les articles aussi où le maréchal de Tallard avoit encore signé devant Je prince de Rohan, et le registre encore du curé, ne firent semblant de rien. A minuit le mariage fut célébré par le cardinal de Rohan dans la chapelle , où le roi ni aucun prince ni princesse n'allèrent. Le curé de Versailles dit la messe. Il y avoit force conviés partagés à souper. en quatre lieux différents, qui furent chez Mme de Ventadour où furent les mariés , chez le maréchal de Tallard , chez le prince de Rohan et chez le cardinal de Rohan. Le lendemain elle reçut , sur le lit de la duchesse de Ventadour , les visites de toute la cour et celles que les duchesses ont accoutumé de recevoir des personnes royales.

L'affaire des renonciations étoit mûre. La paix étoit arrêtée. Le roi étoit pressé de la voir signée par son plus instant intérêt; et la cour d'Angleterre , à qui nous la devions toute , n'en avoit pas moins de consommer ce grand ouvrage , pour jouir , avec la gloire de l'avoir imposée à toutes les puissances, du repos domestique qu'agi toit sans cesse le parti qui lui étoit opposé, et qui, excité par les ennemis de la paix du dehors , ne pouvoit cesser de donner de l'inquiétude au ministère de la reine, tant que par le délai de la signature, les vaines espérances de la troubler et de l'empêcher subsisteroient dans les esprits. Le roi d'Espagne avoit satisfait sur ce grand point des renonciations avec toute la solidité et la solennité qui se pouvoient désirer des lois, coutumes et usages d'Espagne : il n'y avoit plus que la France à l'imiter.

On a dit sur cette matière tout ce dont à peu près elle se trouve susceptible, et la matière est encore plus éclaircie parmi les Pièces 1 . Ce seroit donc répéter inutilement que vouloir représenter de nouveau ce que peuvent être des renonciations à la couronne de France d'un prince et d'une branche aînée en faveur de ses cadets , contre l'ordre constant , et jamais interrompu depuis Hugues Capet , sans que la France l'accepte par une loi nouvelle dérogeant à celle de tous les siècles et par une loi revêtue des formes et de la liberté qui puissent lui acquérir la force et la solidité nécessaire à un acte si important; et la renonciation à leur droit à la couronne d'Espagne, uniquement fondée sur celle au droit à la France et sur l'accession plus prochaine par le retranchement de toute une branche en faveur de deux princes et de la leur , et des autres des princes du sang après , suivant leur aînesse , qui soumis au roi le plus absolu et le plus jaloux de l'être qui ait jamais régné , grand-père de l'un , oncle et beau-père de l'autre , grand-père encore d'une autre façon des deux princes du sang, sont forcés d'assister avec les pairs à la lecture et à l'enregistrement de ces actes, sans qu'avec leur lecture, on ait auparavant exposé, moins encore traité la matière, ni après, que personne ait été interpellé d'opiner , ni que , si on l'avoit été , personne eût osé dire un seul mot que de simple approbation. C'est néanmoins tout ce qui fut fait , comme on le va voir , pour opérer ce grand acte destiné à régler, d'une manière jusqu'alors inouïe en France, un ordre

*. Voir les PiAces. (Vote de Saint-Simon.)

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