MADAME DE MONACO ROMPT UN MARIAGE
son fils. Le chance 1 ier , a qui la mémoire de sa belle-fille étoit toujours infiniment obère , l'y sertit de tout son pouvoir , MM. de La Rochefoucauld et de La Rocheguyoa de même, il fit agir tous ses amis, et il gagna M» de Monaco. Le roi ne voulut pas s'en mêler, mais témoigna approuver et avoir ee mariage très-agréable. Pour venir au contrat, il fallut venir à Mme de Monaco, parce qu'il falloit qu'elle y parlât, et que, par la disposition des affaires de M. de Monaco, on ne s'y pouvoit passer d'elle. Enragée comme elle étoit contre lui , c'en fut assez qu'il voulût ce mariage pour qu'elle refusât d'y consentir. Le besoin qu'on eut d'elle dressa vers elle toutes les batteries , et rendit M. de Monaco complaisant. Elle eut peur d'être forcée par l'autorité de M. le Grand. Elle sembla donc se radoucir et entrer en examen , tandis qu'elle travailla à le gagner. L'examen lui en fournit les moyens. On ne marie point ses enfants sans mettre papiers sur table. Le comte de Roucy avoit été toute sa vie un panier percé, la comtesse de Roucy noyée de dettes et de procès de sa maison* On vit donc de grandes terres , de grandes dettes, nul ordre, de grands embarras, et des gens qui avoient loujours vécu d'industrie, de crédit, et de faire ce qu'on appelle des affaires. D'un autre côté M. de Monaco avoit des terres d'une grande étendue. Valentinois est immense , o'étoit son duché. Ni ce morceau ni Monaco ne pouvoient aller qu'à l'atnée ; il y avoit beaucoup de dettes , quatre filles à pourvoir , et l'abbé de Monaco à partager , qui ne l'étoit pas encore. Mme de Monaco fit démontrer cela à sa famille, s'assura de son appui, et déclara après que jamais elle ne consentiroit à un mariage qui, par l'état et la nature des biens et des affaires de part et d'autre , se trouvoit impossible sans folie. L'argument étoit pressant et souffroit peu de réplique. M. le Grand, avec sa hauteur et sa brutalité ordinaire, s'emporta à la cour; ses enfants, le maréchal de Villeroy, le secondèrent; le vacarme fut très-grand. M. de Monaco de dépit mit sa fille dans un couvent à Aix , avec défense de la laisser voir à sa mère , qui assurée de sa famille prit le temps que son mari s'en étoit allé se dissiper à Gênes, et arriva à Paris chez M. le Grand.
Elle crut y régner comme du temps de sa mère, et nager comme autrefois dans les plaisirs de la cour. Elle y fut trompée. Mlle d'Armagnac étoit devenue la maîtresse de la maison; elle se souvenoit des préférences continuelles que sa sœur lui avoit fait essuyer du temps de Mme d'Armagnac. M. le Grand reçut Mme de Monaco froidement, et tout d'abord lui déclara qu'une femme brouillée avec son mari, et qui pour cela venoit chez son père, ne devoit pas en sortir un instant, ne faire 6a cour au roi que par devoir et rarement , ne faire aucune visite et n'en recevoir point, se contenter du grand monde qui abondoit chez lui, mais ne point jouet, ne point se parer, être très-uniment vêtue, et négligemment coiffée, et s'éloigner régulièrement de toutes parties et de tous plaisirs. Cette harangue fut moins une remontrance qu'un ordre très-positif; et d'un père devant lequel tout trembloit dans sa famille. Mme de Monaco n'avoit ni équipage, ni domestique « ni un sou pour s'en donner. Son mari n'étoit pas pour lui laisser toucher quoi que ce fût, et M. le Grand aus§i peu d'humeur à lui donner plus que le cou-
MARIAGE PS PONTCH ARTRAIN .
vert et la nourriture à sa table. Onze ans de séjour de suite à Monaco
l'avoient changée à n'être pas connoissable -, elle ne put se le dissimuler à l'accueil qu'elle reçut à la cour , où elle ne sortit pas de l'appartement de son père, à y voir régner sa sœur, et y jouer le plus gros jeu du monde. Elle fit rompre le mariage avec éclat, mais d'ailleurs elle ne fit que Changer d'ennuis et de peines. Nous Terrons bientôt que Matignon en profita.
Un autre mariage se fit avec moins de bruit. Le duc de Chfttillon , plus qu'estropié d'une blessure au pied qui peu à peu lui avoit engourdi les nerfs et l' avoit rendu comme paralytique , se démit de son duché à son fils unique , qu'il fit appeler duo d'Olonne , et le maria à la fille unique et fort riche que Barbezieux avoit laissée de son premier mariage avec la sœur du duc d'Uzès , dont Mme de Louvois fit magnifiquement la noce.
Il y avoit cinq ans au plus que Pontchar train avoit perdu une femme de tous points adorable, l'unique peut-être qui eût pu avoir la vertu, la raison , la conduite et l'incomparable patience de l'être de lui , et dont la considération , comme on l'a vu en son lieu , l'avoit soutenu et lui avoit sàuvé sa place. Il s'étoit bientôt lassé de la comédie foroée de sa douleur , et quoiqu'il eût deux fils , il voulut absolument se remarier. Sa figure, hideuse et dégoûtante à l'excès, mais agréable et même ch armante en comparaison de tout le reste , n'empêcha pas la séduction de l'éblouissement de sa place. Mlle de Yerderonne , qui étoit riche , et qui étoit L'Aubépine comme ma mère, mais parente éloignée, en voulut bien.
Le chancelier, qui voyoit avec la dernière peine la façon dont je me conduisois à l'égard de son fils, se mit dans la tête un replâtrage pour le public, et d'exiger que j'allasse à la noce. Je m'écriai à la proposition. 11 ne se rebuta point. Je m'adressai à la ehancelière qui, là-dessus plus raisonnable que lui , essaya de le persuader : tout fut inutile* Il pria, pressa, conjura, se fâcha, prit le ton d'autorité qu'il avoit sur moi. Finalement nous capitulâmes. Je lui déclarai donc que la violence qu'il exerçoit sur moi par Cette complaisance étoit une tyrannie; que je ne changerais pour son fils ni de disposition , ni de volonté , ni de projet î que je les lui réitérois même, moyennant quoi je ne voyois pas ce qu'il y avoit à gagner ni pour les uns ni pour les autres , à me traîner à une noôe où , par le souvenir de sa première belle-fille , je ne pourrois être qu'affligé , et où , par ce qui s'étoit passé , il étoit bien difficile que son fils ne se trouvât fort embarrassé de ma présence, et moi au désespoir de la sienne. Je ne sais ce que le chancelier imagina, mais il me passa tout , pourvu que j'allasse à cette nocè , que je visse par-ci par-là M. de Pontchartrain , c'est-à-dire que je ne fisse plus profession de ne point voir son fils , et de lui tourner le dos partout où je le rencontrois. Il voulut peut-être lui ôter un dégoût public fort nouveau à sa place, détourner par là les remarques journalières du monde, et ses raisonnements sur Une conduite à laquelle le chancelier sembloit bien consentir, puisqu'elle n'avoit rien changé dans l'intimité, ni dans la continuité de notre commerce , et par conséquent aggraver les torts de son fils. [J'ignore] s'il espéra , en ôtant cette rudesse extérieure , que le temps nous rap-