BRANCHE DE SOLRB DE LA MAISON DE CROÏ
Solre sa cousine germaine , car le mariage en fut réglé dès lors , et on le terra en 1716 colonel du régiment des gardes wallones. Il eut aussi la Toison d'or* mais il mourut sans enfants, un mois après avoir eu les gardes wallones.
Son frère , le comte d'Esterres , eut le régiment de Normandie , et est devenu lieutenant général en France avec grande distinction» Le duc de Noailles l'envoya porter la nouvelle de la réduction de Girone , où il s'étoit signalé, au toi d'Espagne à Saragosse, en 1711 . qui lui donna la Toison d'or. Il a depuis succédé aux biens et à lagrandesse de son frère, xnaiB sans quitter la France. Il n'est pas temps d'en dire davantage sur lui. Venons maintenant au comte de 6olre, qui est une branche de la maison [d*] Croï. On verra bientôt pourquoi je m'arrête à quelques remarques.
La plupart des grandes maisons ont des chimères , et ces chimères leur font plus de mal que de bien. Gelle-ci a poussé la folie jusqu'à une généalogie qui la conduit depuis Adam jusqu'à André II, roi de Hongriè ; et cette généalogie , bien écrite et bien enluminée , est étalée dans le château d'Havrô. Les armes de Hongrie et les leurs sont le3 mômes; de Cela seul vient leur prétention de sortir des rois de Hongrie, sans pouvoir en montrer d'autres titres. Le maréchal de Besons portoit Celles de Suède. Les Bazin 1 sont encore trop nouveaux pour en rien conclurt. S'ils s'élèvent , ils auront dans quelques siècles le môme titre pour sortir des premiers rois de Suède que la maison de Groï pour venir de deux de Hongrie. Les ducs de Sully et de Montausier portoîent les mêmes armes ; jamais les Béthune ni les Sainte-Maure n'ont imaginé sortir de la même souche. MM. de Hennin , comte de Bossu , et depuis prince de Chimay , et MM. de Noailles , portent aussi les mêmes armes , Bans avoir imaginé d'être parents i les uns des Pays-Bas, les autres de Limousin ) et toutes ces mêmes armes se portent par tous en plein et sans alliance. Ces exemples ne sont pas rares , et ne sont rien moins que concluants» De l'extrémité d'Adam et des rois de Hongrie, on a passé à celle de vouloir fixer au fameux Chièvres , gouverneur de Charles-Quint * l'époque de l'élévation de la maison de Groï , qui est Une autre absurdité , puisque son grandpère paternel fut grand maître de France en 146& , chevalier de la Toison d'or en 1475, et gendre d'Antoine de Lorraine, comte de Yaudemont; et son grand-père maternel étoit Louis de Luxembourg , comte de Saint- Paul, de Brienne et de Ligny, connétable de France» En voilà assez pour montrer le ridicule de celte calomnie» Voyons maintenant quelle est la vérité sur cette maison.
La terre de Croûy ou Croï a donné l'origine * l'être et le nom à cette maison. Cette terre , qui se trouve nommée et écrite en ces deux façons, dont la dernière a prévalu , est située sous Peoquigny , près la rivière de Somme, et l'abbaye du Gard est bâtie dans les marais de Croï. Eustache , seigneur de Pecquigny ou Picquigny , car ce nom s'écrit aussi en Ces deux manières, avoit la terre de Croï en 1066, et la fondation du
* . Le manuscrit porte Bâitn et non JtaoftJ, comme ott Và imprimé dan» les précédentes éditons. Bazin, ou Basin, était le nom de lumille des Besons.
[1713] ORIGINE DE LÀ MàISÔN DE CROÏ kkl
chapitre de Pectjuigny le prouve. U étoit aussi vidame d'Amiens. Son petit-fils Gérard, sire de Pecquigny et ridante d'Amiens, possédôtt encore la terre de Croî et tous ses environs.' Gela se prouve par la fondation qu'il fît de l'abbaye dû Gard. Il la bâtit sur le terroir de Croï; lui donna la moitié de ce village et des fermes Voisines, et cela est de 1115. Enfin Gilles , seigneur de Croï , qui est le premier de cette maison que l'on connoisse , est nommé homme lige d'Enguerrand , vidame d'Amiens , dans un titre de l'abbaye du Gard de 1215. Cela fait un gentilhomme le premier connu de sa race, et dans une antiquité fort ordinaire, qui a un très-médiocre fief dont il porte le nom qui devient celui de sa postérité , et qui relève en plein d'un seigneur dont la grande seigneurie rend ce fief fort petit, ainsi que le gentilhomme dont il est tout l'avoir, sans qu'on sache par où il est venu. Mais il est vrai que la postérité de ce gentilhomme ne tarda pas à s'illustrer, et qu'elle eut le bonheur de s'élever en tous genres à pas de géant. Tout V est petit et obscur jusqu'à Jacques I", sire de Croï, qui vivoit sans figure en 1287 , qui épousa Marguerite d'Araisnes , dont le fils, qu'on ne voit pourtant point figurer, et qui fut Jacques II, sire de Croï et d'Araisnes, épousa en 1313 Marie de Pecquigny , fiUe du vidame d'Amiens. Cette alliance fut le premier grand pas. Guillaume I»*, seigneur de Croï et d'Araisnes, épousa, en 1354, Isabeau, fille et héritière d'André, seigneur de Renti, et de Marie de Brimeu. Ce fut encore une autre illustration , jointe à une grande fortune de biens, qui fut estimée telle que toute la maison de Croï, qui en est sortie , a toujours constamment , et dans toutes ses branches jusqu'à aujourd'hui , écartelé ses armes , au deuxième et troisième de Renti. Jean , premier sire de Croï , de Renti , etc. , fils de ce mariage , épousa Marguerite de Craon , et fut tué en 1415 à la bataille d'Azincourt. Ce fut lui qui commença la grandeur de sa maison. Il fut chambellan du roi et des deux derniers ducs de Bourgogne, et grand bouteillef de France. Ses sœurs furent bien mariées. Un de ses fils fit la branche de Chimay ; et son fils aîné Antoine, dont il a été parlé d'avancé, fut gendre d'Antoine de Lorraine , comte de Vaudemont. Il fut sire de Croï , de Renti , de Beaurain, de Rosay, de Bar-sur-Aube; comte de Beâumont, de Porcan et de Guines. Il fut grand maître de France en 1462 , puis chevalier de la Toison, fut surnommé le Grand, et mourut en 1475. Arschot lui vint par sa femme avec d'autres terres. Son second fils fit la branche de Rœux. Son aîné ne fut pas si heureux que lui ; il épousa la fille du connétable de Saint-Paul , comme on l'a déjà dit , et fut père de deux fils qui ne figurèrent point , et d'un troisième qui fut le célèbre seigneur de Chièvres, gouverneur de Charles-Quint. En voilà assez pour montrer quelle est la maison de Croï, qui a eu le bonheur d'être illustre en tout genre, en toutes ses branches. Il est temps de nous ramener à celle de Solre.
Jean de Croï, second fils de Jean sire de Croî et de Marguerite de Craon , et frère du grand maître de France , figura fort dans les Pays- Bas, où il eut toute sa vie de grands emplois de guerre et de paix. U fut chevalier de la Toison d'or. Charles, dernier duc de Bourgogne, érigea en sa faveur en comté la terre de Chimay, qu'il avoit acquise du dernier