ÉCLAT PRÈS D'ARRIVER
de ma réponse. Tout aussitôt le mémoire désavoué disparut à Paris et à la cour, où presque personne ne l'avoit vu. Le duc de Noailles, et après lui le duc de Villeroy , et le duc de La Rocheguyon ensuite , m'accablèrent de civilités et de protestations, moi de réponses un peu froides , et il ne fut plus question d'écrits. Cela ne laissa pas de faire du bruit que le roi voulut ignorer , qui même ne songea pas alors à décider cette question de préséance jugée par l'édit de 1611 , mais que les cris de M. de La Rochefoucauld l'avoient forcé à lui accorder de se la faire rapporter de nouveau , et à la juger comme si elle n'eût pas été décidée.
Le roi donna trois mille livres d'augmentation de pension à Saint- Herem, gouverneur et capitaine de Fontainebleau, qui en avoit déjà une pareille , pour qu'il eût six mille livres de pension , comme avoit son père. En même temps il chargea la province de Normandie de douze mille livres d'appointements pour le gouvernement de Coutances, en faveur de Bloin , un de ses premiers valets de chambre , à qui il avoit donné le haras de Normandie qu'avoit Monseigneur. Il est vrai que , pour un valet qui avoit d'autres pensions , et avec elles la pécunieuse intendance de Versailles et de Marly , c'étoit peu que le double d'un seigneur fort mal dans ses affaires.
Le comte de La Mothe étoit demeuré exilé depuis sa reddition de Gand. Il fit tant agir auprès du roi qu'il eut permission de venir le saluer à Fontainebleau , et d'entrer même dans son cabinet , où il voulut entrer en quelque justification. Le roi lui dit assez froidement qu'il ia tenoit pour faite et qu'il étoit content de lui. Avec cela il sortit du cabinet, et son affaire fut finie. Il parut après à la cour et dans le monde en liberté, mais sans aucune marque de bienveillance tant que le roi vécut.
Je ferai mention ici d'une bagatelle pour montrer combien le roi , qui avoit été élevé parmi les troubles, et qui y avoit pris quelques bonnes maximes de gouvernement, s'en départoit difficilement. Le petit gouvernement d'Alais, en Languedoc, vaqua; il le donna à Baudoin qu'il estimoit, et qui avoit été lieutenant-colonel du régiment de Vendôme. On peut juger que M. du Maine, gouverneur de Languedoc , y avoit influé, et pour un officier qui avoit été attaché à M. de Vendôme. Peu de temps après, je ne sais comment il arriva que le roi sut que Baudoin étoit de Languedoc; aussitôt il lui fit dire de rendre le brevet de ce petit gouvernement, avec promesse d'avoir soin de lui en donner un autre; et donna le gouvernement d'Alais à d'Iverny, brigadier d'infanterie, qui n'étoit point de ce pays-là.
La reine d'Espagne accoucha pour la dernière fois d'un quatrième prince. Il eut pour parrain et marraine le roi et la reine de Sicile , ses aïeuls maternels, et fut nommé Ferdinand. Il est devenu prince des Asturies par la mort de tous les princes ses aînés. Il a épousé la fille du roi de Portugal et de la sœur des empereurs Joseph et Charles, derniers de la maison d'Autriche , dont il n'a point d'enfants. Il naquit à Madrid le 23 septembre de cette année, et y fut proclamé et juré aux cortès de 1724 successeur de la monarchie des Espagnes.