‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 373 sur 378 · POUR LA TENUE DU SÇEAU · texte numérisé non relu

POUR LA TENUE DU SÇEAU

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Il y eut à la mort du chancelier Séguier, arrivée en 1672, une lutte entre les deux principaux ministres de Louis XIV. Colbert et Louvois,

r»ur faire donner la charge vacante à un de leurs parents ou du moins une de leurs créatures. Saint-Simon, rappelle brièvemeni cette rivalité (p. 224 de ce volume). Les Mémoires du tempe n'en disent rien, et le règlement que fit alors le roi , et auquel renvoie Saint-Simon , ne se trouve pas dans le recueil des Anciennes lois françaises. Pour suppléer à ce si* lence , nous citerons un passaçe du Journal d'Olivier d'Ormesson , qui

4. Le père d'André d'Ormesson était président a la chambre des comptes.

NOTES

donne l'analyse du règlement et l'exposé des circonstances qui le rendirent nécessaire. Ce passage contient de curieux détails sur l'organisation de l'ancienne chancellerie et sur la manière dont on y scellait les actes royaux. Les maîtres des requêtes et d'autres officiers en faisaient le rapport. Le chancelier ou le garde des sceaux , assisté de conseillers d'État , prononçait sur la validité des actes. En certain cas , il les rejetait comme contraires aux lois ou obtenus par des moyens frauduleux.

« Le jeudi 28 janvier 1672, dit Olivier d'Ormesson 1 , mourut à Saint- Germain , à sept heures du soir, M. Pierre Séguier , chancelier de France , après trente-neuf ans de services dans cette charge , depuis le 10 février 1633 qu'il reçut les sceaux vacants par la disgrâce de M. de ChâteauneuP, et en 1635 la dignité de chancelier de France par la mort de M. Haligre 3 , décédé en sa terre de la Rivière. Depuis quelques années ledit sieur chancelier (Séguier) étoit fort déchu de la vigueur de son esprit, et sur la fin il ne connoissoit plus ceux qui l'abordoient , et avoit perdu sa mémoire; mais dans ses derniers jours l'esprit lui étoit revenu entier, et il est mort avec beaucoup de piété et de connoissance. Sa famille avoit reporté au roi les sceaux quelques jours auparavant, et le roi les avoit reçus avec bien de l'honnêteté , et dit qu'il ne les vouloit garder qu'en dépôt et pour les rendre à M. le chancelier lorsqu'il seroit revenu en sa santé.

« La vacance de la charge de chancelier fait beaucoup raisonner sur le choii que le roi fera pour remplir cette place. D'abord l'on a dit que c'étoit pour M. LeTellier 4 , depuis pour M. le premier président 5 , et chacun nomme celui qui lui plaît; mais le roi ne se découvre point, sinon qu'à son dîner ayant été dit qu'il y avoit eu des chanceliers gens d'épée, l'on a dit qu'il vouloit choisir un homme d'épée.

« Le jeudi 5 février, étant chez M. Boulanger d'Hacqueville , il me montra un paquet qu'il venoit de recevoir de la part de M. Halligre*, qui étoit un règlement fait par le roi, par lequel il dit que Sa Majesté ayant résolu de retenir les sceaux , elle fait savoir ses intentions sur ce qu'elle entend être observé jusqu'à ce qu'elle en ait autrement disposé :

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