DOULEUR DE MATIGNON
une fille du prince de Rohan, il n'y en avoit point de si folle, je me contente de ce mot parce qu'il n'en fut question que dans leur projet. Cela seul lui ayoit fait entreprendre un grand procès contre la duchesse de Luynes. Il le perdit sans perdre son dessein de vue ; et il étoit entré en accommodement pour faire en sorte que la terre d'Estouteville lui demeurât , en payant cher la connivence. C'étoit cette affaire prête à conclure qui avoit empêché M. de Chevreuse d'aller à Harly. Il nous donnoit un procès par cet accommodement auquel l'édit coupa pied , mais il étoit ami des chimères de cette sorte , et il trouvoit un grand profit dans cet accommodement. Sa lenteur ordinaire , et ses demandes énormes au gré de Matignon , avoient traîné l'affaire qu'aucun des deux ne vouloit rompre ; l'un par intérêt pécuniaire , l'autre par intérêt d'ambition; tous deux espéroient de se faire venir l'un l'autre à son point. Avec ces pourparlers l'affaire languit jusqu'au temps de l'édit, et ne fut conclue et signée que la surveille de sa déclaration. M. de Chevreuse , instruit par d'Antin, vit bien alors qu'il n'y avoit plus de temps à perdre; et Matignon, ravi d'aise d'avoir enfin Estouteville , et à meilleur marché qu'il n'avoit espéré, se hâta de finir. Trois jours après la signature , il apprit l'édit et son contenu , qui lui ôtoit toute espérance du seul usage d'Estouteville. pour lequel il s'en étoit si chèrement accommodé. Le voilà donc aux hauts cris. Il prétendit que le duc de Chevreuse ne s'étoit pressé tout à coup de conclure que de peur de n'y être plus à temps après l'édit; et qu'il étoit cruellement lésé dans une affaire qu'il n'avoit terminée que pour un objet connu à M. de Chevreuse , et connu lors de la conclusion pour ne pouvoir plus être rempli. M. de Chevreuse, à son ordinaire tranquille, sage et froid, laissa crier et prétendit de son côté que Matignon y gagnoit encore pécuniairement ce qu'il avoit bien voulu donner à la paix et à son repos. Les Rohan , déçus de leurs espérances , retirèrent leur parole , qui n'étoit donnée qu'au cas de succès de la chimère ; et , honteux d'avoir porté si publiquement l'intérêt de Matignon contre M. de Chevreuse, dont ils étoient si proches, dans le procès que Matignon avoit perdu , ne se voulurent pas mêler de ses plaintes. La réputation si bien établie de M. de Chevreuse énerva tout ce que Matignon voulut dire, et les immenses richesses que ce dernier avoit tirées de l'abandon d'amitié de Chamillart pour lui rendirent le monde fort dur sur sa mésaventure.
Un mois après l'enregistrement de l'édit , le chancelier me manda qu'il seroit bien aise de m' entretenir sur une visite qu'il avoit reçue du duo de La Rocheguyon. Il s'étoit plaint à lui amèrement , au nom de M. de La Rochefoucauld et au sien , de la décision que l'édit faisoit en ma faveur sur notre question de préséance , et lui dit leur dessein d'en parler au roi. Le chancelier lui objecta les arrêts de Bouillon et de La Meilleraye en lit de justice, un édit récent, et le dessein du roi d'y décider ce procès avec tous les autres. La Rocheguyon insista. Le chancelier se tint couvert , mais sans lui dissimuler qu'il savoit l'état de la question. L'autre , dans le dessein d'en tirer au moins quelque parti , glissa quelque chose tendant au même règlement qui subsiste entre les ducs d'Uzès et de La Trémoille , chose inepte parce que nos pères n'ont