LA VRILLIÈRE
meule de plus attachée au cou du père qui en sentoit tout le poids , et Mme de Maintenon , de longue main brouillée avec le père comme on l'a vu en son temps , n'a irnoi t pas mieux le fils que la princesse.
La V ri 1 1 i ère étoit aimé parce qu'il faisoit plaisir de bonne grâce aux rares occasions que sa charge lui en pouvoit fournir, mais qui n'a voit que des provinces sans autre département 1 . Lui et sa femme ensemble, et chacun à part, étoient très-bien avec Monseigneur, amis intimes de du Mont, et parvenus auprès de Mlle Choip à une amitié de confiance, à quoi le premier écuyer et Bignon encore plus les avoient fort servis! La perte fut donc extrême. Une tenoit d'ailleurs qu'au chancelier, avec qui il vivoit comme un fils; et cette liaison si naturelle m'avoit été un obstacle à l'approcher du duc de Beauvilliers, à quoi j'avois vainement travaillé. Mme de Mailly, sa belle-mère, n'avoit pas les reins assez forts pour le soutenir. H avoit un malheur domestique qu'il eut la sagesse d'ignorer seul à la cour, et ce malheur creusoit sa ruine. Mme de La Vrillière, en butte à Mme la Dauphine, triomphait d'elle en folle depuis bien des années sans ménagement. Il y avoit eu jusqu'à des scènes, et Mme la Dauphine ne haïssoit rien au monde tant qu'elle. Tout cela présageai t un triste avenir.
Voysin , sans nulle autre protection que celle de Mme de Maintenon , sans art. sans tour , sans ménagement pour personne, enfoncé dans ses papiers, enivré de ta faveur, sec, pour ne pas dire brutal, en ses réponses , et insoient dans ses lettres , n'avoit pour lui que le manège de sa femme ; et tous deux nulle liaison avec la nouvelle cour , trop nouveaux pour s'être fait de* amis , et le mari peu propre à s'en faire , peut-être moins à en conserver, avec une place la plus enviée de toutes } et la moins difficile à y trouver un successeur.
Torcy, doux et mesuré, avoit pour soi la longue expérience des affaires, et le secret de l'Etat et des postes, beaucoup d'amis et point d'ennemis alors. Il étoit cousin germain des duchesses de Chevreuse et de Beauvilliers, et gendre de Pomponne, pour qui MM. de Chevreuse et de Beauvilliers avoient une confiance entière , et une estime (j iji alloit à la vénération. D'ailleurs, sans liaison avec Monseigneur pi avec la cabale frappée. Une telle position sembloit heureuse à l'égard de la nouvelle cour, mais ce. n'étoit qu'une écorce. Au fond, Torcy n'ôtoit qu'en bienséance avec les ducs et les duchesses de Chevreuse et de Beauvilliers ; ni la parenté, ni le commerce continuel et indispensable d'affaires, n'avoient pu fondre les glaces qui s'étoieut mises entre eux. Ils ne se voyoient que par nécessité d'affaires ou de bienséance , et cette froide bienséance n'étoit pas même poussée bien loin. Torcy et sa femme vivoient dans la plus parfaite union. Mme de Torcy, avec de l'humeur et de la hauteur, ne daignoit pas voiler assez ses sentiments. Son nom les rendoit encore plus suspects; et quelque chose de plus que du crédit qu'elle avoit pris sur son mari le rendoit coupable d'après elle, et con- Béquemment aux yeux des deux ducs dangereux dans le ministère. Il ne
* . Voyez, dans les notes à la fin de votarae, quels étaient les départements A™ secrétaires d'État dans Ancienne immarchie.
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fléchîssoit point au conseil sur les matières de Rome, où tout eu douceur il soutenoit avec force et capacité les avis que le chancelier embrassoit après, et qui donnoient lieu à ses prises avec le duc de Beauvilliers , qui y souffroit beaucoup des raisons détaillées de l'un soutenues de la force et de l'autorité de l'autre. Mme de Torcy étoit moins aimée que Torcy, et plutôt éloignée qu'approchée de la nouvelle Dauphme pour qui elle ne s'étoit jamais contrainte, encore moins pour qui que ce fût. Elle ne laissort pas d'avoir des amis , ainsi que Torcy mais dont pas un n'étoit d'aucune ressource pour le futur que sa sœûr par Mme la Duchesse . qui pût leur faire regretter Monseigneur
Desmarets avoit assez longtemps tâté de la plus profonde disgrâce pour avoir pu faire d'utiles réflexions, et il avoit été ramené sur l'eau avec tant de travail et de peine qu'il devoit avoir appris à connoître les amis de sa personne, et à discerner ceux que les places donnent tou jours, mais qui ne durent qu'autant qu'elles. Il avoit assez d'esprit et de sens pour que rien lui manquât de ce côté pour la conduite et ce pendant il en manqua tout à fait. Le ministère l'enivra. Il se crut l'Atln* qui soutenoit le monde, et dont l'État ne pouvoit se passer: il se laissa séduire par les nouveaux amis de cour, et il compta pour rien ceux do sa uisgrace.
On a vu ailleurs que mon père , et moi à son exemple . avions été des principaux , et que je l'avois fort servi auprès de Chamillart et oour rentrer dans les finances , et pour lui succéder dans Ja place dé coiitrô leur général. On a vu qu'il ne l'ignoroit pas, et tout ce qui se passa 14 dessus entre lui et moi. Avec ladéclaration que je lui avois faite et auê je lins exactement , il devoit donc être doublement à son aise avec mJ Néanmoins je m'aperçus bientôt qu'il se refroidissoit ; je suivis de IVb i sa conduite à mon égard pour ne me pas méprendre entre ce qui pou voit être accidentel dans un homme chargé d'affaires épineuses et ce que i en soupçopnois. Mes soupçons devinrent une évfdence qùi me hrcn retirer de lu, tout à fait, sans toutefois faire semblant d'e rieT Les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers s'aperçurent de cette retra te- . s m en parlèrent, ils me pressèrent; je leur avouai le fait et la ca, s e ' Ils essayèrent de me persuader que Desmarets étoit le même pour mo? et qu ,1 ne falloit pas prendre garde au froid et à la distraction nue lui donnoient ses tristes occupations. Ils m'exhortèrent souvent d'aller chez lu, je les laissois dire et ne changeois rien à ce que je m'étois proposé A la fin, lassés de mon opiniâtreté, pendapt le dernier voyage de Ton ta nebleau ,1s me pnrent un matin et me menèrent dîner cîfez lL n ,a
donc fe l S'^' 6 V ° U ' Urent = * l6Ur dis PmÏÏSS
donc le plaisir d être convaincus par eux-mêmes. En effet , le froid et
1 inapplication furent si marqués pour moi, que les deux ducs niq l
me 1 avouèrent, et convinrent que j'avois raison de cesser d e Wr
Eux-mêmes ne tardèrent pas d'éproqver la même chose. L'honneur
d être leur cousin germain étoit le plus grand relief de Desmare s ët
leur s.tuatfcn un appui pour lui et une décoration infinie, la relation
nécessaire d'affaires avec eux étoit un au|,e lien. Enfin c'étoien eux
qui, à force de bras par Chamil|art et par eux-mêmes, l'avôient tiré