‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 74 sur 378 · DUC ET DUCHESSE PB SAINT-SIMON · texte numérisé non relu

DUC ET DUCHESSE PB SAINT-SIMON

ee qui regard oit l'État, la cour et la conduite du Dauphin. Sur leur gnose , ils ne m'en partaient pas ; mais ils étaient à cœur ouvert avec moi sur leur attachement et leur admiration de M. de Cambrai; sur les désirs et les mesures de son retour. Dampierre et Yaucresson m'étoient ouverts en tout temps ; les condisciples obscurs y paroissaient librement devant moi, et y couveraient de même; et j'étois l'unique, nop initié en leur gnose, dans ce genre de confiance et de liberté avec eu* J 1 3f avoit déjà bien des années que je m'étois aperçu qu'il s'en fallait tout que Charost ne fût aussi avant que moi dans leur confiance, par bien des choses dont il se plaignoit à mot de leur réserve, que je lui laissoU ignorer qu'ils m'avoient confiées; et je ne vis pas depuis qu'il avançât là-dessus avec eux , tandis qu'ils me disoient et consultoient avec moi toutes choses»

Dans ma surprise de cette différence d'un homme ai fort mou ancien d'âge et de cette sorte d'amitié si puissante avec eux, j'en ai souvent cherché les causes. Son activité était toute de corps ; |1 étoit bien plus répandu que moi dans le monde, mais il savoit peu et ne suivait guère ce qui s'y passait de secret et d'important. Il fguoroit donc les machines de la cour, que me découvroient ma liaison avec les acteurs principaux, des deux sexes , et mon application à démêler , à savoir et à suivre journellement toutes ces sortes de choses toujours curieuses, ordinairement utiles, et souvent d'un grand usage.

Urne 4e Saint-Simon étoit aussi tout & fait dans la confiance de MM. et de Mme s de Chevreuse et de Beauvilliers, qui avoient une grande opinion de sa vertu, de sa conduite, du caractère de son esprit. .Pavois avec eux la liberté de leur tout dire, qui n'eût pas sié de même 4 la dévotion du duc de Charost \ enfin j'avois eu les occasions , qu'où a vues ici , de les avertir de choses, fort peu apparentes et de la plus extrême importance, qu'ils n'aveient même pu croire que par les événements; et cela avoit mis le dernier degré à leur ouverture sur tout avec moi , dont ils avoient de plus éprouvé en tout la plus constante et la plus. fidèle ami? tie de toute préférence.

Ce me fut donc une joie bien douce et bieu pure de me trouver le seul homme de la cour dans l'amitié la plus intime, et dans la plus entière confiance de ce qui, privativement à tout autre, et sans crainte de re? vers, allait figurer si grandement à la cour, et si puissamment sur le nouveau Dauphin qui alloit donner le ton à toutes choses. Plus ma liai? son intime étoit connue avec les deux ducs , et plus je me tins en garde contre tout extérieur trop satisfait , et plus encore important , et plus j'eus soin que ma conduite et ma vie se continssent dans tout leur ordinaire à tous égards,

Pans ce grand changement de scène il ne parut donc d'abord que deux personnages en posture d'en profiter ; le duc de Beauvilliers , et par lui le duc de Chevreuse; et un troisième en éloignement, l'archevêque de Cambrai. Tout rit aux deux premiers tout à. coup, tout •'empressa,

nom de gnostiqtus donné à des hérétiques qui prétendaient qu'il y avait deux rhrUhaniéjm* : |'«n pour le peuple, l'autre pour les initiés.

[1711] DUCS PU eUEVHSUSq ET DB BEAUVILLIER6. 91

autour d'eux , et chaoun avoit été de leurs amis dan» tous les temps. Mais en eux , les courtisans n'eurent pas affaire à ces champignons de nouveaux ministres tirés en un moment de la poussière , et placés au timon de l'État, ignorants également d'affaires et de cour, également enorgueillis et enivrés, incapables de résister, rarement même de se défier de ces sortes de souplesses, et qui ont la fatuité d'attribuer à leur mérite ce qui n'est prostitué qu'à la faveur, Ceux-ci , sans rien changer £ la mo-: destie de leur extérieur, ni \ l'arrangement de leur vie, ne pensèrent qu'à se dérober le plus qu'il leur fut possible aux bassesses entassées à leurs pieds , à faire usage de leurs amis d'épreuve , à se fortifier près du roi par une assiduité redoublée , à s'ancrer de plus en plus près de leur Dauphin , à le conduire à paroître ce qu'il étoit, sans avoir surtout l'air de le conduire, et pour faire que, tant du côté de l'estime et des cœurs que de celui de l'autorité, il différât entièrement de son père.

Ils n'oublièrent pas de tâcherà s'approcher de la Dauphine,du moins à ne la pas écarter d'eux. Elle i'étoit par une grande opposition d'inclinations et de conduite; elle l'était encore par Mme de Jfrintenon. Leur vertu, austère à «on gré parce qu'elle n'en connoissoit que l'écorce, lui faisoit peur par leur influence sur le Dauphin; elle les craignoit encore plus directement par un endroit plus délicat, qui étoit celui-là même qui la devoit véritablement attacher à eux, si, avec tout son esprit, elle eût su discerner les effets de la vraie piété , de la vraie vertu , de la vraie sagesse, qui [sont] d'étouffer et de cacher, avec le plus grand soin et les plus extrêmes précautions, dont j'ai vu souvent ces deux ducs trèsoccupés, ce qui peut altérer la paix et la tranquillité du mariage. Ainsi, elle trembloit des avis fâcheux, du lieu même de sa plus entière sûreté, Toutes ces raisons avoient mis un froid et un malaise , que tout l'esprit et la faveur de Mme de Lévi n'avoit pu vaincre , et dqnt ces deux seigneurs et leurs épouses s'ètoient aperçus de bonne heure, à travers les ménagements et la considération que la princesse ne pouvoit leur refuser, mais dont les sentiments étoiept spigneusement entretenus par les Noailles et par la comtesse deRoucy, autant que celle-ci le pouvoit , qui , en communiant tous les huit jours , ne pardonna jamais au duç de Beauvilliers ni aux siens d'avoir opiné contre elle dans ce grand procès qu'elle gagna devant le roi oantre M. d'Ambres , dont j'ai parlé ailleurs, et dans lequel Mme de Maintenon , contre sa coutume , se déclara si puissamment pour elle et peur la. duchesse 4'Arpajoq , sa mère.

Le printemps, qui est la saison de l'assemblée des armées, $t aperce* voir bien distinctement à Cambrai le changement qui étoit arrivé à la cour. Cambrai devint la seule route de toutes les différentes parties de la Flandre. Tout ce qui y servoit de gens de la cour, d'officiers généraux et même d'officiers moins connus , y passèrent tous et s'y arrêtèrent le plus qu'il leur fut possible. L'archevêque y eut une telje cour, et si empressée, qu'à travers sa joie, il en fut peiné, dans la crainte du retentissement et du mauvais effet qu'il en craignoit du côté du roi. Pn peut juger avec quelle affabilité , quelle modestie, quel discernement U reçut tant d'hommages , et le bon gré que se surent Us raffines qui de longue main l'avoient VU et ménagé dajs \% m W ïW»

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