‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 83 sur 378 · SERVICE DE MONSEIGNEUR · texte numérisé non relu

SERVICE DE MONSEIGNEUR

m eni ns de Monseï gneur , et 4e d'O , qui l'étoit du Dauphin , porta sa

queue. Béthune-Orval , depuis devenu duc de Sully, lors premier gentil homme de la chambre de M. le due de Berry , et Pons , mettre de sa garde-robe, portèrent la sienne. Simiane et Armentières, tous deux premiers gentilshommes de la chambre de M. le duc d'Orléans, portèrent la sienne; ainsi il en eut deux comme M. le duc de Berry, et cette égalité parut extraordinaire. Comme il n'y avoit point d'enterrement , il n'y eut point d'honneurs 1 , ni personne , par conséquent , pour les porter. L'archevêque-duc de Reims, depuis cardinal de Mailly, officia , et Poncet , évéque d'Angers , y fit une très-méchante oraison funèbre.

Le roi eut envie que les ducs y assistassent , et fut sur le point de l'ordonner. Après , l'embarras des séances le retint ; mais , désirant toujours qu'ils y allassent , il s'en laissa entendre. Je contribuai à les en empêcher , de sorte qu'il ne s'y en trouva aucun autre que le duc de Beauvilliers , par la nécessité de sa charge. Cela fut trouvé mauvais, et le roi se montra un peu blessé de ce qu'aucun de ceux qui étoient à Marly n'avoit disparu ce jour-là , et plus encore quand il sut qu'il ne s'en étoit trouvé aucun autre à Saint-Denis. Personne ne répondit; on laissa couler la chose , et on tint la même conduite pour le service de Notre-Dame, où pas un duc ne se trouva.

Ce fut le vendredi 3 juillet. Les trois mêmes princes y firent le deuil. M. le duo de Berry et M. le duc d'Orléans eurent le? mêmes portequeues. Le duc de Beauvilliers porta celle du Dauphin , et y fut assisté par d'Urfé, menin de Monseigneur, et Oamaches, qui l'étoit du Dau^ phin. Le clergé et les cours supérieures s'y trouvèrent à l'ordinaire, Les trois princes s'habillèrent à l'archevêché et vinrent à pied en cérémonie de l'archevêché au grand portail de Notre-Dame, par où ils entrèrent. Le cardinal de Noailles officia, et le P. La Rue, jésuite, tira d'un si maigre sujet une oraison funèbre qui acheva d'accabler celle de l'évêque d'Angers. Le cardinal de Noailles "traita ensuite les trois princes à un dîner magnifique; le Dauphin le fit mettre à table et les seigneurs qui l'avoient suivi. Il se surpassa en attentions et en politesses , mais mesurées avec discernement. Il voulut que toutes les portes fussent ouvertes et que la foule même le pressât. Il parla à quelques-uns de ce peuple avec une affabilité qui ne lui fit rien perdre de la gravité qu'exigeuit la triste écorce de la cérémonie; et il acheva de charmer cette multitude par le soin qu'il fit prendre d'une femme grosse qui s'y étoit indiscrètement fourrée , çt à qui il envoya d'un plat dont elle n'avoit pu dissimuler l'extrême envie qui lui avoit pris d'en manger. Ce ne furent que cris d'acclamations et d'éloges à son passage à travers Paris , qui du centre gagnèrent bientôt le sentiment des provinces : tant il est vrai

Îu'en France il en coûte peu à ses princes pour s'y faire presque adorer, e roi remarqua bien la conduite des ducs à Ce second service , mais U n'en témoigna rien. La fin de cette cérémonie fut l'époque de la miti-

4 . Il a été question, t. HT, p. 36Q, noie, des honneur* employés au saçre, au baptême, aux obsèques des princes, etc.

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