‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 86 sur 378 · PONTCHABTRAIN USURPE SUR MER · texte numérisé non relu

PONTCHABTRAIN USURPE SUR MER

charges aux dépens de la mienne, quoique si intimement lié avec tous les deux. Ils l'eussent également mi* à couvert en acceptant la proposition que je leur fis de /aire expédier aux bureaux de La Vrillière f secrétaire d'État ayant la Guyenne dans son département. Aucun des deux n'y voulut entendre ni démordre de sa prétention. ChamiHart, dans la faveur où il étoit alora, et appuyé de l'exemple de Boulogne, rauroit emporté, et Ponte bar ira in eu auroit eu tout le dégoût. Ce toit commettre mes deux amis, si ennemis, ensemble; je crus donc devoir suspendre ma nomination. Le chancelier et son fils m'en remercièrent , et parurent sentir l'amitié de ce sacrifice , piqué au point où je l'étois contre Montrevel , et aussi intéressé à me remettre en possession de me3 milices et dégrossir d'autant les contestations à décider entre nous. Dans cette situation, le temps s'écoula jusqu'à la chute de Cnamillart, comme je crois l'avoir raconté en son lieu, et Montrevel refusa tout net le maréchal de Boufflers d'en passer par son avis,

Pendant tout cela , je voulus profiter de la nouveauté de Yoysin dans la charge de Cnamillart , qui n' auroit pas l'éveil de cette dispute , et faire expédier aux bureaux de la marine. La vie coupée de la cour, le mariage de Mme la duchesse de Berry, avec tout ce qui précéda et suivit cette grande affaire, et mille autres enchaînements, traînèrent jna nomination jusqu'à l'hiver qui précéda la mort de Monseigneur. Je voulus donc enfin terminer une chose dont le délai étoit indécent, et nuisible même au service, Mais quelle fut ma surprise, lorsque, sur le point de nommer , Pontchartrain me déclara que c'étoit un droit du capitaine garde-côte , ajoutant aussitôt que La Motte d'Ayran ne l'exercerai t qu'avec mon agrément, par où il n'auroit que l'apparence, dont je

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J'eus la sagesse de me contenir , et de descendre jusqu'à plaider ma cause. J'alléguai les commissions de mon père quej'étois en état de rapporter; le droit immémorial et la clarté de ce droit par la cession de Montrevel même , qui , si actif et si roide en prétentions , s'étoit vu forcé d'abandonner celle-là de lui-même, après l'avoir si vivement soutenue; l'étrange contraste d'être dépouillé d'un droit si certain par un homme qui me toit nécessairement subordonné, et que j'exerçois indépendamment du gouverneur de la province représenté en tout par le commandant en chef. Je ne dédaignai pas de lui dire qu'il étoit plus honorable pour lui d'expédier sur ma nomination que sur celle d'un capitaine garde-côte ; enfin je le fis souvenir du sacrifice que je lui avois fait trois ans durant de suspendre ma nomination , que ni lui ni Cnamillart ne me çontestoieot , mais qui vouioient chaaun expédier dessus ; des remercîments que le chancelier et lui m'evoient faits de ne les pas commettre avec ce ministre dans sa faveur si supérieure , et de l'indigne fruit que j'en retirois parla perte de mon droit, qui étoit ce que je pouvoîs attendre de pis d'un ennemi en sa place, lui si personnellement engagé, dans ce fait même , et en général par l'alliance si proche et une si longue et si intime amitié et si éprouvée de sa part , a chercher à augmenter mon autorité à Biaye, et non pas à me dépouiller de celle que J'y avois de droit, d'usage, et de tout temps. Rien de tout cela ne fut,

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