CARACTÈRE DE PONTCHAR TRAIN
méats qui donnoient envie de pleurer. Une expression pénible , maussade , pleine de répétitions , avec un air de supériorité d'état et d'esprit qui faisoit vomir et qui révoitoit en même temps. Curieux de savoir le dedans et le dessous de toutes les familles et des intrigues , envieux et jaloux de tout , et dans sa marine comme un comité sur ses galériens. Aucun officier , même général , même pour des riens , n 'étoit à couvert de ses sorties en pleine audience publique , et nul homme ni femme de la cour de ses airs d'autorité. Il disoit aux gens les choses les plus désagréables avec volupté , et réprimandoit durement en maître d'école sous prétexte d'amitié et en forme d'avis.
Son délice étoit de tendre des panneaux , et la joie de son cœur de rendre de mauvais offices. En garde surtout contre son père et sa mère et leurs amis , et contre toutes les grâces et tous les plaisirs qu'ils pouvoient désirer de lui , il s'en piquoit même , pour ne pas paroitre sous leur férule , au point que le chancelier et la chancelière s'étoient fait une règle de ne lui rien demander ni recommander, et ne s'en cachôient point , parce que la négative étoit certaine. En général , il triomphoit de refuser et de faire mystère des choses même les plus futiles , surtout d'être hérissé de difficultés sur les choses qui en sourTroient le moins. L'importance lui tournoit la tète , son ver rongeur étoit de n'être point ministre ; d'ailleurs incapable de société , d'amusement de conversation ordinaire ; toujours plein de ses fonctions , de ses occupations , et arec qui que ce fût, homme et femme , roi de ses moments et de ses heures, et le tyran de sa famille et de ses familiers. Sa première femme , si parfaite en tout, en mourut à la fin à force de vertu. La seconde l'a vengée.
On a vu ta conduite avec le oomte de Toulouse, d'O et le maréchal d'Estrées. Les femmes des deux derniers l'avoient perdu auprès de Mme la Dauphine , et auprès du Dauphin tout ce qui avoit pu l'approcher. Mme de Maintenon , qui aimoit fort sa première femme , et qui a toujours conservé du goût et de la considération personnelle pour la chancelière , ne le pouvoit supporter. 11 ne tenoit auprès du roi que par l'amusement malicieux des délations de Paris, qui étoit de son département , et qui lui avoit causé force prises avec Argenson , lieutenant de police , qu'il vouloit tenir petit garçon sous lui. Argenson en savoit plus que lui; il s'étoit habilement saisi de la confiance du roi , et par elle du secret de la Bastille et des choses importantes de Paris ; il les avoit enlevées à Pontchartrain , i qui en habile homme il n'avoit laissé que les délations des sottises des femmes et des folies des jeunes gens. Il s'étoit ainsi déchargé sur lui de l'odieux de sa charge , surtout des lettres courantes de cachet, et se conservoit le mérite envers beaucoup de gens considérables de tous états d'avoir sauvé leurs proches de ses griffes, soit en faisant en sorte de lui en souffler les aventures , ou en diminuant et raccommodant auprès du roi ce qu'il y avoit gâté. Les jésuites, sulpiciens, etc., regardaient Argenson comme leur appui fidèle, et le servaient comme tel auprès du roi et de Mme de Maintenon; tandis que, comme on l'a déjà dit, ils n'avoient que de l'aversion pour Pontchartrain, tant il les servoit de mauvaise grâce, et n'imputoient la chasse