‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 117 sur 209 · DUCHESSE DE VENTADOUR · texte numérisé non relu

DUCHESSE DE VENTADOUR

les repenties que celles qui n avoient pas fait de quoi se repentir. Mme de Ventadour, dont l'âge avoit dépassé de beaucoup celui de la galanterie, s'étoit laite dévote depuis quelque temps, et quoiqu'elle alliflt ses anciens plus qu'amis , un gros jeu et continuel, et biën d'autres choses avec sa dévotion, la coiffe, la paroisse, la chapelle, l'assiduité aux offices et des jargons de dévotion à propos, Tavoient lavée de toute tache, et les maux que ces taches* lui avoient causés ne parurent pas même un obstacle à la place de gouvernante. Le roi dit donc uiu matin, à la fin de mars, à la maréchale de La Mothe, qui par cette place lui faisoit sa cour à ces heures-là dans son cabinet, qu'il s'étoit trouvé si bien d'elle auprès de ses enfants et auprès de ceux de Monseigneur, qu'il la desUnoit à ceux de Mgr le duc de Bourgogne, mais qu'en même temps, pour ménager sa santé, il lui adjoignoit la duchesse de Yentadour, sa fille, pour survivancière et pour la soulager dans les soins péni- . bles de cette charpie. La maréchale se trouva fort étourdie; elle aimoit sa fille, mais non pas jusqu'à se l'associer. On avoit eu beau la tourner de toutes les façons , jamais elle n'y avoh voulu entendre. Elle disoit qu'il étoit ridicule de mettre auprès des enfants de France une femme qui n'avoit jamais eu d'enfants , et balbutioit pis entre ses dents , de telle sorte qu'allant toujours à la parade elle leur fit prendre le parti de l'emporter à son insu. Aussi parut-elle fort mécontente ; la bonne femme craignoit de n'être plus maîtresse et de passer pour radoter, et ne se contraignit pas sur son dépit aux compliments du monde , et beaucoup moins sur sa fille, qu'elle reçut fort mal. Elle étoit à Paris, d'où elle arriva sur cette nouvelle et entra par derrière dans ce cabinet de Mme de Maintenon , où , tandis que le roi travailloit dans la pièce joignante, elle présente, Mme la duchesse de Bourgogne jouoît avec des dames familières et les deux fils de France, entrant quand elle vouloit, mais seule, où étoit le roi. Mme de Ventadour y arriva donc, si transportée, si éperdue

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de joie, qu'oubliant ce qu'elle étoit, elle se jeta à genoux en

entrant et se traîna ainsi jusqu'à Mme la duchesse de Bourgogne , qui alla l'embrasser et la relever. Elle en fit autant lorsque, après les premiers compliments, cette princesse la mena où étoit le roi, dont la surprise de cette action fiit extrême; jamais personne ne fut si hors de soi. EUe eut douze mille livres d*augmentation de pension aux huit mille qu'elle avoit déjà.

Le maréchal de Ghâteaureaauld eut bientôt après la lieutenance générale de Bretagne, vacante depuis la mort, de Lavardin , comme je l'ai dit d'avance.

Le roi permit en même temps à Walstein, ambassadeur de Fempereur à Lisbonne, pris sur mer en s'en retournant, de s'en aller, et fit partir Vernon, ambassadeur de Savoie, toujours accompagné de son gentilhomme ordinaire, pour aller sur la frontière de Provence et des Ëtats de Savoie être échangé avec Phélypeaux.

En ce même temps mourut Harlay, conseiller d'État, qui avoit été premier ambassadeur plénipotentiaire à la paix de Ryswick, duquel j'ai assez parlé précédemment pour n'avoir plus rien à en dire.

Les ennemis perdirent le meilleur des officiers hollandois, qui de plus étoit leur Yauban pour les places et les sièges , qui étoit le général €k>hom , qui mourut à la Haye.

L'affaire des fanatiques ne firiissoit point et occupoit des trpupes. La Hollande et M. de Savoie les soutenoient par des armes, de Targent et quelques hommes, et Genève par des prédicants. Yillars, de retour de Bavière , étoit oisif. U avoit été reçu comme s'il n'eût pas pris des trésors, et qu'il n'eût pas empêché les progrès des armées pour les amasser. MmedeMaintenon le protégeoit ouvertement, et conséquempsent Ghamillart, alors au plus haut point de la faveur, ils VQuloient remettre Yillars en selle, qui, profitant de ce qu*il pouvoit sur l'un et sur l'autre, vouloit absolument être de de quelque chose. L'Allemagne ne lui convoioit plus depuis

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qu'il s'étoit brouillé avec l'électeur de Bavière; la Flandre et l'Italie étoient occupées par Villeroy et Vendôme, plus en crédit que lui. Il ne se trouva que le Languedoc à lui donner, pour le décorer au moins de finir cette petite guerre. Montrevel n'avoit que le roi pour lui, cela lui servit au moins à ne pas demeurer par terre. On lui fit faire un troc désagréable. La Guyenne étoit entièrement paisible et n'a- Toit nul besoin de commandant; Montrevel y fut envoyé avec le même pouvoir et les mêmes appômtemenis qu'O avoit en Languedoc. Ce changemént Tafiligea fort, mais il fallut céder et aller jouer au lansquenet à Bordeaux. Villars, avec son effronterie ordinaire, voulant faire valoir le petit emploi où il alloit, dit assez plaisamment qu'on l'y envoyoit comme un empirique où les médecins ordinaires avoient perdu leur latin. Ce mot outra Montrevel, qui fit si bien que, tandis que Villars étoit en chemin, il battit deux fois les fanatiques et la dernière fois en personne et avec un grand succès, et tout de suite s'en alla droit à Bordeaux, où il n*y avoit personne depuis que Sourdis n'y commandoit plus.

Je tombai en ce temps-là dans un fâcheux accident. Je me fis saigner parce que je sentois que le sang me portoit à la tète , et il me sembla l'avoir été fort bien. Je sentis la nuit une douleur au bras, que Le Dran, fameux chirurgien, qiii m*avoit saigné, m'assura ne venir que d'une ligature trop serrée. Pour le faire court, en deux jours le bras s'enfla plus gros que la cuisse, avec la lièvre et de grandes douleurs; on me tint autres deux jours avec des applications dessus pour dissiper le mal par l'ouverture de la saignée, de l'avis des plus grands chirurgiens de Paris. M. de Lauzun, qui me trouva avec raison fort mal, insista pour avoûr Maréchal, et s'en alla à VersaiDeË le demander au roi, sans la permission duquel il ne venoit point k Paris , et il ne découchoit presque jamais du lieu où le roi étoit. Il eut permission de venir, de découcher, et même de séjourner auprès

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