ABBÉ D'ESTRÉES COMMANDEUR DE L'ORDRE
un dédommagement de la satisfaction qu'il avoit été si fort en droit d'obtenir, et qui marquât du moins celle que le roi
avoit de sa conduite. Le faire évêque ? il étoit encore assez jeune et bien fait, il avoit eu des galanteries, et il étoit du nombre de ces abbés sur qui le roi s' étoit expliqué qu'il n'en élèveroit aucun d'eux à Tépiscopat. Des abbayes ¥ cela ne remplissoit pas leur but de quelque chose d'éclatant. Ils se tournèrent tous sur Tordre du Saint-Esprit, comme sur un honneur qui marqueroit continuellement sur sa personne la satisfaction que le roi avoit eue de sa conduite, une distinction très-grande dans le clergé par le petit nombre de ces places, et une place d'autant plus flatteuse qu'elle étoit comme sans exemple. ,
En effet, le seul prêtre commandeur de l'ordre qui ne fût point évéque étoit un Daillon du Lude *, fils d'une Batarnay et du premier comte du Lude, gouverneur de Poitou, la Rochelle et pays d'Aunis, et lieutenant général de Guyenne, qui parut fort en son temps ; et cet abbé, parent des Joyeuse et des Montmorency par sa mère, étoit frère du second comte du Lude, gouverneur de Poitou, sénéchal d'Anjou et chevalier du Saint-Esprit en 1581. Ses trois sœurs épousèrent trois seigneurs, tous trois chevaliers du Saint-Esprit* : le maréchal de Matignon; Philippe de Yolvire, marquis de Auflec, gouverneur de Saintonge et d'Ângoumois ; et François, seigneur de Malicome et gouverneur de Poitou après son beau-frère. Le frère de René de DaOlon, commandeur de l'ordre, fut trisaïeul du comte du Lude, mort duc à brevet et grand maître de l'artillerie. J'ai détaillé exprès cette courte généalogie pour montrer quel fut ce Kené de Daillon, qui de plus s'étoit jeté dans Poitiers avec ses frères, en 1569,
1. Guy de Daillon , comte du Lude, etc. , était fils de Jean de Daillon et d'Anne de Batarnay.
2. FraDçoise de Daillon éponsa, tn 1558, Jacques Goyon, seigneur de Matignon, comte dé Thorigny et maréchal de Fraiice; Anne de DaiUon fut mariée à Philippe de Volvire , marquis de Ruffec ; enfin une seconde Françoise de Daillon à Jean de Chounes, seigneur de Malicome.
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pour le défendre contre les huguenots. Mais il y avoit une disparité avec l'abbé d'Estrées. René de Daillon avoit été nommé évéque de Luçon ; il n*en voulut point et prit en échange Tabbaye des Ghastelliers, dont il porta le nom duLvant Tusage de ce temps-là qui a duré longtemps depuis. Ce fiit sous cette qualité qu'il eut Tordre en la première promotion où Henri III fit des cardinaux et des prélats ; et assez peu de temps après , l'abbé des Chastelliers fut fait et sacré évêque de ^yeux. Toute cette petite fortune fut fort courte, car il mourut en 1600..
Cette difiéroioe fit au roi quelque difficulté outre runkité de l'exemple ; mais il s'en trouvoit encore plus à rencontrer quelque autre chose de compatible avec la prêtrise; et le roi, sur l'exemple d'autres occasions de promesse de la première place Tacante, se détermina enfin à déclarer qu'il résenroit à Tabbé d'Estrées le premier cordon bleu dont il auroit à disposer pour un eedésiastique. n n*eut pas longtemps à attendre. Le cardinal de Pùrstemberg mourut presque aussitôt après, qui fut une autre occasion de triomphe pour les Ëstrées. Le roi apprit sa mort en se levant. Aussitôt il envoya Bloin au cardinal d*£strées, qui étoit à Versailles, lui dire que, se doutant que la modestie l'empéchéroit de demander Saint-Germain des Prés, il la lui donnoit. Ces deux grâces si considérables, et si près à près, faites à l'oncle et au neveu , les comblèrent de joie; et le cardinal, d'ailleurs tout à fait noble et désintéressé, ne se contenoit pas, et disoit franchement que toute sa joie étoit du dépit qu*auroit la princesse des Ursins. En effet, cela lui donna fort à penser.
La campagne étoit commencée en Portugal malgré tous les manquements d'Orry. Le roi d'Espagne voulut la faire; Mme des Ursins, qui ne vouloit pas le perdre de vue, mit tout son crédit et celui de la reine pour l'en empêcher, i)u du moins pour mener la reine. Le roi , qui suivoit toujours son dessein, avoit déjà mandé au roi son petil-fils , qu*ayant
ses PRINCESSE DES URSINS CHASSÉE; [1704]
été chercher ses ennemis jusqu'en Lombardie, et ayant son compétiteur en personne dans le continent des Espagnes, il seroit honteux et indécent qu'il ne se mit pas à la tète de son armée contre lui. U le soutint fortement dans cette résolution , et il s*opposa nettement à ce qu*il se fit accompagner de la reine, dont l'embarras et la dépense seroient préjudiciables. 11 rompit donc le voyage de là reine, qui demeura à Madrid, et pressa si bien le départ du roi son petit-ûls, qu'il parut à la téte de son armée à la mi-mars, où Fabbé d'Estrées èut ordre de l'accompagner en attendant l'arrivée de son successeur. G'étoit le point où le roi avoit voulu venir. La reine avoit un tel ascendant sur le roi son mari, et elle s'étoit si éperdument abandonnée à la princesse des Ursins , qu'il n'espéra pas être obéi sans des fracas qu'il voulut éviter en tenant le roi son petit-fils éloigné de la reine. Sitôt que cela fut exécuté , il lui écrivit sur l'éloignement pour toujours de la princesse des Ursins, d'un style à lui en persuader la nécessité pressante et le parti pris à ne rien écouter. En môme temps il écrivit encore avec plus d'autorité à la reine, et envoya un ordre à la princesse des Ursins . de partir incontinent de Madrid, de sortir tout de suite d'Espagne, et de se retirer en Italie.
Ce coup de foudre mit la reine au désespoir, sans accabler celle sur qui il tomboit. Elle ouvrit alors les yeux sur tout ce qui s'étoit passé depuis cette lettre apostillée; elle sentit que tout s'étoit fait avec ordre et dessein pour la chasser pendant la séparation du roi d'Espagne et de la reine, et la vanité du triomphe dont elle s'étoit flattée quelques moments. Elle comprit qu'il n*y avoit nulle ressource pour lors ; mais elle ne désespéra pas pour un autre temps , et n'en perdit aucun à se les préparer en Espagne , d'où elle fondoit son principal secours en attendant qu'elle pût s'ouvrir quelque porte en France. Elle ne fit remuer la reine du côté des deux rois que pour gagner quelques jours. Elle les employa à donner à la reine la duchesse de Montellano
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pour camarera-mayor, sûre de la déplacer si elle revenoit en Espagne. Elle éloit sœur du feu prince d'Isenghien , la meilleure, la plus douce femme du monde, mais la plus bornée, la plus timide, la plus désireuse de plaire : je l'ai connue en Espagne camarera-mayor de la reine, fille de M. le duc d'Orléans. Elle choisit une des femmes de la reine entièrement à elle et qui avoit de l'esprit et du manège, par qui elle établit son commerce avec elle, et se ménagea des voies sûres d'être instruite de tout et de donner ses ordres. Elle-même instruisit la reine de tout ce qu'elle devoit faire selon les occasions, en Tune et l'autre cour, pour obtenir son retour auprès d'elle, et consenrer cependant son crédit. Elle lui nomma et lui dépeignit les divers caractères de ceux sur qui, et jusqu'à quel point elle pouvoit compter, et les divers usages qu'elle eu pouvoit tirer pour en entourer le roi. En un mot elle ûrangea toutes ses machines, et sous prétexte de la nécessité du préparatîf d'un voyage si long et si précipité elle laissa tranquillement redoubler les ordres et les courriers, et ne partit point qu'elle n'eût achevé de dresser et d'établir tout sou plan. Elle alla cependant faire ses adieux par la ville, ne regrettant, disoit-elle, que la reine , se taisant sur le traitement qu'elle recevoitj et le supportant avec ùn courage mâle et réfléchi, sans hauteur pour ne pas irriter davantage, encore plus sans la moindre odeur de bassesse.
Enfin elle partit une quinzaine après en avoir reçu l'ordre, et s'en alla à Alcala , que les nombreux et savants collèges que le célèbre cardinal Ximénès y a çi magnifiquement bâtis et fondés pour toutes sortes dç sciences ont rendue fameuse. Cette petite ville est à sept lieues de Madrid, à peu près comme de Paris à Fontainebleau. Le plus pressé étoit fait, mais elle avoit encore des mesures à prendre qui pouvoient souffrir cet éloignement, de sorte que sous toutes sortes ^ prétextes elle y tint bon contre les ordres réitérés qu'elle y reçut de partir. La reine la conduisit à deux lieues de Ma-