‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 128 sur 209 · S74 PRINCESSE DES URSINS · texte numérisé non relu

S74 PRINCESSE DES URSINS

temps elle sauroit peut-être se tirer. lïarcourt, par ritalie; perdoit jusqu'à l'espérance de tous les secrets détails j)ar lesquels il se maintenoit, et Mme de Maintenon toute celle de part directe au gouyemement de TEspagne. Ils sentirent l'un et l'autre le poids de cette perte; après les premiers temps de Téclat ils reprirent leurs esprits. Le roi étoit obéi, il jouissoit de sa vengeance. L'ordre à l'abbé d'Estrées et Tabbaye de Saint-Germain à son oncle la combloit. G'étoit un surcroit d'accablement pour une dictatrice de cette qualité aussi roidement tombée et chassée avec si peil de ménagement. La pitié put avoir lieu après une exécution si éclatante; et la réflexion qu'il ne falloit pas pousser la reine d'Ëspagne à bout sur des choses qui n'influoient plus sur les affaires, et qui ne compromettoient point l'autorité. Ce fut le biais que prit Mme de Maintenon pour arrêter la princesse des Ursins en France. Gela paroit l'Italie, cela suffisoit pour lors ; mais il falloit ménager le roi si ferme sur Tltalie, il n' étoit pas temps de lui laisser naître aucun soupçon. C'est ce qui détermina à lixer à Toulouse le séjour qui fut accordé enfin comme une grâce à Mme des Ursins, et même avec beaucoup de peine.

Cétoit le chemin à peu près pour gagner de Bayonne, par où elle entroit en France, le Dauphiné ou la Provence, pour de là passer les Alpes, ou par mer en Italie. G'étoit une grande ville où elle auroit toutes ses commodités et la facilité nécessaire pour ses commerces en Espagne d'où elle ne l'éloignoit point, et à Versailles par le grand abord d'une capitale de Languedoc, siège d'un parlement, et un grand passage où on cache mieux ses mouvements que dans de petites villes et dans des lieux écartés. Un châtiment mis en évidence sur ce théâtre de province, qui eût été un grand sunàrott de dépit et de peine dans toute autre conjoncture, parut une grâce à Pexilée et une certitude de retour. Elle comprit par ce premier pas qu'il n'y avoit qu'à attendre, et cependant bien manéger sans se décourager; et dès lors elle

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se promit tout de ses appuis et plus encore d'elle-même. Avec un aussi grand intérêt que celui de Mme de Mainlenon; un agent aussi à portée, aussi habile, aussi audacieux que Harcourt porté par son intérêt le plus cher d'ambitioii et de haine des ministres « et on ami capable de tout imaginer et de tout entreprendre avec feu et suite , et Texpérience d'une vie toute tissue des plus grandes intrigues tel qu'étoit Cosnac, archevêque d'Aix, la reine d'Angleterre, pour porter de certains coups qui auroient trop démasqué Mme de Malntenon et d'autres amis en sous-ordre que son frère saroit organiser et conduire, tout aveugle qu'il étoit, il parut impossible à Mme des Ursins d'être laissée longtemps en spectacle à Toulouse, maîtresse et en commodité de faire agir le roi et la reine d'Espagne en cadence de ces grands ressorts.

On fit revenir en même temps le chevalier des Pennes, qui passoit pour la créaiture de Mme des (Jrsins la plus attadiée à elle. 131e Favoit fait enseigne des gardes du corps ; il étoit à Palencia auprès du roi d'Espagne , et il étoit enfermé trois heures tête à téte avec lui tous les jours, lorsqu'il reçut cet ordre en même temps que la princesse des Urains reçut le sien. Le roi d'Espagne- lui envoya quinze cents pistoles quoiqu'il eût sûrement plus besoin qu'elle, et que, sans le crédit de l'abbé d'Estrées qui trouva cent mille écus, il n'eût pu sortir de Madrid. Orry eut ordre en même temps de venir rendre compte de l'impudence de ses mensonges et d'une administration qui sauvoit l'archiduc, et empéchoit la conquête du Portugal que les progrès des armées de Frmce et d%pagne, nonobstant des manquements de tout si universels , montrèrent avoir été facile et sûre, si on eût trouvé la moitié seulement de ce que cet audacieux fripon avoit dit et assuré à Puységur être partout dans les magasins établis sur cette frontière.

Plusieurs grands suivirent le roi d'Espagne. Le connétable de Gastille qui en vouloH être s'en abstint, sur la folle pré^

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