MORT ET CARACTÈRE
nière, et ce qui n'est pas moins dire, plus d*esprit qu'eux tous avec ce même tour, que nul autre n'a attrapé qu'eux, ou avec eux par une fréquentation continuelle, et qui se sent si promptement, et avec tant de plaisir. Avec cela trèssavante, môme bonne théologienne, avec un esprit supérieur pour le gouvernement, une aisance et une facilité qui lui rendoit comme un jeu le maniement de tout son ordre et de plusieurs gri^des affaires qu'elle avoit embrassées, et où il est vrai que son crédit contribua fort au succès; trèsrégulière et très-exacte , maïs avec une douceur, des grâces et des manières qui la firent adorer k Fontevrault et de tout son ordre. Ses moindres lettres étoient des pièces ù garder, et toutes ses conversations ordii;iaires, même celles d'affaires OU de discipline, étoient charmantes, et ses discours en chapitre les jours de féte, admirables^ Ses sœurs l'aimoient passionnément, et malgré leur impérieux naturel gâté par la faveur au comble, elles avoient pour elle une vraie déférence. Voici le contraste. Ses affaires l'amenèrent plusieurs fois et longtemps à Paris. G*étoit au fort des amours du. roi et de Mme de Montespan. Elle fut à la cour et y fit de fréquents séjours, et souvent longs. A la vérité eUe n'y voyoit personne, mais elle ne bougeoit de chez Mme de Montespan, entre elle et le roi Mme de Thianges et le plus intime particulier. Le roi la goûta tellement qu'il avoit peine à se passer d'elle. Il auroit voulu qu'elle fût de toutes les fêtes de sa cour, alors si galante et si magnifique. Mme de Fontevrault se défendit toujours opiniâtrément des publiques, mais elle n'en put éviter de particulières. Cela faisoit un personnage extrêmement singulier. U faut dire que son père la força à prendre le voile et à faire ses vœux, qu'elle fit de nécessité vertu, et qu'elle Ait toi^ours tr^bonne religieuse. Ce qui est très -rare, c'est qu'elle conserva toujours une extrême décence personnelle dans ces lieux et ces parties où son habit en avoit si peu. Le roi eut pour elle une estime, un goût, une amitié que TéloignementdeMme de Montespan
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ni rextréme faveur de Mme de Maintenon ne purent émousser. n la regretta fort et se fit un triste soulagement de le
témoigner. Il donna tout aussitôt cette unique abbaye à sa nièce, fille de son frère, religieuse de la maison et personne d'un grand mérite.
. CHAPilM XVL
NaiManee du premier diic de Bretagne. — Progrès des méooiilents.
— Mesnres des alliés pour la défense de l'AUemagne. Mooye* ments dans nos années. — Première faute prindpale. — Fan^ da
maréchal de Yilleroy. — Marche et disposition des armées. Bataille d'Hochsledt. — Bon et sage avis de Télecteur méprisé. — Électeur de Bavière passe à Strasbourg, et par Metz à Bruxelles.
— Obscurité et rareté des nouvelles d'Allemagne. — Silly, prisoonier, vient rendre compte au roi do la bataille d'Hochsledt. — Digression sur Silly et sa catastrophe. — Fautes de la bataille d'Hochsledt. — Cri public; consternation; embarras; contraste des fêtes continuées pour la naissance du duc de Bretagne.
Je devois marquer un peu plus tôt la naissance du fils aîné de Mgr le duc de Bourgogne, arrivée à Versailles k cinq heures après midi, le mercredi 85 juin. Ce fut une
grande joie pour le roi, à laquelle la cour et la viHe prirent part jusqu'à la folie par l'excès des démonstrations et des fêtes. Le roi en donna une à Marly et y fit les plus galants et les plus magnifiques présents à Mme la duchesse de Bourgogne,, alors relevée. Malgré la guerre et tant dé vifii sujets de mécontentement de M. de Savoie, le roi lui écrivit pour lui donner part de cette nouvelle, mais il adressa le courrier à M. de Vendôme pour qu'il envoyât la lettre au duc de Savoie. On eut tout lieu de se repentir de tant de joie, puisqu'elle ne dura pas un an, et de tant d'argent