S CRI PUBLIC; CONSTERNATION
prince Louis de Bàde devant liigolstadt, on ne songea qu'à hâter la fuite, à presser l'abandon de tant de places et de tant de vastes et d'abondants pays. On ne se crut en sauveté «pi'au Rhin, et au bout du pont de Strasbourg, pour être maître à tous moments de le passer. Ces prodiges d'erreurs, d'aveuglements, de ténèlMres, entassés et enchaînés ensemble, si grossiers, si peu croyables, et dont un seul de moins eût tout changé de l'ace, retracent bien, quoique dans un genre moins miraculeux, ces victoires et ces défaites immenses (pie Dieu accordoit, ou dont il afifligeoit son peuple, suivant qu'il lui étoit fidèle ou que son culte en étoit abandonné.
On peut juger quelle fut la consternation générale, où chaque famille illustre, sans parier des autres, avoit des morts, des blessés et des prisonniers ; quel fut rembarras du ministre de la guerre et de la finance d'avoir à réparer une armée entière détruite, tuée ou prisonnière ; et quelle la douleur du roi qui tenoit le sort de l'empereur entre ses mains, et qui, avec cette ignominie et cette perte, se vit réduit, aux bords du Rhin, à défendre le sien propre. Les suites ne marquèrent pas moins l'appesantissement de la main de Dieu. On perdit le jugement, on trembla au milieu de TAlsace. La cruelle méprise du maréchal de Villeroy fut noyée dans sa faveur. Nous allons voir Tallard magnifiquement récompensé. Marsin demeura dans F indifférence; on trouva qu'il ne méritoit rien, puisqu'il n'avoit point failli, car le roi ne le blâma point de ne s'être pas roidi en Bavière. Toute la colère tomba sur quelques régiments qui furent cassés, sur des particuliers dont tout le châtiment fut de n^étre plus employés dans les armées, parmi lesquels quelques iîmocents furent mêlés avec les coupables. Denonville seul fut honteusement cassé et son régiment donné à un autre, tellement que, sa prison finie, il n'osa plus paroitre nulle part. Je ne veux pas dire que la proposition qu'il eut la folie de veiai- faire aux barrières de Bleinheim ne Teût
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bien mérité ; mais ce ne lut pas à son éloquence que ce village mit les armes bas et se rendit prisonnier de guerre. Ce fut à celle d'un Anglois seul envoyé après lui. Denonville fut le seul puni, et pas un de ceux qui remirent leur armée, car c'en étoit une au pouvoir des Anglois sans tirer un seul coup depuis que la capitulation avec la condition de prisonniers de guerre leur eut été proposée; et le seul chef de troupes qui refusa de la signer n'en fut pas reconnu ni distingué le moins du monde. En échange, le public ne se contraignit^ ni sur les maréchaux, ni sur les généraux, ni sur les particuliers qu'il crut en faute, ni sur les troupes dont les lettres parlèrent mal. Ce fût un vacarme qui embarrassa leurs familles. Les plus proches furent plusieurs jours sans oser se montrer, et il y en eut qui regrettèrent de n'avoir pas gardé une plus longue clôture.
Au milieu de cette douleur publique, les réjouissances et les fêtes pour la naissance du duc de Bretagne ne furent point discontinnées. La ville en donna une d'un feu sur la rivière, que Monseigneur, les princes ses fils, ét Mmé la duchesse de Bourgogne vinrent voir des fenêtres du Louvre avec force dames et courtisans, et force magnilicence de chère et de rafraichîssepients , contraste qui irrita plus qu'il ne montra de grandeur d*âme. Peu de jours ajHrès, le roi donna une illumination et une féte à Marly, où la . cour de Saint-Germain fut invitée, et où tout fat en Thonneur de Mme la duchesse de Bourgogne. Il remercia le prévôt des marchands du feu donné sur la rivière , et lui dit que Monseigneur et Mme la duchesse de Bourgogne l'avoient trouvé fort beau.