‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 158 sur 209 · DUC DE MANTOUE · texte numérisé non relu

DUC DE MANTOUE

vêque. Il se mouroit ; le grand vicaire, à qui on s'adressa, la refusa. Il dit qu'il n'étoit pas infonné de la volonté du roi; qu'un mariage ainsi célébré ne le seroit pas avec la dignité requise entre de telles personnes; que, de plus, il se trouverait dépouillé des formalités îndîspensablement nécessaires pour le mettre à couvert de toute contestation d'invalidité. Une si judicieuse réponse fâcha fort les dames sans leur faire changer de dessein. Elles pressèrent M. de Mantoue, lui représentèrent que ce mariage n'étoît pas de ceux où il y avoit des opi)ositions à craindre, le rassurèrent sur ce que, se faisant ainsi dans l'hôtellerie d'une ville de province , le respect au roi se trouvoit suffisamment gardé, le piquèrent sur son état de souverain qui l'affranchissoit des lois et des règles ordinaires, eniin le poussèrent tant, qu'à force de l'importuner elles l'y firent consentir. Us avoîent diné. Aussitôt le consentement arraché , elles firent monter l'aumônier de son équipage, qui les maria dans le moment. Dès que cela fut fait , tout ce qui étoit dans la chambre sortit pour laisser les mariés en liberté de consommer le mariage, quoi que pût dire et faire M. de Mantoue pour les retenir, lequel vouloit absolument éviter ce téte-à-téte. Mme de Pompadour se tint en dehors, sur le degré , à écouter près de la porte. Elle n'cntcmlit qu'une conversation fort modeste et fort embarrassée, sans que les mariés s'approchassent l'un de l'autre. Elle demeura quelque temps de la sorte, mais jugeant enfin qu'il ne s'en pouvoit espérer rien de mieux, et qu'à tout événement ce téte-à-tète seroit susceptible de toutes les interprétations qu'ofr lui voudroit donner, elle céda enfin aux cris que de temps en temps le duc de Mantoue faisoit pour rappeler la compagnie, et qui demandoit ce que vouloit dire de s'en aller tous et de les laisser ainsi seuls tous deux. Mme de Pompadour appela sa sœur. Elles rentrèrent; aussitôt le duc prit congé d'elles, et, quoiqu'il ne fût pas de bonne heure, monta â cheval et ne les revit qu'en Italie, encore qu'ils lissent môme route jusqu'à Lyon.

[1704] fiPOUSE MADEMOISELLE D'ELBOBUF. 349

La nouvelle de cette étrange célébration de mariage ne tarda guère à se répandre avec tout le ridicule dont elle étoit tissue.

. Le roi trouva très-mauvais qu'on eût osé passer ses défenses. Les Lorrains, accoutumés de tout oser, puis de tout plâtrer, et à ri*en être pas plus mal avec le roi , eurent la même issue de cette entreprise ; ils s'excusèrent sur la crainte d'un affront, et il pouvoit être que M. de Mantoue> amené à leur point à force de ruses, d'artifices, de drconventions , n'eût pas mieux aimé que de gagn^ l'Italie, puis se moquer d'eux. Ils aimèrent donc mieux encourir la honte qu'ils essuyèrent en courant, et forçant M. de Mantoue, que celle de son dédit, accoutumés comme ils sont à tant d'étranges façons de faire des mariages. De Lyon Mme de Pompadour revint pldne d'espârance de l'ordre pour son mari à la recommandation du duc de Mantoue, qui n'eut aucun succès.

Mme d'Elbœuf et sa fille allèrent s'embarquer à Toulon sur deux galères du roi, par une mescolance* rare d'avoir défendu à Mme d'Elbœuf de penser à ce mariage, ou l'équivalent de cela, de n'avoir voulu dans la suite, ni le permettre, ni le défendre, ni s'en mêler, d'avoir défendu après qu'il se ftt en France, et de prêter après deux de ses galères pour l'aller faire ou achever. Ces galères eurent rudement la chasse par des corsaires d'Afrique. Ce fut grand dommage qu'elles ne fussent prises pour achever le roman. Débarquées enfin à sauveté , M. de Vaudemont les joignit, n persuada à M. de Mantoue de réhabiliter son mariage par , une célébration nouvelle qui rétablit tout le défectueux de celle de Nevers. Ce prince l'avoit lui-même trouvée si contraire aux défenses précises (]ne le roi leur avoit faites de se marier en France, qu'il l'avoit fait assurer par son envoyé qu'il n'en étoit rien, et que ce n'étoient que des bruits faux que ceux qui couroient de son mariage fait .à Nevers; cette

Page 1