‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 162 sur 209 · S0 ASSASSINAT, EXTRACTION, CARACTÈRE · texte numérisé non relu

S0 ASSASSINAT, EXTRACTION, CARACTÈRE

laissa grosse de Yervios dont il s agit ici, et qui se remaria depuis en Flandre au comte de Mérode. Vervins eut force procès avec ses cousins germains, enfants de la sœur de son père et du comte de Grandpré , dont il fut étrangement tourmenté presque toute sa vie. Enfin il étoit sur le point d'achever de les gagner tous, lorsqu'un de ses cousins germains, qui avoit des prieurés et se iaisoit i^peler Tabbé de Grandpré, le fit attaquer comme il passoit dans son carrosse sur le quai de la Tournelle, devant la communauté de Mme de Miramion. Il fut blessé de plusieurs coups d'épée et son coclier aussi, qui le voulut défendre. Sur la plainte eu justice, Tabbé s'enfuit en pays étranger d*où il n'est ja* mais revenu, et bientôt après, sur les preuves, [fut] condamné à être roué vif. Il y avoit longtemps que Yervins étoit menacé d'un mauvais coup de sa part.

Yervins se prétendoit Goniiiiges, des anciens comtes de ce nom. Son bisaïeul, père du premier des deux premiers maîtres d'hôtel du roi, étoit ce Saubole, gouverneur de la citadelle de Metz , qui est si connu dans la vie du duc d*Épernon, et dans les Mémoires de ces temps-là, qui avoit épousé l'héritière de Yervins qui étoit Coucy. Le grand-père de ce Saubole étoit second fils d'Aimery, dit de Cominges, seigneur de Puyguilhem, dont le père, nommé aussi Aimery, étoit cru sorti des vicomtes de Gonserana, mais dont Funion n*étoit pas bien prouvée. Pour ces Gonserans, leur auteur Roger étoit marqué comme étant quatrième fils de Bernard II, comte de Cominges et de IJiaz de Muret, qui fonda les abbayes de Bonnefonds et de Feuillans , et qui fut tué près la ville de Gaudens en 1150 : voilà pour Textraction de Yervins. Quant à lui , c'étoit un grand homme fort bien fait, d'un visage assez agréable, de l'esprit, quelque lecture, et fort le vol des femmes ; particulier, extrêmement paresseux, fort dans la liaison et les parties de M. le Duc, et fort dans le grand monde. Il quitta le service de bonne heure , fit plusieurs SCOUTS chez lui en Picardie, toigours reçu avec

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empressement quand il en revenoit. Â la fin, sans dire mot à personne, il se confina dans une terre en Picardie, sans aucune cause de dégoût ni de déplaisir, sans besoins du

côté de ses alFaires, il étoit riche, arrangé, et ne fut jamais marié ; sans vue de piété , il n'en eut pas la moindre veine ; sans occasion de santé, qu*il eut toiigours parfaite; et sans goût d'ouvriers, dont il n'employa aucun; encore moins entraîné par le plaisir de la chasse , où il n'alla jamais. H demeura chez lui plusieurs années sans aucun commerce avec personne, et ce qui est incompréhensible, sans bouger de son lit, (\m le temps de le faire faire. Il y dinoit et y soupoit tout seul, y faisoit le peu d*a£Eaires qu'il ayoit, et y reoevoit le peu de gens qu'il ne pouvoit éconduire, et» depuis qu'il avoit les yeux ouverts jusqu'à ce qu'il les fermât, y travailloit en tapisserie, et Usoit quelquefois un peu, et a persévéré jusqu'à la mort dans cette étrange sorte de vie, si uniquement singulière que j'ai voulu la rapporter.

Le roi alla à Fontainebleau, où il arriva le 12 septembre, ayant séjourné un jour à Sceaux ; la cour de Saint-Germain

y vint le 23, et y demeura jusqu'au 6 octobre. En y arrivant le roi apprit que les armées alliées avoient toutes passé le Khin sur le pont de Philippsbourg, et bientôt après que Landau étoit assiégé par le prince Louis de Bade, qui attendoit le roi des Romains qui y arriva le S5 septembre, et que le prince Eugène et le duc de Marlborough commandoient l'armée d'observation qu'ils portèrent sur la Lauter. Marsin demeura avec la sienne sous Haguenau. Le maréchal de Villeroy et son fils s*en allèrent de leurs personnes en Flandre, passant à Fontainebleau, où ils demeurèrent quelques jours. Ss allèrent après trouver l'électeur de Bavière à Bruxelles, et chemin faisant virent l'électeur de Cîologne à Lille, où il avoit établi sa demeure , en môme temps que son frère étoit allé à Bruxelles après avoir [passé] ensemble quelques jours. ' *

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Pendant tous ces malheurs, Yillars étoit venu à bout d'achever à peu près de dissiper les fanatiques; cinq ou six

de leurs chefs, les autres tués ou accommodés et sortis du pays, obtinrent de se retirer à Genève; on comptoit qu'il ne restoit qu'une centaine de ces gens-là dans les hautes Gévennes, et qu'il n'étoit plus besoin de laisser de troupes, en Languedoc. Peu de jours après, le roi reçut la nouvelle de la prise d'Ivrée, après un siège assez court, et qui ne coûta guère que deux cents hommes et quatre cents blessés. M. de Vendôme eut avec la place onze bataillons prisonniers de guerre.

La Feuillade n'épargnoit pas les courriers pour annoncer ses conquêtes dans les vallées des Alpes : tantôt un petit fort pris, défendu par des milices, tantôt quelque peu de troupes réglées forcées derrière un retranchement qui gardoit quelque passaj^e. Tout cela étoit célébré, comme si c'eût été quelque chose; Ghamillart, ravi, en recevoit les compliments, et savoit faire valoir ces merveilles au roi et à Mme de Ifaintenon.

n se présente ici une anecdote très-sage à taire, trèscurieuse à écrire à qui a vu les choses d'aussi près que j'ai l'ait ; ce qui me détermine au second parti , c'est que le fait en gros n'a pas été ignoré, et que les trônes de tous les siècles fourmillent et de toutes les nations d'aventures pareilles. Faut-il donc le dire? nous avions une princesse charmante, qui, par ses grAces, ses soins et des façons uniques en elle, s'étoit emparée du cœur et des volontés du roi, de Mme de Maintenon et de Mgr le duc de Bour^^o^nie. Le mécontentement extrême, trop justement conçu contre le duc de Savoie, son père, n'avoit pas apporté la plus petite altération à leur tendresse pour elle. Le roi, qui ne lui cachoit rien, qui travailloit avec les ministres en sa présence toutes les fois qu'elle y vouloit entrer et demeurer, eut toujours l'attention pour elle de ne lui ouvrir jamais la bouche de tout rien de ce qui pouvoit regarder le duc son père, ou avoir trait à lui. £n

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[i704] ÉTAT DE LA DUCHESSE DE BOURGOGNE. 3S3

particulier, elle sautoit au cou du roi à toute heure, se mettoit sur ses genoux, le tourmentoit de toutes sortes de badinages, visitoit ses papiers, ouvroit et lisoit ses lettres en sa présence» quelquefois malgré lui, et en usoit de même avec Mme de Maintenon. Dans cette extrême liberté, jamais rien ne lui échappa contre persontie; gracieuse à tous et parant même les coups, toutes les fois qu'elle le pouvoit, attentive aux domestiques intérieurs du roi, n*en dédaignant pas les moindres; bonne aux siens et vivant avec ses dames comme une amie, et en toute liberté, vieilles et jeunes ; elle étoit l'âme de la cour, elle en étoit adorée; tous, grands et petits, s*empressoient«à lui plaire ; tout manquoit à chacun en son absence, tout étoit rempli par sa présence; son extrême faveur la faisoit infiniment compter, et ses manières lui attachoient tous les cœurs. Dans cette situation . brillante le sien ne fut pas insensible.

Nangis, que nous voyons aujourd'hui un fort plat maréchal de France, étoit alors la fleur des pois ; un visage gracieux sans rien de rare, bien fait sans rien de merveilleux, élevé dans l'intrigue et dans la galanterie par la maréchale de Rochefort, sa grand'mère et Mme de Blansac, sa mère, qui y étoient des maltresses passées. Produit tout jeune par dles dans le grand monde, dont elles étoient une espèce de centre, il n'avoit d'esprit que celui de plaire aux dames, de parler leur langage et de s'assurer les plus désirables par une discrétion qui n'étoit pas de son âge et qui n'étoit plus de son siècle. Personne que lui n'étoit alors plus à la mode; il avoit eu un régiment tout enfant ; il avoit montré de la volonté, de l'application, et une valeur brillante à la guerre, que les dames avoient fort relevée et qui suffisoit à son êge; il étoit fort de la cour de Mgr le duc de Bourgogne, et à peu près de son Age, et il en étoit fort bien traité. Ce prince, passionnément amoureux de son épouse, n'étoit pas fait comme Nangis ; mais la princesse répondoit si parfaitement à ses empressements qu'il est mort sans soupçonner jamais iT 23

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